US et Jordan Peele : le souci du détail

Le nouveau film de Jordan Peele fait beaucoup de bruit. Le film a engrangé plus de 70 millions de dollars en un week-end sur son territoire. Il détrône le film Sans un Bruit, et se positionne #1 au rang du meilleur démarrage pour un film original. Us est également un succès de la presse, il cumule 95% de bonnes notes (pour 352 critiques) sur le site Rotten Tomatoes. On ne peut que se réjouir de l’aussi bonne performance du film, surtout quand il s’agit d’une création originale. Us n’est pas un simple reboot, remake ou autre suite destinée à faire de l’argent sur une histoire déjà contée, il est bien plus que ça. Le réalisateur Jordan Peele s’est amusé à glisser de nombreuses références et autres symboles dans son film et nous allons essayer de tous vous les raconter.

Les numéros 11:11

© Universal

Us est rempli d’un tas de symboles. Il faut plus d’un visionnage pour tous les retrouver. Dans le film, les numéros 11:11 et les lapins ont une symbolique bien particulière. Le 11:11 est présent dès le début du film. La jeune Adelaïde voit un homme tenir dans ses mains un carton avec l’inscription ‘Jeremiah 11:11’. Un verset de la Bible qui dit par ailleurs la chose suivante : “C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur : Voici que je fais venir sur eux un malheur auquel ils ne pourront échapper. Ils crieront vers moi, et je ne les écouterai pas.”

L’inscription revient ainsi de nombreuses fois plus tard dans le film, pendant un match de baseball à la télévision (le score à la mi-temps 11-11), à l’affichage de l’heure au radio-réveil ou encore sur le toit de l’ambulance qu’utilisent nos héros pour s’échapper.

La mort des jumelles, référence à Shining

© Universal Pictures

Dans Us, la famille Wilson est amie avec un couple d’amis (les Tyler) et leurs deux jumelles, Becca et Lindsey. Les deux soeurs meurent des coups de Zora dans une scène particulièrement jouissive. La position des jumelles est semblable à celui des jumelles Grady dans le film Shining. Jordan Peele assume pleinement avoir été influencé par le film de Stanley Kubrick. La scène d’ouverture de Us est très influencée par Shining. Il raconte à The Playlist : “Au début du film, je veux dégager le sentiment qu’on se retrouve entre Shining et Moonlight. Le garçon flippant [Danny dans Shining] est un immense personnage dans le panthéon de l’horreur.”

Bonus : Les deux actrices jouant Becca et Lindsey (Cali Sheldon et Noelle Sheldon) ont joué la fille de Rachel et Ross dans la série Friends.

Santa Cruz et The Lost Boys

Us débute avec une scène d’ouverture met en scène les personnages à l’été 1986 à Santa Cruz, en Californie. Au cours d’une scène, la mère d’Adelaide explique à sa fille qu’un film est en tournage à proximité du carrousel. Le film en question est The Lost Boys (Génération Perdue en France) qui a réellement été tourné en 1986 ! Il s’agit de la même plage, du même parc d’attraction… 33 ans après.

Le cameo de Jordan Peele

Jordan Peele n’apparaît dans aucun film qu’il a réalisé. Cela ne veut pas dire qu’il n’est dans aucun de ses films. Dans Get Out, le réalisateur a donné de la voix… au cerf mourant après un choc avec une voiture. Dans son deuxième film, US, Jordan Peele réitère dans le doublage animalier et rentre dans la peau… d’un lapin. Pour être certain de ce curieux cameo, le réalisateur oscarisé le raconte dans une interview accordée à Fandango.

L’habit fait le moine

© Universal Pictures

Les vêtements des personnages sont également porteurs d’indices à de nombreux instants du film à l’instar de Zora, qui porte d’abord un tee-shirt avec un dessin de lapin puis un sweat comportant l’inscription Thỏ, soit Lapin en Vietnamien. Plus subtile encore, la tenue blanche d’Adélaïde est souillée de sang au fur et à mesure de l’histoire. Une coloration vers le rouge qui crée un lien direct avec les habits des Reliés, et notamment la fin du film. Détail plus amusant pour terminer, on peut trouver à quatre reprises des t-shirts du groupe de punk américain Black Flag, dont le logo est justement constitué de quatre barres verticales, soit II:II. Une fois encore.

Une voix d’outre-tombe

Pour trouver la voix si caractéristique et si marquante de Red, le doppelgänger de Adelaïde, l’actrice Lupita Nyong’o s’est basée sur la dysphonie spasmodique, un véritable symptôme post-traumatique qui a pour particularité d’occasionner un resserrage des cordes vocales, rendant toute prise de parole très difficile. Pour se faire, elle fut majoritairement influencée par la voix de Robert F. Kennedy Jr. et aidée par de nombreux médecins afin de pouvoir la voix la plus appropriée au traumatisme de son personnage, sans toutefois abîmer ses cordes vocales.

Des indices sous influences

Si le premier plan de Us peut assez ironiquement rappeler Climax de Gaspar Noé, de nombreux détails et indices y sont dissimulés. Outre les publicités pour Santa Cruz et Hands Across America passant à la télévision, on peut déceler quelques VHS juste à côté dont Les Goonies, C.H.U.D., L’Homme aux Deux Cerveaux, Les Griffes de la Nuit ainsi que L’Étoffe des Héros. Si les deux derniers films ne sont certainement que de simples références chères à Jordan Peele glissées subtilement, les deux premiers films parlent eux aussi de secrets enfouis sur Terre, et tout particulièrement de monstres délaissés aux yeux de tous, tandis que L’Homme aux Deux Cerveaux parle, comme son nom l’indique, de dualité de soi.

À la sauce Peele

© Universal

La réappropriation est une thématique centrale du film, qui s’étend à toute la pop-culture américaine en général. Certains détails sont plus visibles que d’autres, comme l’événement Hands Across America qui devient une figure de manifestation pour les Reliés ou encore la chanson “I Got 5 on It” reprise de manière à lui donner un caractère terrifiant, d’autres sont plus discrets. Le palais des glaces par exemple, nommé en 1986 le “Shaman’s Vision Quest Forest” et représentant un natif américain, devient de nos jours le “Merlin’s Forest”, malgré le fait que le décor du labyrinthe reste identique. Une critique de la réappropriation culturelle assez surprenante mais salutaire dans une production américaine avec un tel raisonnement !

Vous l’aurez compris, Us est une oeuvre bien, bien plus riche qu’elle ne peut le paraître aux premiers abords. Il était déjà de notoriété publique que Jordan Peele est un véritable nerd accro à l’imaginaire horrifique et tout particulièrement attaché à l’amour des petits détails et autres petits easter-eggs, on en a ici la preuve. Alors si vous revisionnez le film afin de chercher à le comprendre… Gardez l’œil ouvert.

Balance ton commentaire

Suivez-nous sur facebook

Abonnez-vous à ce blog par e-mail.

Saisissez votre adresse e-mail pour vous abonner à ce blog et recevoir une notification de chaque nouvel article par e-mail.

Rejoignez les 32 autres abonnés