[CRITIQUE] “Martyrs”, réalisé par Kevin et Michael Goetz

Martyrs

Lucie, une petite fille de dix ans, est retrouvée errant sur la route. Les raisons de son enlèvement restent mystérieuses. Traumatisée, mutique, elle est placée dans un hôpital où elle se lie d’amitié avec Anna, une fille de son âge. 15 ans plus tard, Lucie est toujours hantée par ses démons, mais elle semble avoir réussi à retrouver ses ravisseurs … Alors que ces deux amies pensent se rapprocher de la vérité, elles vont vivre un véritable cauchemar.

C’est un exercice laborieux et difficile que de se lancer dans la rédaction de la critique d’un remake. Sous quel angle peut-on aborder le film? Faut-il le voir et le considérer comme une oeuvre unique, déconnectée, qui ne peut être jugée que sur ce qu’elle propose? Ou un remake doit-il forcément souffrir de la comparaison avec l’oeuvre qu’il ré-adapte? Mais dans ce cas-là, ne perdons-nous pas une certaine objectivité, dans le sens où notre jugement sera forcément plus ou moins orienté en fonction de notre affection, ou de notre désamour, pour le film original? Dans ce cas particulier, inutile de vous cacher mon angle d’attaque: J’adore le Martyrs de Pascal Laugier. De tout mon cœur. C’est un film remarquable, bien trop sous-estimé, et indéniablement le dernier grand film de genre que la France ait produite avant de le faire disparaître de ses écrans. Un film avec de la personnalité, et surtout des partis pris qu’il assume avec une volonté de fer. Un film inoubliable. Donc si je devais vous décrire de façon imagée mon niveau d’attente envers ce remake US cuisiné à la sauce Jason Blum, imaginez une grosse veine bien tendue au niveau de mon front, mon oeil droit grand ouvert, et mon index plaqué sur la détente de mon Winchester SXP Defender High Capacity 7 coups.

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Martyrs, version US, est une abomination. Dans une certaine mesure, c’est presque un cas d’école dans le sens où il enchaîne de façon assez étonnante tout ce qu’il ne faut surtout pas faire lorsqu’on réalise un remake. C’est toujours un peu hypocrite de reprocher à un film de se faire pour l’argent, car le cinéma, que l’on veuille bien l’admettre ou pas, est une industrie. La différence elle se joue dans les intentions de création. Sont-elles motivées par une envie de cinéma, ou dirigées bêtement et froidement par des techniciens ou “faiseurs”? Dans ce remake, il ne faut pas plus de quelques secondes pour se rendre compte que les intentions à l’origine du projet n’ont jamais concernées le film de Pascal Laugier. Pire encore, il soulève, à chaque plan de chaque séquence, cette question que l’on ne devrait jamais se poser devant un remake: Les réalisateurs ont-ils au moins vu le film d’origine? Car plus on avance, plus le remake des frères Goetz semble s’éloigner de tout ce qui faisait l’essence du film de Laugier, ainsi que de ses mécaniques. L’esthétique froide, la violence frontale, les deux actes au rythme lancinant entre le fantastique et l’horreur viscérale, le questionnement sur la notion de martyrs poussé sur plusieurs niveaux de lecture (religieux, politique, psychique, philosophique). Que reste-il de tout ça dans le remake? Quasiment rien. L’approche visuelle se résume à une lumière jaunâtre artificielle dégueulasse, la violence est réduite à quelques effusions de sang numériques inoffensives, et le propos mute en une dénonciation bébête et naïve de l’extrémisme religieux, qui n’a pas assez de substance et d’idées pour ne pas se limiter à un simple torture porn, à côté de la plaque et problématique à bien des niveaux.

Martyrs

Qui dit film de seconde zone, avec zéro budget, on le rappelle au besoin, dit acteurs de seconde zone. Pas besoin de débattre pendant des heures, ou de chercher à comprendre comment on en est arrivés là: Tout le monde joue mal, tout le monde s’en fout du film et des enjeux, parce que tout le monde est dirigé par deux tâcherons. Pourtant, les deux frères avaient entre les mains une actrice prometteuse, la moins tarte des Pretty Little Liars, a.k.a Troian Bellisario, qui n’avait besoin que d’un bon rôle au cinéma pour se révéler et montrer un jeu un peu plus mature et nuancé: C’est raté, c’est un naufrage, et c’est souvent très gênant à regarder. Il n’y a aucune raison, si ce n’est un goût prononcé pour le sado-masochisme, ou une curiosité sans failles, qui pourrait honnêtement vous pousser à vous infliger un tel spectacle. Regardez, ou découvrez plutôt le vrai Martyrs, celui réalisé avec une vraie soif de cinéma. Quant à la question posée plus haut, et à laquelle je vais répondre pour conclure, qui était de savoir si les Frères Goetz ont vu le film de Pascal Laugier? Si c’est le cas, leur remake semble indiquer qu’ils l’ont sans doute détesté.

CONCLUSION

Une seule constatation possible après le visionnage de ce remake misérable: L’équipe en charge de le réaliser déteste l’oeuvre de Laugier.

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