Frontière(s) de Xavier Gens – Critique

©EuropaCorp

L’extrême droite vient d’arriver au second tour de l’élection présidentielle, des émeutes éclatent un peu partout dans les banlieues. Une bande de jeunes, venant de récupérer une grosse somme d’argent après un cambriolage qui a mal tourné, décident de partir se réfugier aux Pays-Bas. Pour ce faire, ils font d’abord une étape près de la “frontière” dans une pension perdue en pleine forêt, se révélant être tenue par une famille qui cherche à les massacrer. Alors qu’ils croyaient avoir échappé au pire, les quatre adolescents vont devoir dépasser la “frontière” de l’horreur la plus extrême.

Avec son visage poupin, Xavier Gens a des faux airs de Jacques Villeret jeune. Silhouette rondouillarde d’éternel ado, arborant blouson et casquette en toutes circonstances et d’un abord timide et réfléchi, il est, à 32 ans, le nouveau surdoué de l’écurie Luc Besson. Le célèbre producteur lui a confié la réalisation de « Hitman », une coproduction franco-américaine de 24 millions de dollars qui sort aujourd’hui dans 450 salles, après avoir vu quelques images de « Frontière(s) », un thriller politico-fantastique qu’il avait tourné précédemment et qui sortira sur les écrans le 23 janvier.

« Je me suis retrouvé par hasard catapulté à la tête de ce film. Trois mois plus tard, on démarrait le tournage en Bulgarie, se souvient le jeune réalisateur. Au début, connaissant la réputation de meneur d’hommes de Besson, j’avais un peu la pression. Quand il a vu que j’assurais, il m’a laissé une liberté totale. » Aussi simple que ça. – Le parisien (décembre 2007)

La “Nouvelle vague” sanglante

Réalisé en 2007 et alors qu’un timide essor du cinéma de genre français émerge sur la scène internationale, une petite génération de cinéastes s’approprient les codes du genre pour conter des histoires des plus sanglantes jamais réalisés en France. Alexandre Aja, célèbre fils du cinéaste Alexandre Arcady est sans doute l’un des premiers à fracasser la porte d’entrée du cinéma français conventionnel, produit par Besson, il y réalise Haute Tension, un slasher brut et violent qui trouve son public à l’international et lui gratifie un billet pour Hollywood.

Pascal Laugier, réalisateur et scénariste, commence sa carrière timidement en réalisant Saint-Ange en 2004, conte fantastique et baroque, le film peine à trouver son public en France, ce n’est qu’en 2008 que le réalisateur sulfureux se fait un nom dans le cinéma avec Martyrs, conte macabre et extrême d’un des films les plus controversés du cinéma français, Laugier est propulsé comme le nouveau maître du genre.

Le duo Alexandre Bustillo/Julien Maury, qui, en 2007 réalisent l’épisode le plus sanglant du cinéma français avec A l’Intérieur, où une certaine Béatrice Dalle souhaite arracher le fœtus à une jeune mère dans sa propre demeure, sans compter Kim Chapiron, et son déjanté Sheitan, où il met en scène un Vincent Cassel dans les traits d’un personnage sadique et quelque peu dérangé. Xavier Gens, réalisateur autodidacte, auteur de nombreux courts-métrages entreprend, avec Luc Besson à la production, l’un des films d’horreur les plus morbides de l’histoire de la décennie du cinéma horrifique français, le sieur Gens explore le racisme et ses dérives à sa manière, sur fond de boucherie humaine et d’adeptes d’Adolf Hitler qui tombent nez à nez avec une bande de jeunes banlieusards, comme disait l’intrigue d’un certain chef-d’oeuvre de Tobe Hooper en 1974 : “L’affaire est d’autant plus tragique, qu’ils étaient jeunes, mais puissent t’ils vécurent très très longtemps, qu’ils ne seraient attendus ni n’auraient souhaité, une telle débauche de folie macabre, que celle à laquelle ils assistèrent ce jour-là…”

©EuropaCorp

Après les élections, le chaos…

Dans la même veine que La Haine de Mathieu Kassovitz, le film commence dans un contexte brûlant, alors que dans celui-ci, l’histoire débutait un lendemain d’émeute dans une cité à la suite d’une bavure policière, Frontière(s) débute quelques heures plus tard après le résultat d’élections présidentielles déjà sous tension, la nouvelle est tombée : L’extrême droite remporte les élections. Le début du film enchaîne avec des images d’archives d’émeutes des banlieues, violences des CRS, bref, un sacré bordel où le réalisateur débute son histoire…

Cavale sans issue

Dans ce climat d’extrême tension, un bande de jeunes des quartiers, composée de Yasmine (Karine Testa), Alex (Aurelien Wiik), Tom (David Saracino), Farid (Chems Dahmani) et Sami (Adel Bencherif) profitent du chaos pour y commettre un braquage, celui-ci tourne au vinaigre et Sami, le frère de Yasmine, meurt sous les balles des policiers. Laissé pour mort à l’hôpital par ses comparses, le reste de la bande fuient et sont donc en cavale avec l’intention de quitter le pays et avec le butin… Scindés en 2 équipes, Farid et Tom, en voiture, déboulent les premiers dans une auberge étrange près de la frontière luxembourgeoise et tombent sur les propriétaires des lieux. Ils sont rejoints par Alex et Yasmine, mais le cauchemar ne fait que commencer pour nos jeunes louveteaux qui, après avoir fait connaissance avec les membres complets de la famille, vont se rendre compte qu’ils seront leur prochain festin.

©EuropaCorp

La dernière auberge près de la frontière.

Farid connaît un destin funeste, le corps de Tom est suspendu à des crocs de boucher pendant que Yasmine et Alex sont enchaînés dans une pièce sinistre et boueuse en compagnie de cochons, comme du bétail, ils sont contraints d’attendre leur sort, c’est la rencontre tant attendu entre nos pauvres victimes et le patriarche de la famille, un vieillard adepte du IIIème Reich (ancien militaire nazi à l’accent germanique très prononcé) inculquant à toute sa famille les “valeurs” du national-socialisme et la pureté de la race aryenne, entre deux festins attablés, le patriarche n’hésite pas à sortir son costume de l’armée allemande afin d’honorer sa famille et ses enfants qui à l’avenir devront le succéder. Ce sera sans compter sur l’audace et le courage de Yasmine qui, séquestrée par cette drôle de famille adepte de l’idéologie Hitlérienne, finira par prendre le dessus, nos méchants se font décimer dans des conditions atroces, mais difficile pour Yasmine d’émerger d’un enfer à laquelle elle a survécu…

Dans la carrière d’un réalisateur

Xavier Gens, réalisateur, scénariste et producteur français, originaire de Dunkerque, réalise ici son premier long-métrage, après plusieurs courts-métrages remarqués en festival, c’est la rencontre décisive avec le producteur Luc Besson qui le propulsera au devant de la scène, ce dernier lui offre la possibilité de réaliser la même année, l’adaptation du jeu vidéo Hitman aux Etats-Unis avec Timothy Olyphant dans le rôle de l’Agent 47, critiqué par les fans de l’univers du jeu, le cinéaste continue dans sa lancée et réalise The Divide en 2011, film de science-fiction post-apocalyptique. Dès lors, le réalisateur se spécialise essentiellement dans le genre fantastique : Réalisation d’un des segments horrifiques du film à sketchs ABC of Death : X for XXL (ou une femme obèse se charcute elle-même le corps dans l’espoir de se débarrasser de ses kilos en trop) ou encore un film d’exorcisme intitulé The Crucifixion réalisé en 2017 et la même année Cold Skin, film fantastique sur fond d’invasions de créatures étranges sur une île isolée avant de s’atteler à la comédie française avec Budapest en 2018, avec Jonathan Cohen et Manu Payet dans les rôles d’organisateurs d’enterrements de vie de garçon déjantés à Budapest, Xavier Gens est un des réalisateurs français le plus prolifiques de sa génération, sa constante évolution dans sa carrière fait de lui l’un des plus performants.

©EuropaCorp

Un trop perçu de sang

Frontière(s), film d’horreur à la mécanique grand-guignolesque et oeuvre à part entière, second degré et personnages caricaturaux plantent le décor, le sang coule à flots, une caméra qui s’agite follement et une image soignée digne d’un film d’action, l’héroïne principale et son jeu d’actrice frôlant l’épuisement (à coups de hurlements entre deux prises et recouverte de faux sang durant toute la deuxième partie du film), le réalisateur projette son spectateur dans les pires abîmes de la folie humaine, digne d’un scénario de Tobe Hooper, l’histoire semble aussi faire écho au premier long-métrage de Kim ChapironSheitan réalisé en 2006, ou encore rendre hommage à la saga horrifique Détour Mortel, les personnages ne sont pas en reste, quand un Samuel Le Bihan joue un peu trop le bourrin et frôle le sur jeu, Estelle Lefébure, dont l’apparition dans ce film enterre définitivement l’espoir d’une éventuelle carrière d’actrice performante, les punchlines barbantes du personnage de David Saracino entachent la crédibilité du film et de son histoire, quant à la trame manichéenne, elle laisse à désirer.

Frontière(s) est avant tout un film grand-guignolesque s’assumant jusqu’au bout, dans les veines d’une énième production signée Europa Corp, le film redore le blason du cinéma horrifique français et réussissant à séduire les amateurs du genre

Frontière(s) de Xavier Gens – Critique
Conclusion
Frontière(s) est avant tout un film grand-guignolesque s'assumant jusqu'au bout, dans les veines d'une énième production signée Europa Corp, le film redore le blason du cinéma horrifique français et réussissant à séduire les amateurs du genre
Note des lecteurs0 Note
3
Frontière(s)

Balance ton commentaire

Suivez-nous sur facebook

Abonnez-vous à ce blog par e-mail.

Saisissez votre adresse e-mail pour vous abonner à ce blog et recevoir une notification de chaque nouvel article par e-mail.

Rejoignez les 38 autres abonnés