Starfish de A.T White – CRITIQUE

Une jeune fille tente de surmonter la mort d’une proche, dans un monde qui se transforme.

On retrouve beaucoup de beaucoup de choses dans ce premier film de A.T White, disponible en France sur la plateforme Shadowz. Tout d’abord, Starfish est un film sur le deuil, comme on nous en sert à toutes les sauces dans le genre depuis quelques années. Très honnêtement, ça commence à devenir un peu lassant. Le film suit Aubrey (Virginia Gardner), qui après l’enterrement de sa meilleure amie Grace se réfugie dans l’appartement de cette dernière. Dans la cuisine, le salon, le pub du rez-de-chaussée, elle contemple et s’enveloppe dans les souvenirs d’une relation éteinte et qui pourtant respire encore dans chaque affiche au mur, chaque photo, chaque ticket de cinéma conservé. Il y a dans cette appartement une douceur, une atmosphère de sécurité assez peu vues dans les films d’horreur. Cependant, Aubrey sera vite rattrapée par la réalité, et quelle réalité ; car dehors, c’est la fin du monde.

Car non content d’être un film sur le deuil, dont le genre adore nous abreuver ces derniers temps, c’est aussi un film apocalyptique… dont le genre adore nous abreuver ces derniers temps. Populations disparues, neige, monstres aux graphismes fantasmagoriques, l’esthétique du film se situe clairement dans la lignée de A Quiet Place ou d’Annihilation, mais en semi-huis clos. Car Aubrey se terre dans l’appartement de son amie, décidant activement d’ignorer l’apocalypse, au début tout du moins.

La première partie de Starfish rassemble tous les codes et du film de fin du monde, et du film de deuil. Le passage obligatoire au supermarché et les visions de la personne disparue, les scènes obligatoires s’enchaînent, soulignés par une bande originale impeccable et une cinématographie qui certes suit la mouvance « horreur d’auteur », mais qui au moins le fait bien. La lumière est douce et froide, le manteau de neige qui recouvre la ville désertée donne lieu à de très jolis plans. Mais c’est l’appartement de Grace qui illumine l’ambiance du film, avec son amas de souvenirs et de symboles qui contribuent, plus qu’aucune scène ouvertement dramatique, à communiquer la douleur de ceux qui restent.

« Le monde existe-t-il encore si on choisit de l’ignorer ? »

Le côté course d’orientation amené par la suite, quand Aubrey se met en quête de mixtapes cachées par Grace à plusieurs endroits de la ville, peine à donner un sentiment d’urgence au film. Ce qui en reste, c’est sa profonde solitude, la construction solide et complexe de son personnage principal, et la lente et douloureuse découverte de son passé et de ses regrets liés à Grace, dévoilés avec pudeur en flashbacks et en hallucinations. Le côté science-fiction semble parfois copié collé dessus sans réelle cohérence, malgré une réelle audace graphique et une bande originale somptueuse. Les séquences d’hallucinations donnent lieu à des moments ambitieux qui tombent parfois à plat, parfois pas—une séquence animée rentre dans la deuxième catégorie, un rêve méta dans la première.

L’apocalypse n’est qu’une excuse pour le retrait d’Aubrey, son besoin de s’éloigner du monde, son souhait au fond, que le monde disparaisse. Quand on a tout perdu, le monde s’écroule, apocalypse ou non. Le retour à la normale est impossible. Le monde sera toujours tordu, bancal, et d’une certaine manière, déserté. La solitude d’Aubrey n’est pas imposée par la fin du monde – un homme l’appelle au début pour lui offrir son aide – elle est choisie, imposée comme une punition mais aussi comme un refuge contre la réalité de la perte et le vide immense qu’elle a laissée.

Alors oui, l’horreur nous abreuve de deuil jusqu’à l’overdose ces derniers temps, et Starfish n’est pas un film parfait. La fin traîne en longueur sur la fin, et son silence, son tête à tête sans concession avec sa protagoniste, pourra ennuyer certain-es dès le début. Mais c’est un film profondément sincère, et ses erreurs sont faciles à pardonner. Il ne faut pas s’attendre à ressentir une tension insoutenable, ni à ce que le cœur s’arrête, malgré quelques jumpscares réussis. Mais on peut s’attendre à ce que le cœur se serre.

Starfish de A.T White – CRITIQUE
Conclusion
Des défauts, une certaine longueur, mais surtout une grande poésie se détache de ce portrait intime d'une jeune femme en deuil sur fond de fin du monde.
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3.5
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