[CRITIQUE] Répulsion, réalisé par Roman Polanski

Une jeune manucure belge, Carole, travaille et vit à Londres avec sa sœur Hélène. Carole, introvertie, a des problèmes relationnels avec les hommes. Elle repousse Colin, qui la courtise sans relâche et n’apprécie pas Michael, l’amant de sa sœur. Quand celle-ci part avec Michael, Carole sombre progressivement dans la névrose. Recluse, elle bascule dans la schizophrénie, et devient hantée par des bruits et des fissures dans l’appartement…

Deuxième long-métrage du jeune réalisateur de l’époque Roman Polanski, ce dernier s’illustre dans un genre prédéfini qu’est le fantastique. Après un premier long-métrage très remarqué qu’il réalise dans son pays d’origine: la Pologne, Polanski quitte sa terre natale pour ensuite s’installer en Angleterre, l’ultime étape avant Hollywood. C’est au pays de Shakespeare qu’il réalise Répulsion en 1965, l’un de ses films les plus marquants de sa carrière, préfigurant l’intérêt du cinéaste pour le drame psychologique et fantastique. Difficile alors de passer à côté sans oublier de citer certains films du cinéaste, devenus au fil du temps de grands classiques du cinéma comme Rosemary’s baby (1968), Le Pianiste (2002) ou encore The Ghost Writer (2010) mais Répulsion tient une place particulière, il est tout d’abord l’un des films les plus poignants des années 1960 mais aussi, un film brutal sans concessions, tragique et brûlant de réalisme.

L’histoire en bref ? Une jeune femme, perturbée, en proie progressivement à la folie, terrée seule dans son appartement… La thématique fascinante du moment ? La schizophrénie, ou plutôt le traumatisme d’une femme dans tous ses états. Non seulement, Polanski réalise un authentique film d’horreur psychologique (un peu dans la même lignée que Psychose d’Alfred Hitchcock ou encore Les Yeux sans Visage de Georges Franju) mais Polanski ne s’arrête pas là, il jette les bases d’un genre cinématographique novateur en se détachant progressivement des codes de l’épouvante pour insuffler divers éléments rendant le film hautement et intensément dramatique, perturbant le spectateur, le poussant dans ses derniers retranchements.

Le thème de la schizophrénie, maintes fois revu dans la filmographie de Roman Polanski, nous plonge littéralement dans l’esprit d’une jeune femme en proie à  ses propres démons et à ses propres peurs. Hallucinations, hantises, obsessions, meurtres, tout est réuni pour entraîner le spectateur dans l’une des plus belles descentes aux enfers. La prestation de Catherine Deneuve dans ce film, nous confirme déjà qu’elle est l’actrice française la plus brillante et ce même à ses débuts dans le cinéma.

Première « trilogie » de Polanski centré essentiellement sur les appartements « maléfiques », ce dernier rempilera à nouveau et confirmera son talent de grande cinéaste avec Rosemary’s baby en 1968 là encore, le cinéaste nous entraîne dans ses pires cauchemars avec pour trame de fond : le satanisme… Ce n’est qu’en 1976 que Polanski, de retour en France, réalisera l’un de ses plus beaux chefs d’œuvres et dérangeants Le locataire, reprenant à nouveau le thème de la folie et du huis clos, pour ce film, le cinéaste endossera le rôle du personnage sombrant dans la névrose, voué à la destruction et à la mort.

Survivant de la Shoah, devenu cinéaste réputé et initié par le rêve américain, brisé vers la fin des années 1960 par une tragédie noire (l’assassinat de son épouse enceinte Sharon Tate en 1969 par les disciples de Charles Manson) mais aussi personnage controversé et rattrapé par ses ennuis judiciaires et ce jusqu’à aujourd’hui, Roman Polanski nous livre ici un grand film, bien souvent oublié et pour ma part, peu étudié et rangé dans la catégorie des vieux films 60’s, bref, vous l’aurez compris, un grand réalisateur pour un grand film d’une intensité rarement vu encore à cette époque.

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