[CRITIQUE] “The Veil”, réalisé par Phil Joanou

The Veil

30 ans après le meurtre de toute sa famille, la seule rescapée, âgée de 5 ans à l’époque, retourne sur les lieux pour les besoins d’un documentaire. Elle y découvre une vérité bien plus terrifiante que ce qu’elle imaginait.

En ce début 2016, la boite de production Blumhouse envoie Jessica Alba (Sin City) et Lily Rabe (American Horror Story) en reportage paranormal et champêtre. La présente fournée de Jason Blum est, comme toutes les autres : joliment emballée mais toujours aussi vide. Les histoires de sectes étant de nouveaux à la mode, il était évident que la maison de Jason ajouterait la tendance à son catalogue. C’est à Phil Joanou (Rédemption avec Dwayne Johnson) que revient l’insigne honneur de mettre en images ce nouveau doigt d’honneur au cinéma d’horreur. Et à Steeven Petitteville, un chef op au CV suffisant, d’apporter à ces mêmes images, une teinte désaturée et une lumière surexposée pour faire arty.

À la lisière de la caméra embarquée, The Veil fera surtout peur, en menaçant à plusieurs reprises de quitter sa réalisation classique pour se vautrer dans le found footage cher à ses producteurs. Il n’en sera finalement rien bien que le propos s’y prête. Maggie Price (Jessica Alba) et ses six potes tournent un documentaire. Le sujet : Le suicide collectif d’un culte religieux nommé Heaven’s Veil datant de 1985. Grâce à Sarah Hope (Lily Rabe), seule survivante des évènements, la machine est lancée et tout ce beau monde part sur place afin de résoudre le mystère du pourquoi du comment. Lily Rabe aurait été le seul choix pour incarner Sarah Hope, en raison de ses performances dans American Horror Story. Joanou témoigne ainsi de son admiration envers l’actrice en lui faisant fumer autant de clopes que Jessica Lange dans la série de Ryan Murphy. Quant à Jessica Alba il sera plus difficile de croire qu’elle ait été choisi pour son jeu plutôt que, pour autre chose…

The veil

Les souvenirs de Sarah ressurgissent par étapes une fois de retour au ranch d’Heaven’s Veil, 25 ans plus tard. Avec la subtilité d’un bulldozer, ces souvenirs se manifesteront sous forme de jump sacres, dont la nature n’a aucun sens avec l’histoire. Une répartition régulière de sursauts imposés, confirmant le statut inchangé du cahier des charges des productions Blum. La découverte d’une VHS puis de kilomètres de pellicule mettant en scène le gourou d’Heaven’s Veil, relèguera tous nos protagonistes au rang de spectateurs. Leur boulot de faiseurs de film passera à la trappe au profit d’une soirée ciné. Si le procédé est identique à celui de Sinister, les projections ne nous seront pas montrées avec la qualité d’un film en super 8. Elles s’intégreront au montage comme de simples flashbacks. En guise de parenthèses entre chaque bobine, l’équipe se verra ainsi progressivement décimée sans qu’il nous soit épargné au passage, une inutile séance de spiritisme. C’est à Thomas Jane (The Mist) que revient la mission de maintenir le show, en campant le rôle de Jim Jacobs, le gourou de la mystérieuse secte. Composer avec ce genre de personnalité a déjà révélé d’honorables prestations. Pas dans The Veil. Tour à tour homme raisonnable et fanatique hystérique, Thomas Jane fera ce qu’il peut pour donner vie à son personnage. Un guide spirituel aux nombreuses contradictions dont le but initial reste assez flou, quant bien même le scénario aborde le sujet du fanatisme à contre-pied.

The veil

Le scénario étant signé Robert Ben Garant déjà coupable de Jessabelle, il devient alors clair qu’il n’est pas nécessaire de réfléchir devant The Veil. Contrairement à ce que ses créateurs ont la prétention de nous faire croire. Garant et Joanou nous prouve que sous couvert de réflexion théologique, ils sont capables de mener du début à la fin, un projet scénaristiquement incohérent. L’objectif de la secte se voit contesté d’une scène à l’autre tandis que le doute s’introduit chez Maggie et ses amis. Paradoxalement, l’intrigue souffre d’une surdose d’explications qui conférera à l’ensemble des situations, un aspect encore plus prévisible qu’il ne l’était au départ. Des idées explicatives et involontairement ridicules s’interposent sans rapport avec l’action. Comme lorsque deux revenants s’apprêtent à s’y méprendre, à s’offrir un selfie via leurs nouveaux hôtes, confirmant en image leur véritable identité.

The veil
Reste l’aspect visuel, sur lequel il est plus difficile de tricher. Comme pour le reste de l’équipe, le directeur de la photographie est un faiseur confirmé. Mais pas trop, afin que ses prétentions salariales ne dépassent pas le budget rachitique de la présente production. Steeven Petitteville joue autant que possible avec les rayons du soleil à travers les arbres, désature la couleur des plans, et met en exergue la moindre nappe de brouillard. En résulte une forêt à la beauté froide et à l’aura mystique. Les nombreuses scènes nocturnes quant à elles, resteront toujours visibles bien que l’éclairage principal restera axé sur le minois de Jessica Alba. Et c’est précisément à cause de ces réussites techniques, que The Veil s’assure de ne pas ressembler à ce qu’il est réellement. A savoir un produit mercantile réalisé sans passion.

The Veil
1.5

Conclusion

Avec The Veil, la société Blumhouse clame une fois encore le peu de considération qu’elle porte au cinéma d’horreur et à son public. Très peu d’âme pour un film dont c’est le sujet principal.

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