The Haunting of Bly Manor – Critique

Une gouvernante est engagée pour veiller sur deux orphelins vivant dans un manoir isolé en pleine campagne. Peu à peu, d’effrayantes apparitions viennent la hanter.

Après la très réussie première saison que fut The Haunting of Hill House, Mike Flanagan et ses équipes reviennent avec une nouvelle histoire d’horreur : The Haunting of Bly Manor. La série étant pensée comme anthologique, les deux saisons n’ont aucun lien entre elle tant dans l’histoire que dans la réalisation.

Sur le papier, le même procédé est appliqué aux deux saisons. Dans Hill House, on suit une adaptation du roman Maison Hantée de Shirley Jackson et aussi de sa version cinéma qu’est La maison du diable de Robert Wise. Pour Bly Manor, les scénaristes s’attaquent au classique du genre qu’est Le tour d’écrou d’Henry James et son pendant sur grand écran Les innocents de Jack Clayton. Si le lien est évident, à savoir un récit de fantôme, les deux saisons sont diamétralement opposées. La première jouait sur la temporalité et l’emprise d’un lieu sur une famille tandis que la deuxième est un gros travail sur l’abandon, le rejet et la solitude.

This is (not) a ghost story

Beaucoup plus verbeuse que la première saison, Bly Manor n’est pas tournée sur le spectaculaire, le jumpscare ou autre technique du genre. S’il n’y avait pas les fantômes et l’ambiance, on se croirait à la limite du mélo. Le spectateur se retrouve baladé pendant la première partie de la saison à rencontrer divers personnages tous plus étranges les uns que les autres et à subir plus qu’agir sur l’intrigue. Cela changera complétement avec l’épisode 5. Un épisode majeur, capital, une réussite d’écriture en pur contre-pied que fut l’épisode 6 de Hill House. Le casting est resserré autour d’une jeune fille au pair, d’une gouvernante, de deux enfants, d’un cuisinier et une jardinière. Tout du moins, au début. Au fur et à mesure de la saison, le casting va grossir, évoluer, se transformer et se renforcer. Tous ont un but, un rôle à jouer dans ce jeu de pantin qu’est Bly Manor. Tous ont un point commun : ils ont à divers moments de leur vie été abandonnés d’une manière ou d’une autre et en cela, la saison est une formidable travail sur le lourd processus qu’est la reconstruction et la résilience.

Mettre des enfants flippants dans un film de genre est un des poncifs du genre et Bly Manor ne déroge pas à la règle. Ils peuvent se révéler énervants par moment mais force est de constater que les deux acteurs se révèlent convaincant surtout au vu de la palette à jouer. Mais la grande surprise du casting se trouve en T’Nia Miller (Years & Years) qui se révèle être une gouvernante absolument géniale. Tout à tout froide puis vulnérable comme rarement, elle joue sa partition d’une main de maître et inscrit son rôle dans la lignée de personnages comme Annie Wilkes dans Misery ou Mildred Ratched dans Vol au dessus d’un nid de coucou.

Possession

Le tour d’écrou est un tour de force littéraire car il place le lecteur dans un rôle ambigu, le récit étant un compte-rendu, la question se pose souvent de distinguer la réalité et la fiction. Il en est de même pour sa version TV. On a souvent le sentiment de toucher la vérité et de comprendre les liens jusqu’à ce qu’un grain de sable vienne bloquer l’ensemble. Mike Flanagan s’est rapidement imposé comme un des nouveaux noms du genre (son director’s cut de Doctor Sleep est probablement l’une des meilleures adaptations de Stephen King) et il le prouve encore dans cette saison en réinterprétant le thème de la possession. Cela plonge encore plus le spectateur dans un sentiment de perdition puisque les personnages changent de visage au gré des éléments et selon leurs intérêts.

Comme dans Hill House, il y a principalement deux temporalités : une dans le présent et une où évolue le passé des personnages, leurs souvenirs. Mike Flanagan s’en sert à foison pour creuser chacun dans un ordre précis, millimétré et logique. La saison étant divisé en deux parties clairement distinctes (l’avant et l’après révélation), chacun y trouvera son compte. L’avant avance sur un chemin balisé, classique du cinéma de genre pour perdre ses oripeaux dans la seconde moitié. Celle-ci se révèle être un rouleau compresseur d’émotions, une histoire gothique à souhait où les protagonistes deviennent à tour de rôle des victimes ou des bourreaux. La nuance entre le Bien et le Mal n’a jamais été aussi peu visible dans une œuvre de genre puisque selon ses affinités, le spectateur pourra prendre parti pour certains ou pour d’autre. En gros, la même proposition qu’Henry James offrait en 1898 à ses lecteurs.

This is a love story

A la grande différence de la première saison, Mike Flanagan n’a réalisé qu’un seul épisode de Bly Manor mais son cahier des charges reste inchangé. Tout n’est qu’atmosphère, ambiance et travail sur la lumière. On notera le soin apporté aux décors et aux arrière-plans, hommage assumé à la réalisation de Jack Clayton sur sa propre adaptation. Si le choix dans un épisode d’utiliser le noir et blanc est discutable, la relecture du thème principal des Innocents compense ce moment maladroit.

Le système de boucle et un montage sec et resserré permettent d’accélérer le récit ou de l’étendre au besoin. Tout va s’imbriquer pour former un tout à la puissance dévastatrice. Les masques tomberont jusqu’à l’origine du mal et sa volonté de détruire. Comme de coutume dans la série, il y a des nombreux clins d’œil, des fantômes cachés, disséminés tout au long de la saison. L’ambiance est gothique au possible et cela se renforce par le décor du manoir de Bly pur monument gothique que Tim Burton ne renierait pas.

Après une première saison impressionnante mais qui restait dans le carcan du genre, The Haunting of Bly Manor quitte les rives du genre pour être un travail magnifique sur l’abandon et la perte de soi teinté d’une touche de fantastique. Une saison d’ambiance et d’atmosphère plus que d’horreur pure.

The Haunting of Bly Manor est disponible sur Netflix.

The Haunting of Bly Manor – Critique
Conclusion
Dans la lignée de "A Ghost Story", la nouvelle saison de "The Haunting" part d'une histoire de genre pour manipuler le spectateur, le faire douter, vibrer, pleurer jusqu'à son dénouement implacable et féroce.
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