Ghost Stories de Andy Nyman et Jeremy Dyson – Critique

Cette anthologie norvégienne imprègne chaque histoire d’une atmosphère unique, à la fois réaliste et étrange, horrifique et caustique, résolument scandinave.

Au pays des petits malins, les Anglais sont rois – tradition monarchique oblige. Il n’y a qu’à voir le cheminement de Ghost Stories : là où les Américains s’obstinent à exhumer du Stephen King jusqu’à plus soif (avec le consentement de plus en plus malheureux de son auteur) ou à étirer les tentacules de Lovecraft jusqu’à écrire avec de l’encre séchée, voilà que ce petit film anglais tire son adaptation d’une pièce de théâtre du même nom du début des années 2010. Derrière la caméra, et jadis, derrière les didascalies, Andy Nyman et Jeremy Dyson. Le premier sonne chez les fans de Christopher Smith (Severance & Black Death). Le second, plus confidentiel car à la plume seulement, a fait le bonheur des spectateurs anglais avec des programmes marquants chez eux, moins chez nous (The League Of Gentlemen par exemple). Les deux brillent par un culte discret, et c’est peu dire que Ghost Stories était autant attendu par les quelques fans qui traînent ici qu’ignoré par le commun des mortels.

C’est bien dommage. Déjà parce que son passage sur grand écran n’aura pas lieu chez nous, faute de distributeur. La raison s’empare rapidement de l’émotion : qui serait donc allé voir un film d’horreur confidentiel porté par des créateurs peu célébrés ici et distillé par un casting inconnu, mis à part Martin Freeman ? C’est donc en VOD qu’il faudra chercher la petite bête. Comme dit en préambule, les Anglais n’aiment rien tant que faire les petits malins. Ici, pas de famille qui s’installe dans une nouvelle maison hantée, ou de parent éploré par la perte de l’enfant cher, mais un set-up un peu méta, un peu rigolo : Phillip Goodman, un « debunker » de phénomènes paranormaux, se voit confier l’étude de trois cas inexplicables mettant au test sa défiance du surnaturel – et celle du spectateur, évidemment. En un mot, les personnages sont posés, l’intérêt est piqué, le rythme identifié : un film à sketch-ish tiré d’un fil rouge facilement identifiable.

L’HÔPITAL QUI SE FOUT DE LA CHARITÉ

On reconnaît aisément l’horreur anglaise au soin tout particulier apporté à ses personnages. Suivant les scènes et les sketchs, ceux-ci sont tour à tour foncièrement ancrés dans un réalisme traumatique toujours simple et prenant, ou bariolés de sorte à créer des figures exagérées, prêts à jouer les tampons entre la nature paranormale des faits et notre crédulité mise à l’épreuve. Concrètement, les sketchs de Ghost Stories n’hésitent pas à mettre les pieds dans le plat : suivant une petite introduction toute contextuelle, chaque segment n’a ni peur du noir, ni du Diable, ni des fantômes. Des passages courts étrangement amputés, comme s’il leur manquait une résolution, une fin, un but : il faut alors se résoudre à faire confiance aux marionnettistes qui tiennent les ficelles.

On s’en tirera en restant vague sur le véritable puzzle du film, qui comporte bien évidemment beaucoup plus de pièces que les trois annoncées sur la boîte. Dans le lot, quelques choix forts et des thématiques pas si aisées à prendre à bras le corps, notamment son rapport à la culpabilité ou celui de ne pas traiter la dichotomie agresseur/victime de manière binaire, en faisant transparaître la lâcheté de l’inaction et de la faiblesse comme une double violence – celle qu’on s’inflige à soi, sans oblitérer celle qui est aussi infligée aux vraies cibles de celle-ci. Nyman et Dyson renversent la table des héros et des manipulateurs comme l’hôpital se fout de la charité, dans une histoire où tout est soit beaucoup plus complexe, soit beaucoup plus simple qu’il n’en a l’air.

La capacité de Ghost Stories à créer des leurres émotionnels et des tours de passe-passe narratifs rappellera les meilleurs moments passés devant la formidable série, inédite en France, Inside No. 9. Pour le reste, on en appelle à votre foi et à votre bon cœur, si vous n’avez pas vu le film ; et si vous l’avez vu, on vous fait un clin d’œil grand comme ça. Car c’est aussi ça, l’horreur selon les futés d’Albion : clinique, traumatisant, mais surtout forcément déformé par un miroir toujours tendu comme un mirage.

Ghost Stories de Andy Nyman et Jeremy Dyson – Critique
Conclusion
On vient voir Ghost Stories avec une idée en tête, Dyson et Nyman nous la retourne en moins de deux. Entre tout ceci, de l'horreur appliquée, des persos costauds, et un procédé qui ravira ou gonflera, suivant votre sensibilité.
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3.5
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