Host de Rob Savage – Critique

© Shudder

6 amies engagent une médium pour pratiquer une séance de spiritisme via Zoom.

Il n’y a pas vraiment besoin de s’étendre sur la définition d’une fausse bonne idée. Le cinéma en regorge, l’art en est rempli et le monde ne tournerait pas dans son bon angle si des millions d’entre elles ne se réalisaient pas chaque jour que Dieu fait. Rien d’extraordinaire dans leur présence donc, ni rien de bon à en tirer, et pourtant : tout le monde les connaît, et tout le monde s’en plaint. De l’autre côté du spectre, timide et délaissée, la fausse mauvaise idée attend son heure sans vraiment rien espérer en retour. Tout le monde la connaît, mais personne ne la calcule vraiment. Parce qu’elle naît d’une attente que personne ne revendique, ou semble se frayer une existence qu’on jugerait bien volontiers opportuniste, au mieux, ou vaniteuse, au pire.

Alors que le cynisme de Twitter évoquait en ricanant les chaînes et auteurs sautant à pieds joints dans le confinement pour en faire fructifier des scripts préchauffés, l’horreur a elle aussi droit à son invité au bal. Un invité un peu surprise, puisque c’est la plateforme Shudder, le Shadowz américain, qui a acquis ce projet même pas commandé. Que personne ne s’en cache : à la découverte des caractéristiques de Host, impossible de ne pas penser à un projet de producteur avide. Et pourtant.

Écrit, tourné, réalisé, monté et prenant lieu dans son intrigue pendant le confinement, Rob Savage donne à son Host la forme du Screen Life de Unfriended. Une forme qui parle au monde entier, puisque le monde entier s’est retrouvé du jour au lendemain bloqué dans son salon, dépoussiérant son microphone intégré et déscotchant le petit bout de post-it de l’encoche à webcam pour simuler du tout-social. Une forme presque trop charmeuse pour être honnête. Une forme qui s’avère finalement être la parfaite fausse mauvaise idée.

© Shudder

Laisse moi Zoom Zoom Zang

Host prend donc le confinement comme socle de son intrigue. On savait le tout-dématérialisé grignotant nos bibliothèques et nos étagères à DVD, voilà, pandémie aidant, que 6 petit.e.s rusé.e.s décident de démarrer une conversation vidéo partagée pour faire une petite séance de spiritisme. On pourrait retirer l’inclusif, tant le personnage masculin est anecdotique, mais respectons le casting. Le pitch est court, droit au but, un peu comme le film qui ne passe même pas l’heure de jeu au timecode. Le spectateur, même peu averti, sait à quoi s’attendre. Ce qu’il veut, ce qu’il sent, ce pour quoi il est prêt à mordre au sang, c’est sa forme, soit : recréer de la fiction, et par extension de l’horreur, envers ce qui est devenu envers et contre tout un quotidien partagé par tous.

Unfriended, Open Windows, Searching : Portée Disparue, c’était hier, mais hier, c’est déjà loin. Skype, jusqu’ici sempiternelle arme et fier outil du film-écran est troqué pour Zoom, ce petit logiciel de visioconférence devenu un indispensable pour les calls en slip avec son patron, les calls en slip pour faire des jeux de société en ligne entre amis, ou de manière générale, n’importe quel prétexte pour faire un call (en slip). Loin de nous l’idée de faire une publicité déguisée pour une entreprise de telecom qui n’en a, aujourd’hui du moins, pas vraiment besoin, mais plutôt de prendre conscience des deux formidables opportunités converties par Host.

D’abord, utiliser la chance d’une expérience commune, récente et polyvalente pour que l’empathie, notion clef dans l’expérience de l’horreur, soit immédiatement partagée par tous les spectateurs (si vous vous demandez où sont les 20 minutes d’intro manquantes à la durée ‘classique’ d’un film d’horreur de ce type, voici). Ensuite, et ce deuxième argument est autant fondamental qu’il fait fonctionner le premier, parce que Rob Savage a le bonheur de ne pas se contenter de vouloir faire peur, mais de vouloir faire un film.

Aux truchement des avancées technologiques s’écoulent en torrent les opportunités de cinéma. Le plus évident, c’est celui qui fonctionne le mieux : le montage. Petit indice technique : par défaut, Zoom possède la fonctionnalité de mettre automatiquement en plein écran la personne en usage de son microphone. Malin comme il est, Host utilise ce système comme socle d’un amusant champ / contre-champ quasi algorithmique. Évidemment, le rythme est le fruit d’une soigneuse curation manuelle, mais pour peu qu’on se mente un peu – un tout petit peu, vraiment pas beaucoup -, l’effet est là.

D’un exemple, dix peuvent être appelés : le réglage manuel du microphone par un personnage pour souligner l’emphase du son sur l’image, le petit témoin lumineux de prise de parole d’un autre alors qu’il est muet, la glauque utilisation des vidéos de veille et d’arrière-plan… On ne les cite pas tous : l’argument est compris, et les effets d’épouvante s’appuient naturellement sur la diversité des expériences d’interface logicielle. La résultante, c’est en surface un usage bien moindre des glitchs et effets numériques que ses semblables de sous-genre. C’est aussi et surtout une cohérence admirable de la diégèse du film, où l’on touche peut-être à ce qui peut, parfois, faire la séduction du found footage : sa conjonction parfaite entre forme et fond.

Rythmé, sourcé, Host devient un régal autant pour les petits malins à la filmographie bien fournie qui sauront voir des clins d’oeil et des références un peu partout (suivez pour cela le compte Twitter de Rob Savage, qui distille anecdotes et techniques de création avec une énergie communicative) que pour les amateurs qui viendront chercher un film à effet réussi. Ce n’est pas parce que Host peut être disséqué techniquement et contextuellement qu’il n’agit pas comme un vrai bon film d’horreur, avec des effets frontaux et une inventivité bluffante compte tenu des moyens et du temps de production. On le rangera naturellement bien plus dans la case fun et divertissement, du genre jumpscares et apparitions soudaines, que dans le drame au poids de Damoclès, mais de deux choses l’une : l’un n’empêche pas l’autre, et surtout, l’un n’est pas le noble de l’autre.

Host de Rob Savage – Critique
Conclusion
Aussi accessible que passionnant à analyser, Host respire de la passion de ses créateurs pour l'horreur et le cinéma. Une petite pépite à ne pas manquer !
Note des lecteurs2 Notes
3.5
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