Pourquoi Chucky doit-il passer par la case reboot ?

La poupée la plus célèbre de l’histoire des poupées qui tuent est de retour. Chucky revient sous une adaptation, produite par la maison mère (MGM) et réalisée par Lars Klevberg. Le réalisateur norvégien signe son premier blockbuster horrifique, après avoir débuté sa carrière en adaptant un de ses courts-métrages (Polaroïd) en long-métrage. Mais après l’annonce de ce reboot, les millions de fans de la poupée, créée par Don Mancini, ont vu rouge et n’hésite pas à exprimer leur mécontentement. Alors, que faut-il penser de ce reboot ? Est-il nécessaire ?

Chucky : 30 ans et plus toutes ses dents

Child’s Play (Jeu d’Enfant en VF) est le premier film de la franchise originelle. Le film, sorti de l’imagination de Don Mancini et réalisé par Tom Holland, se déroule en 1988 aux États-Unis. Charles Lee Ray, un tueur en série psychopathe, tente d’échapper aux forces de l’ordre. Il est tué dans un magasin de jouets. Avant de mourir, il utilise la magie vaudou pour placer son esprit dans une poupée. Karen Barclay (Catherine Hicks) offre à son jeune fils Andy (Alex Vincent) cette poupée en salopette et aux cheveux roux. Il s’agit d’une poupée “Brave Gars”, qui fait fureur auprès des jeunes à cette époque, et qu’Andy souhaitait posséder…

Chucly 2
© MGM/Universal – Chucky 2

Véritable classique du genre, Child’s Play fait mouche à sa sortie. Il engrange plus de 44 millions de dollars dans le monde entier et le succès est critique. Il reste également le cauchemar de nombreux enfants, trop curieux, pendant des décennies. Comme tout bon succès, il est de coutume de tirer sur la corde tant qu’elle ne cède pas.

Une franchise en dent de scie

Si les films sont devenus cultes, la trilogie ne brille pas par sa qualité. La poupée aux cheveux roux et au regard de psychopathe effraye toujours les enfants (la représentation d’Andy chez le spectateur), mais ne déclenche plus les frissons chez le spectateur adulte. Les défauts techniques et narratifs de la franchise sautent aux yeux. À la fin des années 90, le genre horrifique laisse place à modernisme des codes du genre (générés par le slasher Scream) et la franchise est gangrenée par l’évolution parodique du genre fantastique. Chucky revient, dans sa version cicatrisée avec La Fiancée de Chucky. Le film de Rony Yu se moque de l’Amérique des bien-pensants et se la joue mêta. Ces références à la culture populaire et son côté punk rendent ce quatrième film particulièrement savoureux, mais marquent le point de non retour de la franchise.

En 2004, Chucky et Tiffany deviennent parents dans le cinquième volet de leurs aventures : Le Fils de Chucky. Les fans hardcore de la franchise boudent le film à sa sortie. Le film dépeint un Chucky qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Un papa en plastique qui bande mou. Sans saveur, le film met fin à la franchise sur grand-écran. 4 ans plus tard, le créateur de la franchise reprend les commandes et réintroduit le personnage à la nouvelle génération grâce à La Malédiction de Chucky (2013) et Le Retour de Chucky (2017), qu’il réalisera lui-même. Si ces films sont relativement bien reçus par la critique, ils passeront via une sortie directement en vidéo. Chucky a besoin d’un retour en grande pompe et pour cela, une autre poupée doit la remplacer.

© MGM – Bride of Chucky

Nouvelle génération, nouvelle poupée

Pour terrifier une nouvelle génération, il faut en comprendre son mécanisme. La génération dite Y est née avec les nouvelles technologies. Les films de science-fiction tels que Matrix ou Avatar ont laissé une empreinte grâce à leur technicité, jamais vu auparavant. Les réseaux sociaux et les assistants vocaux sont présents dans la vie de milliards d’être humains. Il est temps que cette poupée de chiffon soit mis à jour dans sa version 2.0. Chaque génération doit avoir sa poupée Chucky.

Quoi de plus effrayant qu’une maison prenant le contrôle de vos équipements connectés ? Dans une interview, le réalisateur Lars Klevberg explique que tous les bons films d’horreur appartiennent à leurs générations :

Nous croyons à tous ces assistants qui contrôlent nos équipements électroniques de nos maisons et qui organisent nos vies. Mais que se passerait-il si ces équipements prenaient une forme humaine et pouvez circuler librement ? Ce serait quelque chose de complètement différent et notre film récupère ce concept à autre niveau. Ce que j’aime le plus dans l’intelligence artificielle avec ce film, est qu’il m’a permis de recréer le personnage de Chucky de zéro.

Au lieu de parler de vaudou, le film traite avec un personnage qui voit le monde pour la première fois de sa vie. Comment il s’adapte et trouve sens à ses objectifs à travers le comportement des humains. C’était un chemin intéressant à explorer. Le personnage de Chucky, à travers le film, est très intéressant pour moi parce que tout ce qu’il fait est compréhensible, mais immoral. Cela créé un très bon antagoniste. Vous comprendrez sa motivation, mais vous n’êtes pas d’accord avec ce qu’il fait.

Lars Klevberg

Les bons remakes existent

Les annonces de remakes et reboots sont toujours critiquées par les fans des oeuvres originelles. Manque d’originalité, les remakes sont souvent produits pour engranger le maximum d’argent, les remakes ont mauvaises presse. Au-delà de l’aspect pécuniaire, l’oeuvre artistique dépend beaucoup de l’époque à laquelle elle sort. La manière que nous avons de regarder change en fonction des générations.

© Metropolitan Filmexport – Massacre à la tronçonneuse (2003)

Massacre à la tronçonneuse (1974) de Tobe Hooper est une œuvre viscérale à multiples niveaux de lecture. Bien qu’il s’inspire, légèrement, du tueur en série Ed Gein, le film souffre des traumatisme de la guerre du Vietnam et du scandal du Watergate. L’horreur est humaine, l’horreur autour de nous et le sang versé ne sera que libérateur. L’Amérique dépeint dans le remake de Marcus Nispel (2003) est plus libertaire et hédoniste. Il s’inscrit également dans une oeuvre ultra graphique et malsaine. Le cinéma d’horreur évolue et le torture porn devient la nouvelle mode.

© Universal – Child’s Play : La poupée du mal

Dans l’exemple de Child’s Play de Tom Holland, le film critique l’industrie du jouet aux États-Unis. L’image de cette poupée innocente qui peut devenir un véritable psychopathe donne des sueurs froides à tous ceux qui ont eu un copain animé comme Chucky. Un remake de Jeu d’Enfant peut proposer quelque chose de nouveau et qui plaira à la nouvelle génération, sans oublier les anciennes, et fera découvrir tout un univers à certains. Lars Klevberg (le réalisateur de ce reboot) semble faire évoluer son message et se concentre sur les nouvelles technologies et de ses travers.

Et dans l’avenir ?

En attendant de se faire une vraie idée du film lors de sa sortie, Child’s Play : La Poupée du Mal n’est pas un remake à bouder. Les fans de la poupée iconique auront toujours la possibilité de regarder les futures suites et l’adaptation télévisée par le créateur original, prévue pour 2020.

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