[CRITIQUE] « Projet 666 », réalisé par Marcus Nispel

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Un groupe de jeunes se réunit dans un ancien asile pour enfants handicapés mentaux à l’occasion d’une soirée arrosée d’alcool et de drogues en tous genres. Alors qu’ils tentent une expérience de lévitation, ils éveillent une force surnaturelle qui prend possession de l’un d’eux. C’est le début d’un long combat pour survivre à ce mal et en comprendre l’origine.

Les films d’exorcisme, quel potentiel gâché. Bien que tout le monde ait en tête le film culte de William Friedkin sorti en 1973, il est depuis assez commun de voir ce genre cantonné à des Direct-To-DVD bas-de-gamme à 2€ ou alors dans de nombreuses productions horrifiques récentes, certes populaires mais pas nécessairement de qualité comme The Devil Inside ou bien les fameux Paranormal Activity. Ces deux films sont d’ailleurs synonymes du modèle de production horrifique actuel qui consiste à combiner le found-footage (film filmé en caméra à l’épaule) et les films d’esprits frappeurs invisibles, permettant de faire une économie de budget considérable comparé à des slashers ou autres films de monstres qui demandent davantage de moyens pour sa production.

Et parmi ces films de spiritisme récents se trouve un en particulier, nommé Projet 666 aka The Asylum aka Exeter aka Backmask… Oui oui, vous avez bien lu, le film a bien quatre titres différents ! On peut expliquer ce mystère marketing par le fait que le film a connu une post-production et une distribution chaotique, retardant sa sortie jusqu’à Août 2015 et seulement en Direct-To-DVD alors qu’il a été tourné en 2012, vraisemblablement pour une sortie en salles.

La particularité notable de ce film vient surtout de la personne en charge de la réalisation : Marcus Nispel, l’homme derrière le remake plutôt apprécié de Massacre à La Tronçonneuse mais également ceux plus oubliables de Vendredi 13 et de Conan. On a donc ici affaire à une personne ayant de l’expérience dans le domaine de l’horreur et qui a ici l’opportunité d’apporter une vision plus personnelle grâce à ce film à un budget bien plus modeste que ses précédents films. Réponse juste ici…

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Première constatation: Le film est bien loin d’apporter une quelconque fraîcheur au style. Bien au contraire. On a ici affaire au cliché typique et vu des centaines de fois des jeunes adolescents qui décident d’organiser une soirée dans un asile abandonné et qui veulent s’initier au spiritisme ce qui va, bien évidemment, déraper. Et c’est bien ça le problème: à force de jouer sur les clichés des jeunes beaufs qui ne pensent qu’au sexe et à l’alcool, ils en deviennent absolument pas charismatiques et on n’éprouve pas non plus de réel plaisir de les voir se faire décimer un à un, contrairement à Piranha de Alexandre Aja où voir les morts toutes plus gores les unes que les autres des personnages est comme une “vengeance” de Aja et du spectateur sur eux suite à la première partie du film tout droit sortie d’un American Pie.

Même s’il est évident qu’il y a un vrai second degré dans Projet 666, les blagues ne vont pas plus loin que des références au sexe et le tout devient très lourd très vite, malgré quelques bonnes idées disséminées dans l’oeuvre, comme une scène d’exorcisme un minimum rigolote, bien qu’on n’atteigne pas les fous rires d’une scène similaire dans le film C’est La Fin, dans un registre plus comique.

Le cliché ne se limite, bien sûr, pas qu’à ça et se poursuit dans les aventures paranormales que vont vivre les personnages et on peut aisément dire que rien n’est oublié. Asile abandonné avec un esprit maudit qui y règne, conversation avec une tablette de Ouija, exorcisme d’un ami possédé, vidéo d’archives, tout y est ! Les ficelles du scénario sont énormes, tout est prévisible (mis à part le twist final, sympathique bien que complètement incohérent), et les tentatives de frisson sont purement ratées avec des jumpscares ridicules. (Un jumpscare avec un rouleau de papier toilette… SÉRIEUSEMENT ?!)

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Et ce n’est pas le jeu des acteurs qui va intensifier cet effet de peur, car mis à part un Stephen Lang (Avatar) qui semble plus avoir envie de cachetonner qu’autre chose, les jeunes (tous inconnus au bataillon mis à part Gage Golightly qui sera à l’affiche du prochain remake de Cabin Fever) ont un jeu plus que limité et se contentent juste de tirer des tronches d’ahuris et de multiplier les cris insupportables face à n’importe quelle situation.

Le seul élément horrifique du film sont les effets gores et là, il faut reconnaître qu’ils sont pour la plupart bien réalisés, créatifs et funs à regarder, excepté certaines morts qui pourraient aisément figurer dans le palmarès des Darwin Awards. Les effets sont bien sanglants et on pourrait juste reprocher au réalisateur de vouloir bien trop bouger sa caméra lors de moments d’action, rendant certaines scènes illisibles (comme lors de la bataille finale) alors qu’elle est assez posée lors de moments plus calmes, un reproche qui a été souvent fait à Nispel pour son Vendredi 13 notamment. Malgré tout, on ne peut s’empêcher d’avoir un sentiment de “DTV” dans le film, de par sa photographie très inégale et un peu cheap par exemple mais aussi à cause de son histoire réchauffée un nombre incalculable de fois, n’apportant rien au genre et ne proposant rien qui serait un minimum original.

En bref, Projet 666 (aka The Asylum aka Exeter aka Backmask, on connait la chanson…) aurait pu avoir toutes les cartes en main pour proposer un divertissement pleinement second degré et référentiel sur la mode actuelle des films de spiritisme mais il ne fait qu’être sa propre parodie, avec des personnages insupportables et pas attachants pour un sou, une intrigue “fourre-tout” de tous les clichés possibles et imaginables, et un suspense qui ferait passer tout found-footage récent pour un sommet de l’angoisse. On comprend mieux pourquoi Jason Blum (qui est ici aussi à la production) a plutôt décidé de refourguer le film au marché de la vidéo…

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Projet 666
1.5

Conclusion

Malgré son potentiel à la réalisation, Projet 666 est un DTV basique et cliché comme il en sort tous les ans mais qui se sauve grâce à ses effets gores qui arrivent à maintenir un minimum l’attention du spectateur.

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