The Farm de Hans Stjernswärd – Critique

Nora et Alec parcourent les Etats-Unis. Lors d’un stop dans un motel à moitié désaffecté, ils se font kidnapper par un inquiétant gérant…

Discrètement arrivé du côté de chez OCS, The Farm est le premier long-métrage de son réalisateur et scénariste Hans Stjernswärd. Ne pas se fier au nom nordique du monsieur : en vacances à travers les paysages secs des grands espaces états-uniens, accompagnés par une photographie poisseuse héritée dans l’esprit de l’indétrônable Massacre à la Tronçonneuse, Nora (pour Nora Yessayan) et Alec (pour Alec Gaylord) forment un gentil couple, gentiment niais, gentiment condescendants envers cette horde de rednecks et d’indices qu’ils croisent, tous laissant penser qu’ils ne vont pas repartir de leur road trip qu’avec des coups de soleil et des stories Insta.

Qu’il choisisse sa place sur une borne automatique ou sa location à la demande par un clic de télécommande, l’internaute moyen ne lance pas The Farm par un truchement magique de sérendipité aveugle. Il sait à peu près vers quoi il se lance, et de toute évidence, pour aller farfouiller à la page 8 des catégories obscures des sites de VOD, il le fait en tout état de cause et d’attente de genre. Pourquoi donc Stjernswärd se sent-il obligé de nous réapprendre de zéro l’ensemble des codes d’une horreur suintante, sniffant la casquette de l’américain rachitique moyen comme s’il en avait eu la primauté de la présence d’esprit ? Son exposition, trop longue, trop vue de partout, traîne la fatalité du sort de ses personnages déjà peu empathiques – lui, trop mou, elle, trop exaspérante. À moins que leur antipathie naissante ne soit la première pierre d’une douloureuse et excitante expiation physique et morale de ces normies voyageurs qu’on aime tous détester, au fond ?

Cannibales (au low cost)

Après un premier tiers assoupi, les deux zozos entrent dans leur synopsis grâce à la rencontre d’un gérant inquiétant d’un motel désert au nom jamais prononcé mais à la prestance dingue : Ken Volok, quel nom, quelle gueule ! Ligotés, enchaînés, encagés, le propos du film (son titre, en fait) peut enfin être déroulé. Nous voici dans un corps de ferme, tout ce qu’il y a de plus classique – si ce n’est que les animaux sont remplacés par des êtres humains. Enfin, le film commence à se montrer à la hauteur de nos exigences : le parallèle avec la maltraitance animale est clair et fringuant. Quasiment tout y passe : mise en cage, insémination artificielle, abattage, et même quelques petites réjouissances avec des nouveaux-nés…

Pour autant, The Farm ne bascule jamais dans la dénonciation mordante et implacable et se retrouve souvent avec des amorces de scènes gore intéressantes mais expédiées, comme si son réalisateur n’osait pas lui-même regarder en face l’atrocité de son propos. Le spectateur est trop souvent sauvé de sa torpeur par un hors-champ salvateur, et c’est précisément ce petit confort, tout à fait contraire à la répulsion que son genre induit, qui ne devrait pas exister face aux situations terribles qui sont suggérées. Il y a bien quelques scènes qui fonctionnent, ça et là. Ce sont celles qui ne détournent pas les yeux, mais elles sont trop rares, et leur effet noyé dans les ratés précédents ne suscitent plus l’horreur mais l’ambivalence.

Tiède, le spectateur n’a même pas le loisir de récolter les fruits de son labeur puisque les conséquences anthropophagiques sont reléguées au second plan sur l’autel de compositions picturales mal venues. Couplé à un dernier tiers sous la forme d’une course-poursuite molle et dénuée d’enjeux (merci, la fameuse antipathie initiale), The Farm ne peut être sauvé que par l’illusion de ce qu’il aurait pu être plutôt que parce qu’il est concrètement. Quelle idée, aussi, d’aller farfouiller les films d’horreur en page 8 des catégories obscures des sites VOD – mais que voulez-vous, la faim justifie les moyens.

The Farm de Hans Stjernswärd – Critique
Conclusion
Trop tendre avec son sujet, The Farm fourmille d'idées mais ne sait jamais comment les mettre en images, peu aidé par des acteurs globalement peu inspirés. Pour un film, c'est un peu sot.
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1.5
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