Relic de Natalie Erika James – Critique

Lorsqu’Edna, la matriarche et veuve de la famille, disparaît, sa fille Kay et sa petite-fille Sam se rendent dans leur maison familiale isolée pour la retrouver. Peu après le retour d’Edna, et alors que son comportement devient de plus en plus instable et troublant, les deux femmes commencent à sentir qu’une présence insidieuse dans la maison. Edna refuse de dire où elle était, mais le sait-elle vraiment…

Le paysage du cinéma de genre est si riche, si divers qu’on s’y perd. Pour les amateurs et amatrices, ceux et celles qui traquent la perle comme des chineurs aux puces, la passion prend du temps, un temps de recherche amplifié par la difficulté très française de trouver des films au cinéma, quand tant d’eux passent en festivals puis disparaissent, dénichables au détour des VOD et des soirées à écumer les recoins d’internet.

Parfois, cependant, un éclair traverse les salles françaises, un film lumineux, et on peut se précipiter au cinéma. C’est ce qu’il faut faire avec Relic, le très grand premier long métrage de Natalie Erika James, qui sort en salles le 7 octobre. Relic est centré autour de trois générations de femmes, Edna (Robyn Nevin), Kay (Emily Mortimer) et Sam (Bella Heathcote), grand-mère, mère et fille. Quand Edna disparait quelques jours, sa fille et sa petite fille rejoignent sa grande maison au cœur de la campagne australienne. Le retour d’Edna apaise les inquiétudes l’espace de quelques secondes seulement, avant d’amener de nouvelles questions. Où était-elle ? Pourquoi ne veut-elle pas le dire ? S’en souvient-elle ? Quelle est cette marque bleue-noire qui s’étend sur sa poitrine ?

Au fil du film, le comportement d’Edna devient de plus en plus inquiétant. Agressive, renfermée, allant de la tendresse à la cruauté, elle pousse sa fille à envisager une éventualité difficile : la mettre en maison de retraite. Et si Edna est la principale source d’angoisse pour ses descendantes, sa maison n’arrange pas les choses. Pendant une grande partie du film, Sam et Kay affronte les étranges évènements qui secouent la maison chacune de leur côté, semblant incapables de partager l’une avec l’autre leurs peurs, les choses qu’elles apprennent, les choses qu’elles voient. C’en est parfois presque frustrant, mais cela témoigne parfaitement de la difficulté de mettre en mots ce qu’elles traversent, la nécessité de le taire pour reculer le moment où il sera impossible de faire semblant d’ignorer la dégénérescence de leur mère et grand-mère.

La mère, la grand-mère, la fille… Et la maison

Relic est un film-mémoire en plus d’être un film sur la mémoire, centré sur le plongeon lent et douloureux d’Edna dans la démence. Film-mémoire par son décor d’abord. La maison dans laquelle le film passe la grande majorité de sa durée, comme un presque huis-clos, est parsemée de post-it, rappels d’Edna à elle-même, du plus banal (« éteindre le robinet ») au plus inquiétant (« ne le suis pas »). Dans cette maison, deux existences cohabitent : un passé lumineux, confortable, paisible, et un futur sombre et menaçant. Le deuxième se repait des reliques du premier. Les albums photos, les bijoux de famille, sont au même titre que les post-it autant de rappels de ce qui échappe.

Les décors de Relic sont incroyables, luxuriants, une maison-psyché comme on en retrouve dans les très grands classiques de la maison hantée. On s’y perd, on s’y enfonce, de couloir en couloir, on ne sait jamais quelle porte va s’ouvrir ni sur quelle pièce elle va déboucher. Tout ça fait monter progressivement un sentiment de claustrophobie qui ne s’atténue pas durant les séquences extérieures, écrasées par des arbres d’une hauteur vertigineuse. Les murs de la maison renferment une entité mystérieuse qu’on entend souvent et qu’on aperçoit parfois dans l’obscurité des coins de pièces. Ces zones de noirceur dans laquelle la menace évolue sont façonnées et exploitées par la photographie de Charlie Sarroff, qui en se reposant principalement sur une lumière naturelle laisse proliférer les ombres.

L’horreur de ceux qui restent, et de ceux qui partent

Le trio d’actrices est impressionnant, offrant à l’écran toutes les nuances d’un jeu délicat et nuancé. Emily Mortimer, endeuillée d’une mère pourtant encore vivante, campe un portrait d’amour d’une grande justesse. Bella Heathcote amène au trio une énergie solaire et émouvante. Mais c’est Robyn Nevin, en matriarche obstinée à qui sa propre vie échappe, qui brille le plus, navigant de la dureté la plus froide à une tendresse fragile. Dans les liens qui unissent ces trois personnages se situe la vraie peur soulevée par le film : celle de perdre les souvenirs, les liens tissés avec les personnes qu’on aime.

Relic est donc un film métaphore, comme son compatriote australien The Babadook, et comme The Babadook ça ne veut pas dire qu’il ne fait pas peur. C’est un film effrayant, à l’atmosphère résolument sombre. Sa bande originale a l’intelligence de ne pas forcer la peur, laissant parfois de longues plages de silence sur les scènes les plus effrayantes. La montée en tension est régulière jusqu’à un dernier acte explosif. C’est aussi un film d’une grande poésie, qui rappelle l’écriture de Sergio G. Sanchez (scénariste de L’Orphelinat et réalisateur du Secret des Marrowbone), qui amène sans peine le spectateur de l’effroi à l’émotion. Edna est à la fois la victime et le monstre, terrifiée et terrifiante, déformée par la maladie qui infiltre peu à peu son esprit et son corps.

C’est ce que Relic a que la pléthore de films sur le deuil sortis récemment n’ont pas : il s’attarde sur celles qui restent, mais aussi sur celle qui part. On sort de la séance retourné, secoué autant par les moments de pure peur et ceux de profonde tristesse. Qu’on ait ou non connu une ou un proche ayant sombré dans la démence sénile, la peur que le film suscite va au-delà de ce qu’on ressent devant un très bon film de maison hantée. Le vrai monstre de Relic reste le temps qui passe.

Relic de Natalie Erika James – Critique
Conclusion
Relic est un premier film virtuose, d'une intelligence rare, filant sa métaphore avec subtilité et nous faisant vaciller sans cesse de la peur à l'émotion.
Note des lecteurs3 Notes
5
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