The Dead Don’t Die de Jim Jarmusch – Critique [CANNES 2019]


Dans la sereine petite ville de Centerville, quelque chose cloche. La lune est omniprésente dans le ciel, la lumière du jour se manifeste à des horaires imprévisibles et les animaux commencent à avoir des comportements inhabituels. Personne ne sait vraiment pourquoi. Les nouvelles sont effrayantes et les scientifiques sont inquiets. Mais personne ne pouvait prévoir l’évènement le plus étrange et dangereux qui allait s’abattre sur Centerville : les morts sortent de leurs tombes et s’attaquent sauvagement aux vivants pour s’en nourrir. La bataille pour la survie commence pour les habitants de la ville.  

Un film de zombies en ouverture de cette 72ème édition du Festival de Cannes ? La démarche est plutôt inattendue de prime abord. Mais ce qui permet à The Dead Don’t Die d’accéder à cette place de choix, c’est avant-tout son casting en or massif ainsi que son réalisateur habitué aux terres Cannoises en la personne de Jim Jarmusch. Un regroupement de talents assez impressionnant, au point d’en éclipser le sujet-même du film et sa potentielle qualité. En tout cas, tout porte à croire que ce fût le cas pour le comité de sélection du festival.

©  Universal Pictures International France

DOUCHE FROIDE

N’y allons pas par quatre chemins : The Dead Don’t Die est une catastrophe. Un incident aussi spectaculaire qu’incompréhensible qui ne semble jamais savoir quoi raconter, ni même quoi offrir à son spectateur. Si Only Lovers Left Alive avait déjà prouvé l’attrait de Jim Jarmusch pour le fantastique, le réalisateur semble ici totalement désintéressé par l’univers qu’il réinvestit. Pire, on a très souvent l’étrange sentiment qu’il porte un regard hautain envers la série-B ainsi que ses adorateurs, sans toutefois y apporter quelque chose de nouveau, préférant répéter sans aucun tact des clichés d’un autre temps et déjà tournés en dérision depuis Bienvenue à Zombieland et Shaun of The Dead.

Sauf qu’à l’inverse d’Edgar Wright, qui faisait preuve d’une profonde passion pour le genre tout en y ajoutant ses propres thématiques, Jim Jarmusch semble plus intéressé à référencer son propre cinéma qu’à raconter une histoire cohérente. Enchaîner les références à Paterson, Ghost Dog ou encore Coffee & Cigarettes semble satisfaire grandement son égo mais en aucun cas elles ne sont des vecteurs narratifs, le pinacle étant atteint au cours d’une fin aussi bâclée que prétentieuse, dans laquelle le réalisateur se la joue Quentin Dupieux mais sans l’audace ni même l’inventivité. Il ne faudra pas non plus compter sur l’humour général du film pour remonter le niveau, tant il se révèle vain, éculé, faussement référencé, sans subtilité et surtout méprisant pour son spectateur, le film allant jusqu’à répéter certaines blagues trois ou quatre fois A LA SUITE, juste de sorte à ce qu’on puisse bien la comprendre.

© Universal Pictures International France

UN FILM DE GENRE QUI NE S’ASSUME PAS

Difficile donc de passer un moment agréable devant The Dead Don’t Die tant on a la fâcheuse impression que le réalisateur crache au visage de son spectateur à longueur de film, le considérant probablement comme trop stupide pour comprendre une simple blague méta ou encore pour attendre un quelconque soin venant d’un simple film de zombies. Mais là est tout le problème du long-métrage : Ce n’est pas un film de zombies. Non pas parce qu’il cache son jeu pour se révéler être bien plus que cela, mais plutôt parce qu’il se fiche éperdument de son sujet et n’a aucune autre ambition que de multiplier les cameos anecdotiques et forcés, visiblement créés dans l’espoir de dissimuler un scénario à la vacuité abyssale, qui se considère sûrement comme progressiste (tiens tiens, une casquette rouge « Keep America White Again » et des climato-sceptiques à la télévision, on se demande bien à qui ça fait référence…) mais qui n’arrive qu’à être réactionnaire et, une fois de plus, condescendant envers son audience.

Quid des zombies me direz-vous ? Soyez rassurés, ils sont bien présents… à 35 minutes de la fin du long-métrage. Avant cela, attendez-vous à des tonnes et des tonnes de scénettes à l’intérêt plus que relatif autour de tous les personnages de Centerville, le lieu où se déroule l’intrigue. Mais là où une œuvre comme Twin Peaks arrive à rendre ces moments fascinants par la singularité de ses personnages et des liens qu’ils entretiennent les uns aux autres, aucun des personnages ne se démarque ici et tous semblent être désincarnés par un casting au non-jeu perpétuel. Tilda Swinton et Adam Driver surnagent vainement à la surface grâce à leurs charismes innés mais leurs personnages font preuve d’un traitement à la limite de l’aberration dramaturgique. Mais la palme du paradoxe d’écriture revient néanmoins à ce trio d’adolescents, qui réussissent l’exploit de ne jamais être introduits correctement (Qui sont-ils ? Où sont-ils ? Que font-ils ici ? On n’en saura rien), de n’avoir absolument aucun impact sur le reste de l’intrigue et surtout, de ne même pas avoir un arc scénaristique terminé, disparaissant intégralement du montage dans le dernier tiers du film, alors qu’ils échappaient à une horde de zombies sanguinaires. Et encore, le mot « sanguinaire » est bien fort puisque toute trace de gore s’est vue censurée pour une raison inexplicable. Un peu comme si le long-métrage n’assumait jamais sa vraie nature.


© Universal Pictures International France

On dit souvent que pour réussir un bon film de genre, il faut croire en ce que l’on montre, en ce que l’on revendique et surtout s’y investir pleinement, quitte à frôler le ridicule. Avec The Dead Don’t Die, Jim Jarmusch nous montre à quel point il méprise ce cinéma et en a même fait un film pour le faire savoir. Rien n’est à sauver de ce naufrage qui ne tient sa médiocrité qu’au je-m’en-foutisme complet que son metteur en scène, qui semble justifier la pauvreté visuelle et thématique de son œuvre par le fait qu’à ses yeux, le cinéma de genre traditionnel l’est tout autant. Or, il suffit de se tourner vers les valeurs sûres de l’horreur humoristique, à l’instar de celles cités précédemment, pour y retrouver bien plus de cœur, de soin et d’inventivité que dans ce bug de la matrice à grande échelle. Alors certes, leurs castings ne sont pas tous aussi prestigieux et il y a de fortes chances qu’ils ne franchiront jamais les portes du Festival de Cannes mais au moins, leurs films ont le mérite d’être finis.

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Note du film
Conclusion
Jim Jarmusch n’aime pas le cinéma d’horreur et nous le fait savoir au travers de ce calvaire filmique inexplicable. On s’attendait au moins à un divertissement honnête, on se retrouve finalement avec un ego-trip prétentieux et méprisant envers son public. Une ouverture Cannoise tout simplement incompréhensible.

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