[CRITIQUE] “Poltergeist”, réalisé par Tobe Hooper


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L’heureuse famille Freeling mène une vie tranquille et prospère dans la petite ville de Cuesta Verde. Cependant, leur maison devient le théâtre d’étranges phénomènes quand des objets commencent à se déplacer et que le sol se met à trembler. Une nuit, la petite Carol Anne disparaît et se met à communiquer avec ses parents à travers la télévision. Les Freeling font alors appel à un parapsychologue.

Il y a certains films qui, malgré leur statut de film culte et de pierre angulaire du cinéma d’horreur, ne sont finalement connus que pour quelques scènes voire seulement pour son affiche iconique. C’est un petit peu le cas du film Poltergeist. Car oui, même si le remake sorti cette année, réalisé par Gil Kenan et produit par Sam Raimi, a su faire renaître l’attention autour de cette saga (connue également pour la terrible malédiction qui l’entoure, et qui fait le bonheur des émissions sur le paranormal qui foisonnent à la télé), il est toute fois assez étrange de constater que l’original a finalement été vu par assez peu de personnes, les autres connaissant surtout le concept de la jeune fille envoûtée par les fantômes dans la télévision ou encore la scène de l’attaque de l’arbre, qui fut parodiée dans Scary Movie 2.

C’est pour cette raison que, à l’occasion de la sortie DVD/Blu-Ray du remake le 28 Octobre prochain, il semblait de bon ton de rendre honneur au film original qui pouvait se vanter d’avoir une équipe artistique à faire frémir tous les cinéphiles de la planète. Imaginez un film qui arriverait à fusionner l’univers horrifique de Tobe Hooper avec les aventures dantesques de Steven Spielberg, rien que ça. Et à sa sortie en 1982, c’était déjà un projet dingue car les deux bonhommes commençaient à avoir une bonne réputation dans le cinéma de genre puisque Hooper avait précédemment révolutionné le cinéma d’horreur en 1973 en réalisant le terrifiant Massacre à La Tronçonneuse, et Spielberg, quand à lui, avait déjà tourné le premier Indiana Jones, Rencontres du Troisième Type et était en plein préparation de E.T. L’extraterrestre. (Ce qui va avoir son importance pour la production de Poltergeist mais nous y reviendrons…).
Il reste désormais à savoir si le film a bien mérité son statut “culte” ou alors si nous avons juste affaire à un film vieillot et bancal qui ne tient sa réputation que grâce à ses deux papas.

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Il est vrai qu’en voyant le début du film, on peut commencer à prendre peur par rapport à l’âge relativement avancé du film et il n’est pas rare de voir certains métrages de cette époque accuser le poids des années, comme peut l’être le 1er Freddy. Mais soyez rassurés, les 20 premières minutes passées, le film nous transporte tant dans son univers que l’on ne fait même plus attention à son année de production. Bien au contraire, il nous surprend avec ce qui est surement le plus gros atout du film : Ses effets spéciaux, qui sont réellement excellents, et le restent encore en 2015 ! Et oui, aussi étonnant que ça puisse paraître, les effets visuels réalisés par ILM (qui d’autre !) sont juste bluffants (comme lors la scène de l’arbre, effrayante.), de même pour les maquillages qui arrivent à ajouter à l’ambiance lugubre du film, sans jamais (ou presque) tomber dans le gore ni même le sanglant abusif. (Je ne comprendrais d’ailleurs jamais pourquoi le film est encore Interdit aux moins de 16 ans (?!) de nos jours).

L’ambiance générale est donc vraiment très travaillée et immersive, mais pas forcément de la manière dont on peut le croire. Un élément assez immersif du film est le contexte dans lequel il se déroule. Pas d’immense manoir hanté, pas de sous-sol démoniaque, non, juste une simple maison de banlieue americaine habitée par une famille modeste et basique. Mais sans que cela paraisse cliché pour autant, car les personnages sont tous très attachants et charismatiques et même les enfants arrivent à ne pas être insupportables (ouf, nous sommes sauvés). Le jeu des acteurs y est évidemment pour beaucoup, à commencer par la très jeune Heather O’Rourke (tristement décédée à l’âge de 12 ans après le tournage du troisième épisode) qui joue le rôle de Carole-Ann, la fille cadette qui arrive à communiquer avec les esprits, et qui fait réellement flipper le spectateur en imposant sa présence même lors des scènes où elle est absente tellement son jeu est juste et inquiétant lorsqu’elle est à l’écran. Son jeu va fortement influencer celui des acteurs qui complètent la famille, notamment la personne jouant sa mère, interprétée par JoBeth Williams, qui arrive à nous faire transmettre tout son désespoir face aux événements auquel elle doit faire face, ce qui rend son personnage extrêmement touchant.
Rajoutons à cela la splendide bande-originale de Jerry Goldsmith, compositeur de légende qui a également composé la musique de Gremlins, remplie de suspense mais également très envoûtante, nous plongeant dans une vraie aventure fantastique, et nous avons le cocktail parfait pour un film de genre.

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Et la mise en scène alors ? Sujet délicat et polémique… En effet, la réalisation du film est officiellement de Tobe Hooper, mais il semblerait cependant que Spielberg ait touché de nombreuses fois à la caméra lors du tournage, où il était d’ailleurs présent durant la quasi-totalité, ce qui fait que nous ne savons pas réellement à qui revient la réalisation du film. A Spielberg ? A Hooper ? Aux deux ? La raison de cette non-mise en valeur de Spielberg est qu’au même moment, celui-ci était en pleine pré-production de E.T. et était donc sous contrat avec les studios Universal, l’interdisant de tourner un film pour un studio concurrent pendant ce temps, ce qui était le cas de Poltergeist qui produit par Warner Bros. Spielberg est donc officiellement co-scénariste et producteur du film, mais il semblerait qu’il soit également officieusement le réalisateur de quelques scènes, voire du squelette général du film, ce qui peut expliquer les très belles images qui parsèment les scènes.

Essayer de déterminer qui est le vrai réalisateur du film n’est au final pas réellement constructif car il faut justement prendre le film comme un travail collaboratif entre les deux hommes et c’est ce qui fait sa grande force. Car malgré son ambiance sombre et glaçante, le métrage se présente avant tout comme un film d’aventure, avec des découvertes, des rebondissements et pas mal d’humour, bref, bien plus que ce à qu’on peut s’attendre. Mais ne vous en faîtes pas, on reste sur une fine limite entre aventure et horreur (comme le fera Gremlins 2 ans plus tard) et les amateurs de frissons seront servis durant un dernier quart d’heure impressionnant où les deux réalisateurs s’amusent à martyriser leurs personnages une dernière fois avec une grande salve d’effets spéciaux toujours aussi surprenants.

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C’est pour toutes ces raisons que l’on peut dire qu’il y a un avant et un après-Poltergeist. Aussi simple soit-il, ce film a changé une grande partie du monde du cinéma fantastique et horrifique. Tout d’abord, on peut presque le considérer comme le premier film estampillé “Amblin(la société de production de Steven Spielberg) tant les codes caractéristiques de ces productions sont déjà présents ici, à savoir le mélange de l’aspect aventure-comédie avec le fantastique-horrifique, que l’on retrouvera plus tard dans des tas de films à grand succès tels que Jurassic Park, Men In Black ou plus récemment Super 8, et personne d’autre que les deux maîtres en la matière à l’époque ne pouvaient réussir à lancer cette vague avec autant de brio.

C’était d’ailleurs une très bonne idée d’engager Gil Kenan pour réaliser le remake du film, lui qui avait mis en scène en 2006 l’excellent et trop sous-estimé Monster House, qui repend exactement les codes “Amblin” avec l’histoire d’une maison hantée mise en scène sous forme d’aventure.  Avec le remake, il a ainsi pu rendre honneur à l’oeuvre originale tout en modernisant son univers et en proposant surtout une très belle réalisation, assez aérienne, nous mettant presque à la place des fantômes. Il n’est pas le remake du siècle, mais en tout cas cela reste une oeuvre agréable et divertissante compte-tenu de la situation du cinéma d’horreur “populaire” actuel.

On pourrait d’ailleurs presque dire qu’un remake non-officiel avait déjà été réalisé en 2010 : Insidious. En effet, les similitudes entre les deux films sont très présentes, et James Wan, son réalisateur, a vraiment su se réapproprier les codes du film original pour y injecter sa propre vision du mythe fantômatique, faisant du film un brillant hommage à ce que Spielberg et Hooper ont bâti 30 ans plus tôt.

Pour conclure, Poltergeist est un film a voir à tout prix si l’on s’intéresse à l’histoire du cinéma d’horreur ou même si l’on veut initier une personne aux films de paranormal sans avoir à lui infliger des found-footages insipides. Un précurseur du cinéma de genre, qui impressionne même encore aujourd’hui pour ses effets spéciaux.

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Poltergeist
4.5

Conclusion

En arrivant à mélanger habilement et efficacement l’univers de ses deux créateurs, Poltergeist est devenu un classique instantané et reste encore aujourd’hui un mélange parfait d’horreur, d’aventure et d’humour qui sera une influence majeure pour les réalisateurs horrifiques, James Wan en tête. A découvrir absolument si ce n’est pas déjà fait.

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