Hell’s Ground de Omar Ali Khan – Critique

Après avoir menti à leurs parents et fait le mur pour assister à un concert de rock, cinq adolescents quittent leur banlieue d’Islamabad et voyagent à travers la nature sauvage. Leur van tombe en panne et ils se retrouvent à la merci de zombies mangeurs de chair, d’un auto-stoppeur menaçant et et d’une tueuse couverte de sang.

Il était une fois au Pakistan

Il y a quelques années, dans une contrée lointaine, très lointaine, un réalisateur originaire du Pakistan, révolté des mœurs religieuses de son pays, souhaitait marquer son territoire en réalisant l’un des touts premiers (et seul) film d’horreur de l’histoire du cinéma contemporain pakistanais. Intitulé Zibahkhana, le film narre les mésaventures horrifiques d’une bande de jeunes en proie à de terribles rencontres infernales. Ces jeunes vont hurler, larmoyer, dézinguer et se faire dézinguer par… des zombies, une folle en burqa et un chaman étrange (ou une vieille dame bien méchante ?). Vous l’aurez compris, ce joyau est à prendre au dernier degré, joyau ? Oui ! Car avec peu de moyens on peut parfois faire de bonnes choses (ou presque…)

La dernière route près de l’enfer

Avant de pouvoir s’attaquer au film parlons d’abord de son pays d’origine : le Pakistan, pays d’Asie du Sud, connu pour sa culture ancestrale, riche d’histoire, le pays abrite notamment un patrimoine cinématographique méconnu, à l’instar du Bollywood, le cinéma pakistanais intitulé Lollywood regorge de multitudes de films qui vont des années 50 à nos jours, sans compter quelques écoles de cinéma et festivals à Karashi qui perdure le mythe de ce pays.

C’est alors une première, sans doute une dernière, que le cinéma pakistanais explore les facettes du genre horrifique moderne, un certain cinéaste de la région, Omar Ali Khan, adepte du cinéma underground, bricole son film, mettez-y quelques générateurs de fumées, des maquillages tantôt grotesques tantôt réalistes, des acteurs du coin qui auraient pu mieux jouer (mais bon…) Ajoutez à cela quelques angles et plans des plus catastrophiques, des effets spéciaux ingénieux et parfois médiocres et vous obtiendrez… Hell’s Ground, ou comment nos amis pakistanais nous font part de l’enfer qui nous attend à tous…

Mais Hell’s Ground qu’est-ce que c’est ? Une série B, Z ? ou un simple film de genre sans grandes prétentions ? le film a été réalisé en 2007, son réalisateur Omar Ali Khan dont c’est sa seule et unique expérience cinématographique, officie également en tant que scénariste et producteur. La trame ne sort pas de l’ordinaire : une petite bande de jeunes locaux originaires d’Islamabad (la capitale), décident de se rendre à un concert de rock, à l’insu de leurs parents, le chauffeur de la bande loue un van qui ne passe pas inaperçu dans les rues de la ville. L’un des leurs semble être un accro aux films d’horreur, lors d’une scène d’introduction où on explore sa chambre, on découvre un magnifique poster du chef-d’oeuvre de William Lustig : Maniac (1980), il aime notamment se revisionner des classiques de films d’horreur, notamment des vieux films de vampires kitsch en noir et blanc.

Et ça bricole…

Comme un air de déjà vu, l’intrigue du film s’inspire essentiellement et volontairement de Massacre à la Tronçonneuse de 1974 et de Evil Dead de 1981. Nos protagonistes à bord du van s’arrêtent à une station d’essence et font la rencontre d’un pompiste pour le moins malsain qui leur informe que passer quelques kilomètres c’est l’enfer qui les attend sur cette route. Les choses ne tardent pas à se gâter, des morts-vivants font leur apparition, nos louveteaux sont à présent harcelés par des zombies putréfiés dont l’esthétique pourrait faire penser à du Fulci ou aux premiers films de Peter Jackson mais pas trop non plus. Le film prend un air de série Z sorti tout droit des exploits de Bruno Mattei, oui oui ! le “célèbre” réalisateur italien adepte des nanars et autres films ringards qui n’en finissent plus d’alimenter les légendes des pires navets du cinéma transalpin.

Hell’s Ground, c’est un film qui n’hésite pas à propulser le spectateur dans un spectacle de bain de sang allant même jusqu’à même éclabousser l’objectif de la caméra, enchaîne avec les entailles et les décapitations, on pourra néanmoins saluer l’effort des maquilleurs et personnes chargés des effets spéciaux, les zombies dans ce film semblent affamés et se goinfrent d’entrailles et d’intestins sous les yeux impuissants de nos héros qui n’ont pas l’air de se démener pour survivre à cette hécatombe, et les morts s’enchaînent… On note au passage une petite référence au chef-d’oeuvre de Tobe Hooper avec un auto-stoppeur chaman qui, à la surprise générale brandit une tête décapitée en pleine route et à l’intérieur du van sous les yeux horrifiés de la petite bande : il est éjecté manu militari… Alors que nos héros s’aventurent et errent dans une forêt de plus en plus brumeuse, une femme en Burqa tchadri (ou un homme ?) s’attaque aux derniers survivants à l’aide d’un couteau et d’un fléau d’arme, mais nos derniers protagonistes n’ont pas l’intention de se laisser faire et ces abominables sorciers vont l’apprendre à leurs dépens.

Sur les pas de Bruno Matteï

Condensé d”épouvante, de scènes gores et de poursuites infernales (et parfois interminables sans compter les dialogues dont seul un Tarantino pourrait rivaliser), cette pépite vous fera surtout découvrir comment avec un bout de ficelle, on parvient parfois tant bien que mal à bricoler un film de genre avec au menu : boyaux et écorchures. Soyons tolérants, le cinéma pakistanais ne dispose pas d’un budget colossal à l’occidentale, sans parler des contraintes, car le film semble avoir été tourné à la vas-vite et à l’ombre des regards, dans un pays régi par la Charia, il est préférable d’opter pour la discrétion. Le film est mal éclairé, mal mis en scène, la musique y est exécrable et le jeu des acteurs laisse à désirer. Insistons sur le fait que le film fait tragiquement penser à une série Z italienne sortie tout droit des productions de Bruno Matteï (Virus Cannibale, pour ne citer que ça) ou de Claudio Fragasso (connu lui aussi pour ses navets comme Zombie 4) Hell’s Ground est d’un point de vue positif intrépide, ingénieux et s’assume jusqu’au bout, le réalisateur semble nous séduire avec ses flopées de sang et nous fait découvrir au passage une autre culture à travers les mythes folkloriques de la région : le démon Pazuzu et la poupée Annabelle n’ont qu’à bien se tenir…

Jolie découverte, malheureusement proche parfois de l’amateurisme et d’un manque criant de budget, frôlant parfois l’inexpérience, Hell’s Ground est un conte macabre et sanglant qui se laisse séduire malgré sa médiocrité, arborant son lot d’hommage aux classiques de l’horreur des années 1970-1980.

Hell's Ground
Conclusion
Jolie découverte, malheureusement proche parfois de l'amateurisme et d'un manque criant de budget, frôlant parfois l’inexpérience, Hell's Ground est un conte macabre et sanglant qui se laisse séduire malgré sa médiocrité, arborant son lot d'hommage aux classiques de l'horreur des années 1970-1980.
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