Foggy evening in the autumn forest

Gretel & Hansel de Oz Perkins – Critique

Foggy evening in the autumn forest

Une jeune fille conduit son petit frère dans une forêt sombre à la recherche de nourriture et d’un travail. Ils vont rencontrer une sorcière terrifiante.

On ne peut jamais vraiment être déçu par les triangles. Un triangle fascine. Il montre toujours quelque chose, se dirige toujours quelque part ; il lui suffit d’être circonscrit à n’importe quoi, un arbre, un sol, une bicoque, pour être ésotérique. Un triangle est intimement bizarre, droit et tordu à la fois, et parce qu’il a toujours été le symbole de ce que l’on craint sans connaître, ce qui se tapit dans l’ombre ou ce qui emplit dans les fioles des sorcières, on ne peut jamais vraiment être déçu par les triangles.

Héritier génétique d’un des plus célèbres visages de l’horreur, Oz Perkins n’en est pas à son premier essai derrière la caméra. Touche-à-tout, il a prouvé par deux occasions, February (aussi connu sous le nom de The Blackcoat’s Daughter) et I Am The Pretty Thing That Lives In The House qu’il savait d’où il venait et ce qu’il voulait. Des atmosphères lourdes, un rythme lent et un goût prononcé pour une narration incarnée où le lyrisme figuratif flirte avec le pompeux, selon une limite fixée par le spectateur. Son dernier film, Gretel & Hansel, apporte enfin la touche finale au pentacle de la filmographie d’Oz Perkins. Il manquait simplement de triangles.

©Orion

Le bizarre et le cruel

Puisqu’il faut bien s’approprier les œuvres et s’efforcer de trancher avec les affreuses adaptations teen-action de ces dernières années (mais qu’es-tu allée faire dans cette galère, Gemma Arterton), le conte originel des frères Grimm voit l’ordre de ses protagonistes inversé. Ce n’est pas qu’un effet de style : plutôt que deux enfants de 12 ans, Gretel (Sophia Lillis) est sensiblement plus âgée que son frère Hansel (Samuel Leakey). Lui, ingénu, représente l’essence du conte, l’innocence de l’enfance confrontée aux horreurs de la forêt inconnue. Elle, un pas dans l’adolescence, est consciente malgré elle de la cruauté de son monde.

Gretel & Hansel est cruel. Cruel comme le sont les contes d’antan, ceux qui visaient à se protéger et à craindre l’inconnu dès le plus jeune âge, plutôt que ceux du temps présent qui apprennent et qui font comprendre. Mais la cruauté d’Oz Perkins est dirigée, sans la moindre possibilité laissée au doute. Les chemins sont escarpés, les forêts dansantes et inquiétantes, mais elles ne blessent jamais. Elles sont mêmes plutôt propices à l’émerveillement ou au jeu. Ce sont les humains qui blessent, les inconnus, ceux qui regardent les enfants dans l’ombre – lorsque la lumière dévoile leur affreux visage, il est déjà trop tard.

Perkins transpose admirablement ce danger de l’adulte malveillant : sa mise en scène n’annonce jamais l’épouvante mais la subit. L’horreur possède toujours un temps et une intention d’avance sur le spectateur : le réalisateur semble enfin contrebalancer la pesanteur de sa photographie, qui laissait planer sur ses deux premiers films un sentiment d’attendu, par un montage ici féroce. Ses effets organiques sont grandioses et utilisés à bon escient – la sorcière, habitée par Alice Krige, est à se damner. Les effets prennent à la fois à revers le spectateur tout en conservant, et c’est propre au conte, un certain fatalisme. Les feuilles tombent, le bois craquelle, les sorcières ensorcellent, les enfants disparaissent.

©Orion

Du pouvoir des contes à soi

Alors, il existe bien certaines âmes plus nobles que d’autres, certaines âmes qui réchauffent, qui conseillent et qui partagent leur gibier. Mais elles sont rares, ces âmes, fugaces, et ne sont que des éclipses qui n’éclairent que trop brièvement le chemin dans la nuit. Certains enfants disparaissent, oui, mais d’autres se battent. Si Hansel est encore trop naïf pour lutter contre quoi que ce soit, Gretel le peut. Moins ingénue, c’est par elle que Perkins insuffle sa révolte, et donc sa modernité. Certains crieront à l’opportunisme de ce revirement moral, d’autres la trouveront juste. Il faut bien se battre pour quelque chose, mais laissons les batailles d’autrefois à autrefois.

Gretel & Hansel lutte pour une noble cause, la sienne, et interprète la morale d’antan comme l’argument de la modernité. Il n’assène pas que l’habit ne fait pas le moine, ni que les incantations font la sorcière. Il propose, plutôt. Il propose que la coule peut aussi être portée par des Diables et que les sortilèges peuvent servir à faire vivre des fleurs plutôt qu’à les laisser pourrir. Son final, passé celui qu’on raconte aux enfants, brouille les géométries morales et laisse une foi qui rappelle celle de La Nuit Du Chasseur : advienne que pourra, tant que les enfants endureront les horreurs auxquelles ils font face.

On trouve les deux plus grandes inspirations de référence de Perkins, enfin équilibrées : celle des la créativité débridée de Burton, et celle de la rigueur géométrique de Kubrick. En veulent pour témoins ces formes obtuses qui émergent des forêts biscornues, ces bicoques d’un bois d’ébène qui n’ont l’air de rien mais qui, d’un angle bien précis, forment des angles tranchants comme les griffes des nécromanciens. Perkins, par son Gretel & Hansel, fait le pari que les contes que l’on nous raconte sont moins forts que les contes que l’on se construit, selon le plus vieil et le plus sage adage des films et des histoires d’horreur : le mal ne peut être conjuré qu’en le regardant dans les yeux.

Gretel & Hansel de Oz Perkins – Critique
Conclusion
Le troisième sort est le bon pour Oz Perkins qui parvient enfin à équilibrer son rythme éthéré avec une vraie fascination pour son sujet. Le conte des frères Grimm s'avère être un terreau fertile pour le réalisateur.
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