[CRITIQUE SÉRIE] « Twin Peaks » – The Return Part I/Part II (Saison 3)

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– « My log has a message for you/The stars turn and a time present itself »

–  « I’ll see you again in 25 years »

C’est par ces mots que Laura Palmer (Sheryl Lee) donnait rendez-vous à l’agent Dale Cooper (Kyle MacLachlan) et aux téléspectateurs. Finalement, il a fallu attendre 26 ans pour avoir son billet de retour vers cette bourgade de l’Etat de Washington. Showtime vient de lancer la diffusion de ce retour événement en 18 épisodes entièrement réalisés par David Lynch et co-écrit par David Lynch et Mark Frost. Alors, retour réussi ou pétard mouillé ? Réponse avec la critique des deux premières parties de ce retour.

Avant toute chose, il convient de préciser deux éléments. Les résumés des épisodes sont ceux fournis par Showtime et ont été rédigés par David Lynch d’où le côté lynchien. Ensuite, je n’ai jamais vu Twin Peaks lors de sa première diffusion pour cause de non-naissance, j’ai donc découvert ce petit monde bien après l’engouement de la première saison puis la baisse de qualité de la saison 2. Cette saison 3 constitue donc un bon moyen de comprendre la hype qui entoure la série.

La hype est justement le danger qui entourait ce retour événement : la saison 3 serait-elle une suite ? Un reboot ? Une prequelle ? En fait, c’est un peu de tout cela et rien de cela. Après la vision de ces deux épisodes, une chose saute aux yeux : 27 ans ont passé. Cela est pris en compte, les personnages ont vieilli, évolué, changé mais tous restent liés à Twin Peaks. On retrouve avec émotion les acteurs phares comme Kyle MacLachlan, Sheryl Leeon reviendra vers eux – mais aussi la regrettée Catherine Coulson toujours accompagnée de sa fidèle bûche. On rajoute à ce casting des nouveaux venus comme Jennifer Jason Leigh (Les Huit Salopards) ou le groupe Chromatics et on obtient un savant mélange des genres.

Si Twin Peaks a marqué les esprits, c’est pour son côté tortueux et barré tant dans ses personnages, que sa mise en scène. L’arrivée sur Showtime montre que David Lynch a eu 27 ans pour mûrir son projet tout en restant fidèle à la série. On retrouve les longues scènes, les plans aériens, les célèbres plans sur le vent dans les arbres mais aussi un côté fauché dans la réalisation qui vient conforter le sentiment – qui grandit au fil des minutes– que la série ne compte pas s’adapter aux standards actuels. Une fois les premières minutes écoulées retentissent les notes si célèbres du générique, toujours dirigé par le fidèle Angelo Badalamenti, et on se retrouve dans cette atmosphère brumeuse et mystérieuse.

De l’histoire, on ne peut trop en dire tant la surprise est totale mais ce double-épisode introductif permet le suivi de l’Agent Cooper dans la célèbre Black Lodge qui permet de combler ses 25 années d’absence mais aussi de ne rien expliquer. Ce sera le sentiment majeur de ce lancement événement : on a l’impression d’avoir des informations, des révélations mais David Lynch et Mark Frost restent les meilleurs et baladent complètement le spectateur. On notera la scène entre Dale Cooper et Laura Palmer qui clôture la première partie. Elle était attendue, elle était redoutée, elle est à la hauteur de l’attente. On notera aussi le retour du doppelgänger qui devrait faire beaucoup parler.

En 27 ans, David Lynch a eu le temps de préparer son retour, de le peaufiner au mieux et de jouer aussi avec les clichés de la TV et des Etats-Unis. La scène finale en est l’illustration parfaite : qu’est-ce qui crie mieux « bourgade paumée » que le Bang Bang Bar où viendrait se produire Chromatics ? Mais, changement radical dans la dynamique de la série, si les scènes les plus lynchiennes (en terme de mises en scènes et de WTF) ont lieu à Twin Peaks, les scènes les plus intéressantes ont lieu en-dehors de la ville : en l’occurrence Las Vegas mais surtout New-York City. Dans ce long passage urbain, David Lynch joue sur la métaphore de l’écran de télévision et sur les attentes des spectateurs mais surtout il offre un moment gore à souhait – chose inédite dans la série. Les prestations de Ben Rosenfield et Madeline Zima (Une nounou d’enfer) sont euphorisantes à souhait et témoignent de la qualité de réalisation voulues par Lynch.

Oubliez les FX foireux comme ceux d’Alien : Covenant ou des mauvaises séries ABC, David Lynch a voulu un aspect réel et authentique dans la digne lignée des créateurs du cinéma. Il est réalisateur et scénariste mais aussi peintre, photographe, designer et musicien, il est présent de multiples fois au générique de fin et ce à divers postes clés. On sent sa volonté de faire un ultime (?) cadeau aux fans : le Twin Peaks qui achèvera sa carrière sur un piédestal !

Après 27 ans d’absence, David Lynch et Mark Frost organisent le retour en grandes pompes de Twin Peaks et proposent un début de saison lent, bizarre et creepy à souhait. David Lynch rejette les codes du cinéma moderne et ceux de la TV pour continuer ce qu’il a toujours fait : une oeuvre fascinante dérangeante et monumentale. Lui seul peut créer un tel chef-d’oeuvre sans ressentir le jugement ou la violence du monde actuel.

En attendant la suite, je vous laisse avec le morceau de Chromatics créé spécialement pour la série

La saison 3 de Twin Peaks est diffusée chaque dimanche sur Showtime et dès le 25 mai sur les chaînes du groupe Canal. Ce double-épisode sera présenté au Festival de Cannes le jeudi 25 mai en présence de David Lynch.

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