You Should Have Left de David Koepp – Critique

Retiré dans une maison isolée du Pays de Galles avec sa femme et sa fille pour écrire la suite de son plus grand succès, un scénariste perd peu à peu la raison.

Première règle : certains titres fonctionnent. Ils cliquent. Les titres en forme d’injonction d’avertissement néfaste, ça marche. La preuve. Gagez donc n’importe quel fan d’horreur de ne pas au moins hausser un sourcil devant un quelconque « L’Exorcisme de Sandrine Machin », et le temps qu’il nie tout son intérêt en bloc, le code de sécurité à 3 chiffres est avalé par cet énième plateforme de (S)VOD allemande proposant ce film de genre fauché introuvable ailleurs. Certains titres fonctionnent.

Deuxième règle : la taille, ça compte. Pas forcément celle du budget, réduit à peau de chagrin par le système infaillible ou presque de Jason Blum, ni celle du casting, sur lequel on reviendra dans un instant, mais plutôt celle promise par le scénario. Celle d’une maison plus grande à l’intérieur qu’à l’extérieur. Immédiatement, on pense aux fantaisies de notre enfance. On pense aussi à l’indispensable relique House Of Leaves de Mark Z. Danielewski, qui aura marqué ceux qui savent, sans avoir lu l’adapté, le roman éponyme de Daniel Kehlmann. Des promesses aussi grandes que notre imagination. La taille, ça compte.

Troisième règle : Kevin Bacon.

Quatrième règle : si les premières, deuxièmes et troisièmes règles sont respectées, nous voilà donc automatiquement devant You Should Have Left. Bingo.

Un couple. Kevin Bacon (Theo), mari quasi-à la maison, et Amanda Seyfried (Susanna), actrice de renom visiblement bien plus haut que celui de son mari. Le couple penche clairement d’un côté, avec au milieu un enfant, une fille, Ella (Avery Essex). Lorsque rien ne va plus, et qu’on est accessoirement probablement millionnaire, autant partir dans une villa perdue au fin fond du Pays de Galles. Pas de réseau, à des kilomètres de toute civilisation et bonus à la clef d’un patois local incompréhensible, hostile à tout étranger : dépaysement total pour l’Américain moyen, conditions optimales pour le fan de genre.

Autant se l’avouer, elle a de la gueule, cette villa, autant que celles qu’on parcoure sur AirBnb avant de se prendre un retour de réalité budgétaire bien mérité. On y trouve des angles obtus, des intérieurs boisés tranchés avec un brutalisme même pas déguisé. Tout y est trop poli, trop propre, trop moderne. La cuisine pourrait être la chambre qui pourrait être la salle de bain qui pourrait être l’entrée, comme le reliquat d’une bourgeoisie trop lisse et trop belle pour être honnête. Jusque là, tout se tient, la mise en scène suit.

Ne reste plus qu’à rentrer dans le vif du sujet. C’est là que le bât blesse. Le réalisateur David Koepp, pourtant pas à son premier tour de manège (Hypnose, Fenêtre Secrète, scénariste sur Jurassic Park, L’Impasse ou Panic Room, excusez du peu), peine à trouver sa voie et en l’occurrence, son sous-genre. Thriller psychologique ? Film à twist ? Solitude hantée à la Shining, ou démonstration de force démoniaque ?

Les sentiers sont tracés mais sont toujours semi-arpentés. La faute surtout à un parti-pris somme toute honnête, à savoir désamorcer constamment les tropes de genre et d’action. Résultat, des situations qui collent aux personnages, obéissant à des systèmes logiques implacables, mais qui peinent à épouser l’esprit surnaturel propre à sa mythologie. Comme si le film se résistait constamment à lui-même, sans trouver l’équilibre entre raison et déraison.

On notera quand même au passage un Kevin Bacon toujours excellent, apportant comme à son habitude sa touche de nuance à un personnage qui se base sur sa part d’ombre. On ne pourra malheureusement pas en dire autant d’Amanda Siegfried, non du faut de sa prestation mais surtout d’une écriture téléphonée et délaissée – et c’est bien dommage.

You Should Have Left de David Koepp – Critique
Conclusion
Pas vraiment l'envie d'enfoncer les larges et belles portes ouvertes de la maison You Should Have Left, dont on excuse la vacuité qu'on n'aurait pas pardonné à d'autres. Pourquoi ? Kevin Bacon, et la certitude que ce film ne se prend pas pour plus intelligent qu'il n'est. Moyen.
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2.5
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