[CRITIQUE] « The Sacrament » réalisé par Ti West

The SACRAMENT affiche

Ti West est un habitué des films d’horreur et c’est avec un certain empressement que je me suis jeté sur sa dernière réalisation, The Sacrament, produit par Eli Roth (inutile de le présenter n’est-ce pas ?). Très largement inspiré du massacre de Jonestown, suicide collectif commandité par un gourou qui a fait 908 morts empoisonnés au cyanure en présence de journalistes invités sur place (la NBC et le Time qui sont ici remplacés par VICE). Le film met en lumière le fanatisme religieux mais également la fragilité et la manière dont les plus faibles peuvent être facilement influencés par de beaux discours. Après visionnage The Sacrament m’a partagé, il y a du bon comme du mauvais, et c’est ce que nous allons voir dans cette critique !

Le film nous présente trois journalistes du magazine VICE, Sam, Jake et Patrick, qui décident d’embarquer pour un documentaire sur une mystérieuse communauté, Eden Parish, où les personnages vont pouvoir filmer le mode de vie de ses habitants. Dès les premières minutes de grosses inquiétudes s’installent : pourquoi se cachent-ils ? Quel est l’intérêt de gardes armés si ce village est censé être pacifiste ? Ont-ils des choses à cacher ?… Car la force de The Sacrament est qu’il arrive à créer la peur sans utiliser de jump scare ou d’énormes effusions de sang grâce à la manière inquiétante dont se comportent ceux qui vivent dans ce qui est présenté comme un bout de paradis, loin de la vie moderne et ses désagréments. Les villageois ne se posent pas de questions et obéissent aveuglement aux ordres émis par des hauts-parleurs. Petit à petit quelque chose de malsain s’installe dans l’air et captive – malgré le rythme très lent du film – jusqu’aux dernières minutes qui présentent un horrible massacre. Mais le plus effrayant dans cette petite communauté reste le grand gourou, appelé Père, qui est présenté par Ti West comme une espèce de rockstar, à l’image de sa première apparition pendant laquelle la foule l’applaudit et se jette littéralement sur lui. C’est ce personnage (très bien interprété par un Gene Jones) qui m’a donné mes plus grosses sueurs froides devant The Sacrament lors d’une scène particulière : son interview par Sam pendant laquelle il retourne la situation à son avantage d’une manière troublante devant une foule admirative. Dans ce dialogue le Père cite plusieurs fois des versets de la Bible et n’oublie jamais de rappeler que c’est grâce à lui que ceux qui vivent à Eden Parish ont pu s’en sortir, Ti West propose une critique des sectes qui manipulent les esprits les plus fragiles, ici des gens pauvres, victimes de racisme ou drogués.

vlcsnap-2015-01-19-00h20m05s237The Sacrament est entièrement tourné en found footage et, malgré la nécessité de ce procédé, qui au premier abord peut paraître évidente, dans un film mettant en scène des reporters, cela est au final une mauvaise idée. Par exemple, à plusieurs moments, les cadres se multiplient comme si il y avait plusieurs caméras, ce qui n’est pas possible, ce soucis de réalisme empêche souvent l’immersion. Dans les dernières minutes du film la caméra est bien trop tremblotante ce qui rend l’action illisible :  Ti West nous avait habitué à mieux dans The House of the Devil ou The Innkeepers niveau esthétique. Pour couronner le tout le cinéaste cède à la scène clichée du caméraman qui se filme pour dire « Je vais tout enregistrer jusqu’au bout pour que le monde entier voit ça. » ! Cette excuse pousse d’ailleurs ce personnage pendant les dernières minutes à avoir un comportement illogique : par exemple retourner à Eden Parish en courant à découvert alors que des villageois armés rôdent ou continuer à filmer ouvertement lorsqu’il se cache parmi les cadavres pendant qu’un garde inspecte ceux-ci à l’aide d’une kalachnikov. On ne fait pas plus suicidaire.

The Sacrament
3

Conclusion

Bien écrit et effrayant sans utiliser trop d’artifices, The Sacrament s’avère une bonne réalisation mais loin d’être la meilleure de Ti West. On salue le talent du cinéaste pour captiver grâce à un sens du rythme et des dialogues intéressants mais on ne peut s’empêcher d’être déçu par le manque de réalisme par certains moments ou l’utilisation du found footage qui vient gâcher plusieurs scènes. Certains aimeront ce choix esthétique qui peut sembler justifié par le métier de reporters des protagonistes, pour ma part non.

Balance ton commentaire

Suivez-nous sur facebook

Abonnez-vous à ce blog par e-mail.

Saisissez votre adresse e-mail pour vous abonner à ce blog et recevoir une notification de chaque nouvel article par e-mail.

Rejoignez les 38 autres abonnés