La franchise Saw classée selon un fan

« On va jouer à un jeu !». Une phrase désormais devenue culte pour celles et ceux qui ont déjà regardé ne serait-ce qu’un film de la franchise Saw. Véritable phénomène international, Saw a rencontré un véritable succès sur le plan financier. Reconnue au Guinness Book Records pour ses résultats au Box Office, la licence a très rapidement conquis un public de plus en plus large jusqu’à mi-parcours. Et pour cause, chaque film a eu pour volonté d’être toujours plus violent que le précédent et a cherché de ce fait à bousculer les codes établis par le genre, quitte à ce que cela en devienne ridicule scénaristiquement parlant.

Mais qu’importe le ridicule lorsque l’unique volonté à regarder ces œuvres (passé le cap des premiers films) consiste à surpasser la notion de “déjà-vu” en matière d’horreur. Et là encore, Saw pulvérise des records ! Du piège à ours inversé en passant par le piège du pendule, les scénaristes se sont démenés pour inventer des attirails de plus en plus sadiques, et le public en redemande ! Si certains ont abandonné la franchise, jugeant les suites trop gores ou inintéressantes, les adorateurs d’hémoglobine, comme moi, en ont eu pour leur argent. Découvrir Saw du haut de mes 13 ans a eu un impact déterminant sur mon orientation de cinéphile, et l’annonce du retour imminent de la franchise pour les années à venir m’enchante au plus haut point (malgré une qualité plus que discutable).

Le CinemaClubFR m’offre l’opportunité de revenir sur la saga qui m’a suivie durant toute mon adolescence afin d’en faire un classement. Etant fan de l’univers dans son ensemble, j’essaye d’aborder ce top en ayant à l’esprit les éléments qui font la force ou la faiblesse de chacun des films.

#7 – SAW 3D

Saw 3D

Et on commence avec la septième et dernière place de ce top, attribuée à Saw 3D. Ce chapitre final, tel qu’il a été présenté, est particulièrement décevant. L’intrigue minimaliste est beaucoup trop orientée vers le « fan-service » si bien que rien ne tient debout : À coups de flashbacks explicatifs tous aussi grand-guignolesques les uns que les autres, les scénaristes cherchent à justifier les choix de certains personnages en leur donnant un sens caché, tout ça dans le but de … [SPOILER] ramener à la vie le docteur Lawrence Gordon, laissé pour mort depuis le premier film de la franchise [/SPOILER]. Côté réalisation, tout est fade. Le réalisateur de Saw VI (Kevin Greutert) n’est pas inspiré par cet ultime opus (qu’il souhaitait initialement découper en deux parties) et les pièges s’enchaînent sans jamais chercher à instaurer un quelconque sentiment de tragédie. Les acteurs s’en moquent, les filtres de couleur sont laids, le sang est rose, et l’utilisation de la 3D est plus que déplorable … Seules les toutes dernières minutes du film parviennent encore à me procurer quelques frissons, mais ne justifient nullement l’intérêt de toute cette mascarade.

#6 – SAW IV

Saw IV

On continue avec Saw IV qui occupe la sixième place de ce classement. À l’origine, l’annonce de ce quatrième opus avait de quoi surprendre. On en comprend très vite la cause dès les premières minutes de visionnage, et on ne peut que se demander, en toute objectivité : Pourquoi ? Comprendront ceux qui auront vu les précédents films mais avec Saw IV, les scénaristes, Patrick Melton et Marcus Dunstan (nouvellement intégrés au projet depuis cet opus), franchissent un point de non-retour, où il apparaît clairement que l’aspect “profit” justifie à lui seul tout le processus de création de cette suite. Si l’on souhaite voir les choses autrement, c’est l’avènement d’une toute nouvelle manière de conter l’histoire. Introduction de nouveaux personnages, motivations douteuses pour certains d’entre eux, et un “jeu” bien différent de ceux que nous avons connus jusque là. Le film s’achève sur un double twist quelque peu confus, qui n’a pour d’autre effet que de mettre en relief la pauvreté d’un scénario à tiroirs mal conçu. Après un troisième épisode particulièrement sanglant, le réalisateur (Darren Lynn Bousman) revient avec un peu plus de sobriété avec des pièges « low cost », certes, mais qui n’en restent pas moins malsains. Ce quatrième film s’efforce, tant bien que mal, de poser de nouvelles fondations, mais il est difficile de faire table rase des anciennes. A fortiori quand celles-ci sont au cœur même de l’intrigue …

#5 – SAW V

Saw V

Saw V … Le tout premier film d’horreur interdit aux moins de 16 ans qu’il m’ait été donné de voir au cinéma. Âge légal oblige ! Difficile de rester neutre lorsque l’on est un inconditionnel des premiers films : Voir ce cinquième opus au cinéma a été comme une révélation, et empiète légèrement sur l’objectivité de ce classement. En soi, le film n’a véritablement rien à proposer de transcendant. Etant donné les révélations de Saw IV, cette suite ne se contente que de prolonger la trame scénaristique déjà établie par l’épisode précédent. Rien de bien neuf donc, mis à part quelques révélations hasardeuses sur la mystérieuse relation qui unit le Tueur au Puzzle à … [SPOILER] l’inspecteur Mark Hoffman – qui est devenu son nouveau disciple [/SPOILER] et une intrigue policière à la mords-moi-le-noeud qui viendrait presque nous faire regretter les épisodes du commissaire Maigret. En revanche, Saw V possède une atmosphère particulière. Il trouve moyen de revisiter par des scènes-clés des lieux visités tout au long des différents opus. À mon sens, je trouverais ces flashbacks pertinents s’ils apportaient un tant soit peu de matière à l’intrigue. En somme, ils ne sont là que pour rappeler de vieux souvenirs pour tous les spectateurs ayant suivi la franchise depuis ses débuts, et c’est malheureusement regrettable. Leur utilité est donc fortement contestable mais ces flashbacks constituent probablement l’un des seuls points positifs de ce film. Quant aux pièges, ces derniers semblent tout droit sortis de l’univers de Fort Boyard, tant le jeu de groupe auquel se retrouvent confrontés nos candidats peut paraître ridicule. Toutefois il y a là deux petites exceptions à relever : La première pour le piège du pendule en guise d’ouverture, particulièrement abouti techniquement (cf photo ci-dessus), et la seconde pour le piège final, assurément le plus jouissif à mes yeux, tous films confondus … Et cela suffit pour justifier la cinquième place de ce top !

#4 – SAW III

Saw III

Le seul épisode de la saga à avoir été interdit aux moins de 18 ans. Et pour cause, puisqu’il faut admettre que certaines scènes sont susceptibles de heurter la sensibilité du public, même le plus averti. Pas de pornographie, juste une simple volonté pour l’équipe du film de donner dans la surenchère côté gore : Saw III démarre sur les chapeaux de roues, et en l’espace de quelques minutes seulement, le spectateur assiste à un véritable festival où chaque séquence est un prétexte de plus pour le réalisateur de faire verser des litres de sang. Si l’objectif de cet opus consistait à faire régurgiter l’intégralité d’un repas trop copieux, le film remplirait son cahier des charges haut la main puisque plusieurs cas de vomissements ont été recensés aux Etats-Unis ainsi qu’en Europe … Passé le côté « trash » (atteignant ici son paroxysme sur l’ensemble des sept films), l’histoire en elle-même est construite de sorte à faire de Saw une trilogie complète, le final venant clôturer dans le sang tout ce pour quoi le Tueur au Puzzle a oeuvré jusqu’à présent. Cette orientation était ingénieuse dans la mesure où l’on avait fait le tour du sujet avec les précédents volets. Mais le succès grandissant de la franchise a poussé les producteurs à faire fonctionner la planche à billets, poussant le réalisateur à introduire une toute petite scène subliminale qui lui permettrait de garder une ouverture vers un quatrième film … Un choix déplorable pour les puristes mais qui n’élimine en rien les qualités de ce troisième film qui aurait du être, selon moi, le véritable chapitre final.

#3 – SAW VI

Saw VI

Aussi surprenant que cela puisse paraître, alors que la machine commençait à donner de sérieux signes de fatigue, Saw VI réussit l’exploit de redonner un nouveau souffle à la saga ! Pas si différent de ses prédécesseurs dans un sens puisque l’on retrouve tous les procédés qui ont fait le succès de la franchise, mais il y a dans ce sixième volet une véritable volonté de changement de la part de son réalisateur (Kevin Greutert – Oui … le même réal’ que pour Saw 3D). Fini de rigoler ! Les choses bougent, le final se profile, et l’action est bel est bien au rendez-vous. On craint que s’installe une certaine routine, que le film se repose sur les acquis de ses aînés pour faire traîner l’enquête en longueur, mais le contre-pied fonctionne, à l’instar des épisodes quatre et cinq dont les dénouements n’ont pas eu l’impact espéré pour ma part du fait d’un effet de surprise amoindri. En plus de certains pièges sanglants, certains sont véritablement éprouvants, psychologiquement parlant, et desservent parfaitement le film dans son propos. Ces derniers sont ancrés dans l’histoire et ne sont pas là uniquement pour apporter auprès du public la petite dose d’hémoglobine pour laquelle il a payé sa place. Il y a là un vrai effort de mise en scène, ne serait-ce que par la façon dont laquelle Billy (la marionnette utilisée par le Tueur au Puzzle) interagit avec la principale victime de ce nouveau jeu, et tout ça en allant jusqu’au déroulement du piège en lui-même (notamment celui du carousel – particulièrement efficace). S’ajoute à cela une légère critique sur les scandales liés aux compagnies d’assurances et leur mode de fonctionnement, qui change du cadre fictif habituel, et un twist monumental, qui donnait sacrément envie pour l’époque de voir la suite … Si j’avais su ce que cela donnerait … Toujours est-il que Saw VI occupe la troisième place de ce classement !

#2 – SAW II

Saw II

Un des films qui m’a le plus marqué psychologiquement puisque le piège d’ouverture a été la première chose qu’il m’ait été donné de voir vis à vis de cette saga. L’horreur. Partagé entre l’idée de couper court à la scène, et celle de poursuivre le visionnage histoire de me prouver que ce n’était juste qu’un film, j’ai opté pour la deuxième solution. Je l’ai regretté sur le coup ; le choc était là. Le coup de cœur pour Saw est initialement venu de la terreur et de la charge d’adrénaline que j’ai ressentie en observant cette séquence à 13 ans. Aujourd’hui, elle me rappelle la rupture de ton qu’il y avait entre le film original et celui-ci. Bien qu’il s’agisse de la première suite, les codes ont déjà changé, et Saw II pose tranquillement les bases de ce que l’on appellera quelques années plus tard le « torture-porn ». Bien que cet opus s’avère être relativement soft, c’est avant tout pour son scénario qu’il occupe la seconde place de ce top. L’implication du spectateur dans l’avancée de l’enquête est bien là, et l’on se sent vivement concerné par la situation désespérée du pauvre détective Mathews, prêt à tout pour retrouver son fils disparu. La chose qui m’a véritablement fait apprécier ce film, c’est le rapport qu’entretient l’enquêteur avec le Tueur au Puzzle tout au long de l’histoire. Jigsaw ne peut pas s’échapper, et pourtant il reste le meneur de jeu, tout en expliquant les raisons qui le poussent à agir de la sorte. Cet échange verbal est le moteur même qui fait vivre le film, tout en le conduisant vers un twist pour le moins déroutant, difficilement décelable au premier abord. Une suite honorable au chef d’oeuvre de James Wan qui reste, à mes yeux, à des années lumières de tous les autres chapitres. Et pour cause puisque c’est le numéro 1 de ce top !

#1 – SAW I

SAW, Shawnee Smith, 2004. ph: Greg Gayne/©Lionsgate/courtesy Everett Collection

Nous y voilà ! Saw, premier du nom, est la preuve qu’avec un petit budget et beaucoup d’imagination, il est possible de faire un film qui fonctionne sans pour autant avoir recours à la devise « Bigger & Louder » si chère à Hollywood. Le long métrage démarre au quart de tour, et quelques minutes suffisent pour se retrouver happé dans un décor, tout ce qu’il y a de plus hostile : Une vieille salle de bain délabrée dans laquelle deux hommes se réveillent (dont un, Adam – interprété par Leigh Whannell se révèle être le scénariste du film). La situation initiale est d’une efficacité redoutable. Le spectateur se retrouve comme piégé en compagnie de ces deux individus que tout semble opposer, et aucun élément extérieur ne vient couper court à cette ambiance qui devient de plus en plus pesante au fil que la véritable raison qui les rassemble ici devient claire. Là où le second opus cherchait à complexifier son intrigue, Saw ne joue pas avec son public. Il lui laisse toutes les clés susceptibles d’anticiper le véritable tour de force qui se présentera à lui dans les dernières minutes, et quoi que l’on puisse imaginer, on est surpris ! Un twist d’une telle qualité force l’admiration envers les deux compères que sont James Wan et Leigh Whannell (puisque leur collaboration ne s’arrête pas à ce film). Le scénario est travaillé, la réalisation est soignée, et le long métrage paie ! … Saw s’impose comme une véritable réussite qu’on ne se lasse pas de regarder !

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Après plus d’une centaine de visionnages, le premier opus de cette franchise continue à me fasciner. 12 ans plus tard, le regarder aujourd’hui revient à le redécouvrir inlassablement d’une toute autre manière avec les mêmes yeux que lorsque j’avais 13 ans. Il y a eu quelque chose avec Saw qui a réveillé mon instinct de cinéphile, et qui continue d’avoir un impact sur la façon que j’ai de regarder un film d’horreur (pour rester dans le genre). Bien que vous ayez pu constater que la franchise est loin d’avoir effectué un sans-faute, l’officialisation de Saw: Legacy est en quelque sorte un retour aux sources que je ne manquerai pour rien au monde. Reste à déterminer s’il s’agira d’un reboot ou d’une éventuelle suite à Saw 3D. Les deux hypothèses sont envisageables, car après tout … Le jeu n’est jamais vraiment terminé !

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