[CRITIQUE] “Crimson Peak”, réalisé par Guillermo Del Toro

Crimson Peak

Au début du siècle dernier, Edith Cushing, une jeune romancière en herbe, vit avec son père Carter Cushing à Buffalo, dans l’État de New York. La jeune femme est hantée, au sens propre, par la mort de sa mère. Elle possède le don de communiquer avec les âmes des défunts et reçoit un étrange message de l’au-delà : “Prends garde à Crimson Peak”. Une marginale dans la bonne société de la ville de par sa fâcheuse “imagination”, Edith est tiraillée entre deux prétendants: son ami d’enfance, et le mystérieux Thomas Sharpe…

Film d’horreur? Romance? Film fantastique? Drame? On ne pourrait pas réduire Crimson Peak à un seul de ces genres, même avec la plus grande mauvaise foi du monde. Car il y a dans le nouveau film du mexicain Guillermo Del Toro, toute l’intensité, l’ingéniosité, les symboles, les codes, et la beauté des genres qu’il s’emploie à mélanger, et qu’il transcende au travers de son conte macabre qui revisite, de façon radicale, le mythe de la maison hantée. On retrouve dans Crimson Peak toutes les obsessions du réalisateur, que ce soit dans sa façon de subvertir le conte de fée, sa fascination pour les mécaniques anciennes, les matières organiques, mais surtout sa compassion pour les monstres et les fantômes, plus humains et plus vivants que les humains.

Crimson Peak

Tous les enjeux narratifs sont d’ailleurs posés dès la scène d’introduction, bluffante, autant dans sa mise en scène que dans sa façon de définir les règles de l’univers dans lequel on est immédiatement plongés. Si on peut éventuellement lui reprocher d’expliquer un peu trop ce que les images disent très clairement, cette première séquence est là pour donner le ton, lyrique, mais aussi pour nous offrir un aperçu du spectacle visuel qui nous attend. Car oui, n’ayons pas peur de sortir les grands mots, Crimson Peak est d’une beauté renversante. Chaque cadre est travaillé au point que le moindre détail, le moindre symbole, la moindre lumière habite littéralement le film. Qu’on l’aime ou pas (et, en ce qui me concerne, je ne cache pas mon désamour pour le cinéaste), Guillermo Del Toro a une capacité hors normes à offrir des plans qui impriment la rétine. Et il vient tout juste de nous faire sa plus belle démonstration, notamment lorsqu’il oppose subtilement les deux chapitres de son oeuvre uniquement par la symbolique des couleurs. Vives, dans des teintes dorées, sépia, pour la partie américaine du film, symboles du progrès, de la fête, de la vie. Plus sombres, froides et menaçantes dans la partie anglaise, avec l’omniprésence du rouge, couleur significative de la passion, moteur principal du film, mais aussi des interdits, le bleu pour incarner la mélancolie du passé qui hante littéralement les personnages, mais surtout le vert, couleur de la mort. Pourtant, malgré ce que l’on peut lire à droite à gauche maintenant que le film est sorti, on ne peut pas réduire Crimson Peak à un simple exercice de style, vide de sens, tant il recèle de richesses, que ce soit dans ses nombreuses influences, comme les productions de la Hammer, ou dans sa façon de revisiter, avec un amour non dissimulé, presque cent ans de cinéma de genre, passé notamment entre les mains de cinéastes tels que Mario Bava, ou Dario Argento.

Crimson Peak

Crimson Peak, c’est aussi, et surtout, un grand film de personnages, à tel point que même le manoir, un décor incroyable qui a d’ailleurs été entièrement construit pour les besoins du film, se met littéralement à vivre, à respirer, et à saigner. Tous les acteurs y trouvent également un rôle taillé sur mesure, qui leur permet de laisse exploser à l’écran tout leur talent. Et si Tom Hiddleston et Mia Wasikowska sont exemplaires, la prestation dont on se souviendra, c’est celle de Jessica Chastain. On a rarement vu l’actrice aussi habitée par l’un de ses personnages, et ce dévouement total est largement récompensé à l’écran: Son personnage est terrifiant, sans doute le personnage le plus torturé qu’ait pu écrire Del Toro à ce jour.

S’il n’est pas exempt de tout défaut, on note quelques baisses de rythme et un dénouement final qui aurait gagné à se conclure sur une note plus poétique, et moins brutale, Crimson Peak est clairement ce que le cinéaste mexicain a fait de mieux dans sa carrière. On se plait à errer dans ce conte macabre qui a bien compris que l’horreur véritable ce n’est pas celle qui nous fait sursauter ou hurler sur le moment, mais bien celle qui continue à hanter nos esprits en fin de séance.

CRIMSON PEAK
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CONCLUSION

Visuellement renversant, et habité par l’essence de tous les genres qu’il se plaît à mélanger, Crimson Peak revisite l’âge d’or du cinéma d’horreur, et s’impose comme la plus belle oeuvre de son réalisateur.

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