[CRITIQUE] “Godzilla”, réalisé par Gareth Edwards (II)

Godzilla

Godzilla tente de rétablir la paix sur Terre, tandis que les forces de la nature se déchaînent, et laissent l’humanité seule face à son impuissance…”

Si vous étiez suffisamment âgés pour vous en souvenir, alors vous devez sûrement toujours avoir en mémoire ce doux mois de Septembre 1998, gâché en partie par la sortie dans nos salles française de Godzilla, réalisé par Roland Emmerich deux ans après que celui-ci ait connu un immense succès avec Independence Day. Sorte d’hommage/plagiat très inspiré par les Jurassic Park de Steven Spielberg, Godzilla dans les mains du réalisateur allemand navigue entre des effets spéciaux qui frappent par leur immense retard technique sur leur époque (Pour info, Le Monde Perdu est sorti un an plus tôt), un monstre phare ramené sur les terres américaines qui affiche plutôt des allures de T-Rex que de Kaiju, et des clichés en tout genre parsemés dans un scénario prétexte et foutoir dans lequel est venu se perdre un Jean Reno qui fait peur à voir (Cocorico?). Autant dire, et ce n’est pas un euphémisme, que les attentes placées sur une nouvelle adaptation du plus célèbre des monstres Japonais, sous la direction de Gareth Edwards, jeune réalisateur ayant surpris avec son premier film Monsters (un titre évocateur qui se révèle au final être un anti-film de monstres, se concentrant plus sur l’humain, et ce, avec beaucoup de réussite), étaient immenses. Verdict et critique sur la 29 ème adaptation, à ce jour, de Godzilla.

L’année 2014 est donc marquée par le retour de Godzilla sur nos écrans, à l’occasion d’un remake/reboot/nouvelle adaptation, orchestré par Gareth Edwards. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que choisir l’homme qui avait su convaincre en réalisant un film de monstres sans réellement montrer les affreuses bestioles qui peuplaient son intrigue, était ce qui pouvait arriver de mieux à notre kaiju adoré. Pourquoi adoré? Parce que pour commencer, et contrairement à son collègue allemand Roland Emmerich, Edwards fait preuve d’une volonté louable de coller au plus près de la mythologie d’origine de Godzilla, à savoir: le représenter comme le défenseur, et sauveur, de l’humanité contre son impuissance face aux forces de la nature qui la dépasse, et non comme un monstre ennemi malvenu, à exterminer, et destructeur d’immeubles en masse. Dès son sublime générique d’ouverture, qu’il est important de bien observer, Edwards installe l’ambiance, froide et sérieusement dramatique, qu’il laissera doucement infuser tout au long du film enfin de montrer qu’il ne prend pas le projet à la légère. Et c’est ce sérieux qui fait toute la force du film, une force puisée dans l’intensité dramatique qui ne cesse d’augmenter au fur et à mesure que le climax approche.

godzilla

Côté scénario, après une scène d’exposition aussi intrigante que claustrophobique, Bryan Cranston et Juliette Binoche ont l’occasion de s’illustrer dans une des plus belles scènes dramatiques du métrage, un peu courte, mais dont la brutalité est redoutablement efficace. Malheureusement, c’est le seul point du scénario que l’on retiendra, puisque suite à cela, le film se lance dans l’optique de se focaliser presque exclusivement sur le personnage d’Aaron Johnson, qui troque ici son costume de Kick-Ass pour celui d’un héros américain désincarné et typique du blockbuster classique, tellement lisse qu’il est assez difficile d’éprouver un quelconque attachement envers lui. Et cette partie du scénario occupe pourtant une grosse moitié, voir même les trois quarts, de film, dans laquelle Elizabeth Olsen, dans la peau d’un personnage trop effacé qui peine à trouver sa place dans l’intrigue, n’éclate malheureusement que par sa beauté et ses yeux verts foudroyants. L’autre point noir, qui fait écho aux gros problèmes de scénario, c’est qu’Edwards évite au maximum de montrer les combats titanesques que l’on attend dès l’arrivée, tout de même spectaculaire, de Godzilla, qui se retrouve alors relayé au second plan. De façon assez étrange donc, le style du jeune réalisateur américain, que l’on voit enfin atteindre presque l’apogée de son ambition la plus démesurée, est victime d’un effet à double tranchant sur ce projet-ci, puisque Edwards se contente seulement de nous montrer furtivement les monstres, en train de marcher ou de hurler, et de zapper les phases d’affrontements, de façon certes assez réfléchie, intelligente, et qui sert essentiellement à marquer avec plus d’impact la montée en intensité d’un climax de trente minutes, atteignant une perfection surprenante et ultra-jouissive à tous les niveaux, mais c’est un parti pris qui découle sur un fort sentiment de frustration, dans l’attente de ce relâchement explosif et enflammé, véritable grand moment de spectacle et de démonstration de mise en scène, aussi épique que jouissif.

GODZILLA

Godzilla n’est donc pas le chef d’œuvre que nous avaient vendu les premiers retours de l’avant-première Parisienne, la faute à un scénario bien trop classique, et même parfois mauvais, qui occupe une place beaucoup trop importante sur l’ensemble du film, sans pour autant prendre la peine de donner de la consistance à ses personnages, ou leur attribuer de réels enjeux, et ce malgré un casting qui s’en sort admirablement avec très peu. Carton rouge également pour Alexandre Desplat, qui signe une composition naviguant entre le trop pompeux, ou le trop effacé, et qui se fait même voler la vedette par le morceau de la bande originale de 2001: L’Odyssée de L’espace utilisé lors d’une des plus belles scènes du film, où les soldats s’élancent d’un avion en laissant une fumée rouge derrière eux, point culminant, proche de l’horreur absolue, de l’ambiance apocalyptique de l’œuvre. Néanmoins, si le style encore un peu hésitant de Gareth Edwards laisse quelques frustrations derrière lui, l’ambition et la maîtrise du réalisateur durant le dernier acte, dans lequel l’humanité se retrouve confrontée à ses plus grandes peurs, qu’elles soient concrètes comme le sentiment d’impuissance face à quelque chose qui la dépasse, ou rêvées quand elle prennent la forme de monstres gigantesques se battant jusqu’à leur dernier souffle, sont telles, que la dose de spectacle, elle, est titanesque. C’est pour cette folie visuelle rarement atteinte, et pour l’ambiance oppressante grandiose installée par Gareth Edwards, qui lâche au passage quelques références très bien emmenées à Jurassic Park, et même aux Dents de la Mer, que l’on retiendra Godzilla comme un must-see du genre.

Godzilla
3.5

Conclusion

C’est pour cette folie visuelle rarement atteinte, et pour l’ambiance oppressante grandiose installée par Gareth Edwards, qui lâche au passage quelques références très bien emmenées à Jurassic Park, et même aux Dents de la Mer, que l’on retiendra Godzilla comme un must-see du genre.

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