Vivarium de Lorcan Finnegan – Critique

À la recherche de leur première maison, un jeune couple effectue une visite en compagnie d’un mystérieux agent immobilier et se retrouve pris au piège dans un étrange lotissement…

#StayHome

Vivarium, sélectionné au festival de Cannes de 2019 dans la Semaine de la critique et en compétition à Gérardmer la même année, est le deuxième long métrage du réalisateur et scénariste irlandais Lorcan Finnegan, qui s’était déjà fait remarquer en festival avec son précédent film Without Name en 2016. Plus ou moins adapté d’un de ses courts métrages Foxes (2012), Vivarium est un excellent film de sciences-fiction à faible budget qui promet un avenir brillant à Lorcan Finnegan dans le cinéma de genre.

Sorte de huit-clos à ciel ouvert, Vivarium commence d’abord comme un film lambda, on nous présente le couple de personnages que sont Gemma, une institutrice aussi folichonne que Lupita N’Yongo dans Little Monsters, incarnée par Imogen Poots (Green Room, Black Christmas) et son petit ami Tom qui est jardinier dans la même école, joué par Jesse Eisenberg (Bienvenue à Zombieland et sa suite, Batman v Superman). À la recherche d’une maison, ils s’arrêtent dans une agence immobilière où ils y font la rencontre d’un agent immobilier, Martin de son petit nom, à la personnalité atypique et pas dans le bon sens du terme. Ni une ni deux, ils suivent Martin jusqu’à la résidence Yonder (Vauvert en vf) mais après une courte visite des lieux, il disparaît et abandonne le jeune couple dans cet enfer pavillonnaire.

L’introduction courte et efficace fait qu’on s’attache rapidement aux personnages et lorsqu’ils se retrouvent prisonniers de Vauvert comme par magie, détachés de leur monde, de leur “maison”, le spectateur l’est aussi. Dès le début, Vivarium est très accrocheur et immersif, notre seul point d’encrage à la réalité est ce couple de personnages, nous en savons autant qu’eux, nous découvrons l’étrangeté de cette banlieue chic en même temps qu’eux. Tout est fait pour nous mettre mal à l’aise, en étant à la fois spectateur et victime des événements.

Attention, les paragraphes suivants spoilent le film.

The Servant

Comme si être enfermés contre leur gré dans cet enfer ne suffisait pas, ils se réveillent un beau matin avec un enfant non désiré sur les bras, d’ailleurs très gênant et très glauque (ah bah v’la core aut’chose), avec une seule règle “Élevez l’enfant et vous serez libérés”. Tiraillés entre désobéir pour préserver leur libre arbitre ou éduquer l’enfant pour être libres, on ne leur laissera pas vraiment le choix. Cette intrusion dans le couple va chambouler leur routine, petit à petit dessiner un schéma de vie famille exécrable. Tom va délaisser Gemma qui va devoir s’occuper de l’enfant seule. Vivarium n’est pas sans rappeler l’excellente série The Servant dans la relation parent/enfant. Si cette expérience humaine est un test, il est échoué haut la main.

Un enfant, une maison sans loyer à payer, pas de voisins chiants, un beau ciel bleu, Gemma et Tom mènent la vie rêvée dont ils n’ont pas rêvé. L’évolution de l’intrigue va faire de Vivarium un film à l’allure plutôt féministe. Gemma est réellement le personnage principal de cette histoire, elle va évoluer, s’adapter pour mieux régner tandis que Tom creusera sa propre tombe par son comportement égoïste, borné, presque mécanique qu’il lui fera perdre toute humanité. Il deviendra un poids en plus pour sa femme qui endossant déjà le rôles du père et de la mère, devra également s’occuper de lui. Yonder (la société à qui ont doit cette magnifique résidence) et inconsciemment Tom, lui ont imposé ce rôle prédestiné de la femme dans la société qu’est d’être mère. Chose qu’elle exécutera tant bien que mal, son instinct maternel pris pour acquis lui octroyant le droit de choisir sa vie.

“Fais leur un doigt d’honneur, je leur ai dit qu’ça voulait dire la paix entre les mondes “

Un p’tit coin de paradis

Nos protagonistes évoluent dans un monde qui n’est pas le leur, ce lotissement paradisiaque, tout propre, géométriquement parfait ne reflète pas leur personnalité. Il invoque un mode de vie d’une famille bien rangée, établie, le contraire de nos deux tourteaux pour qui s’installer en ménage est déjà un grand pas en soit. A Vauvert, la nature n’existe pas, tout est faux, tout n’est qu’une façade d’un endroit parfait qui en réalité n’en est rien. Une critique du conformisme poussée à l’extrême. Par ses plans, ses décors, Vivarium a quelque chose du surréalisme, Lorcan Finnegan ayant avoué s’être inspiré des tableaux du peintre René Magritte.

La dimension fantastique de Vivarium se rapproche de celle du film de science-fiction Cube de Vincenzo Natali, les personnages avancent dans un labyrinthe où le temps est déformé, les statuts de chacun se forment au fur et à mesure des événements. Il en est de même pour l’explication de la machination derrière cette expérience, rien n’est justifié mais le film parsème assez d’indices pour laisser au spectateur le soin de comprendre et de se faire sa propre interprétation. Pour contraster cette ambiance pesante, claustrophobique, Vivarium ne manque pas de sarcasme et de moments intimistes, mais gâche vite le peu d’espoir offert avec des trouvailles scénaristiques nous ramenant à l’horrible réalité dans laquelle on nous a enfermé.

Vivarium de Lorcan Finnegan – Critique
Conclusion
Un petit bijou de sf qui fait de Lorcan Finnegan un réalisateur à suivre.
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4
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