[CRITIQUE] “The Boy”, réalisé par William Brent Bell

The Boy

Pour essayer d’échapper à son passé, Greta, une jeune Américaine, se fait engager comme assistante maternelle en Angleterre, dans une maison perdue en pleine campagne. À son arrivée, elle découvre qu’elle a été embauchée non pas pour s’occuper d’un petit garçon de 8 ans en chair et en os, mais d’une poupée de porcelaine grandeur nature. Seule dans la maison, loin de tout, Greta assiste à des événements tous plus étranges les uns que les autres. La poupée serait-elle vivante ? Il se trouve que Greta n’a pas seulement été engagée, elle a été choisie…

Savez-vous ce qu’est la pédiophobie? C’est un mot étrange, et peu employé, qui sert pourtant à définir une peur bien concrète: La peur des poupées. Celles-ci étant souvent utilisées comme ressort horrifique dans bon nombre de films de genre, il suffit de se retrouver, jeune, devant Chucky, pour vite comprendre que ces horreurs en chiffon, porcelaine, ou plastique ont en elles un potentiel traumatique qu’il ne faut pas sous-estimer ou prendre à la légère. Comme toute peur reliée à un objet, tout dépend donc de l’association que notre cerveau s’est habitué à faire face à ce dit objet. Cela peut-être positif, avec un joyeux rapport nostalgique à l’enfance par exemple, ou vraiment très négatif au point de créer un sentiment de danger et de malaise incontrôlable. J’ai une peur bleue des poupées. La journée leur présence me met mal à l’aise, la nuit elles m’empêchent tout simplement de dormir. Serais-je donc plus sensible, ou forcément plus sévère, face aux films qui tentent de jouer avec cette peur? Oui.

THE BOY

Si vous vous êtes reconnus dans la description faîte dans mon premier paragraphe, et que ces saletés vous filent des frissons dans le dos à chaque fois que vous avez le malheur de croiser l’une d’entre elles, pas de panique, vous ne risquez rien en allant voir The Boy. Tout comme à l’époque, vous ne risquiez rien en allant voir Annabelle. La promo s’étant bien amusée à comparer les deux films, nous ferons de même en affirmant que ce sont deux arnaques calibrées, et ratées, de la même façon. Intéressantes et prometteuses sur le papier, mais ruinées par un manque évident d’audace et de savoir-faire, ainsi qu’une écriture calamiteuse. John R. Leonetti et William Brent Bell, deux réalisateurs de daubes auxquels on a donné un gros budget. L’un ayant réalisé le second film Mortal Kombat (Pas besoin de faire de commentaire je pense), l’autre ayant commis Stay Alive, le film d’horreur avec un jeu vidéo tueur, qui n’a rien à voir avec Staying Alive, la suite de La Fièvre du Samedi Soir, et rien à voir avec le célèbre tube des Bee Gees qui accompagne le film (c’était juste pour vous la mettre dans la tête. Derien). Deux films qui ont d’ailleurs été chroniqués dans Crossed, l’excellente émission de Karim Debbache que l’on ne peut que vous conseiller vivement. Alors que pouvait-on attendre de ces deux films au final? Pas grand chose. Car, chers lecteurs, je pense que l’on ne vous apprendra rien, un bon budget ne sert à rien si on le donne à un réalisateur incapable de le mettre au service de ses ambitions.

Alors il y a bien quelques idées qui traînent dans The Boy, notamment lorsqu’il utilise judicieusement le hors champ pour amplifier l’aura horrifique et terrifiante de la poupée au centre de l’intrigue. Cela donne naissance à quelques belles scènes, bien éclairées, très propres, à la façon des films produit par la Hammer qui ont clairement inspirés l’équipe de décoration. Un décor unique, un grand manoir anglais, qui ne sera pourtant jamais mis en valeur, et jamais utilisé pour créer la peur si ce n’est au travers de deux clichés insupportables propres au cinéma d’épouvante (la douche, et le grenier). Impossible donc de qualifier le film de huis-clos, puisque développer un sentiment d’enfermement n’a visiblement jamais fait partie des intentions du réalisateur. C’est un décor qui sert à décorer. Et non, au cinéma un décor ne sert pas uniquement à décorer, il est nécessaire que cela ait du sens et une justification. Ce serait redondant de parler encore d’audace (trop tard, c’est fait), mais cela peut sauver n’importe quel film un peu misérable de la catastrophe, et lui offrir un minimum de sympathie. C’est important, l’audace.

THE BOY

Parlons maintenant de la fin. On ne dévoilera rien, donc ne hurlez pas s’il vous plaît. En soit, il faut reconnaître que l’idée est originale, et assez inattendue. Dans le fond, c’est une idée que l’on peut dire risquée (mais pas audacieuse, et non je n’arrêterai pas d’utiliser ce terme). Mais dans l’exécution, c’est terrible. Terrible car c’est un twist qui remet en question tout ce que le film a construit avant ce dernier acte, pour finalement le réduire à néant. Envolées donc les quelques jolies idées perdues à droite à gauche. Envolés la crédibilité du film et le mystère qui faisaient tenir celui-ci debout. Il ne reste qu’un dernier quart d’heure de film brouillon, hors sujet avec le genre dans lequel il s’inscrit, qui tente vainement de créer une nouvelle figure horrifique, ainsi qu’une nouvelle franchise. Autant vous dire que c’est bien raté et que l’on espère que personne ne sera assez fou pour aller s’aventurer à nouveau là-dedans. Et si, parce que je sais que vous attendez que je la mentionne, vous aviez dans l’idée de vous rendre en salle pour voir Lauren Cohan dans autre chose que The Walking Dead, sachez qu’elle est bien meilleure dans le tir au zombie que dans la garde de pantin, et qu’elle mérite qu’on lui propose de meilleurs personnages.

THE BOY

CONCLUSION

The Boy est une énième daube horrifique, signée par un réalisateur incapable de la moindre audace, qui préfère se tirer une balle dans le pied plutôt que d’assumer ses idées.

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