Que vaut le premier épisode de The Haunting of Hill House ?

No Comment

Il est difficile, quand on aime une oeuvre, de regarder son adaptation pour ce qu’elle est : une autre oeuvre, nourrie des fibres de la première, construite sur ses fondations, mais différente, existant seule, hors des limites de l’originale. Car The Haunting of Hill House ne sort pas de nulle part, et son pedigree en impressionnerait plus d’un : publié en 1959 par Shirley Jackson, le roman du même nom est considéré par beaucoup (dont Stephen King, rien que ça) comme le roman d’horreur le plus important du XXème siècle. Mike Flanagan, le réalisateur de la série éponyme sortie vendredi dernier sur Netflix, ne sort pas de nulle part non plus, avec déjà quelques collaborations réussies avec la plateforme sous sa ceinture, dont une adaptation : Gerald’s Game de Stephen King. Une information qui inspire confiance : ayant déjà adapté avec brio l’oeuvre « inadaptable » de King, l’optimisme paraît de rigueur face à The Haunting of Hill House, qui a déjà inspiré deux films. Sans aucun doute, Flanagan saura rendre l’atmosphère claustrophobe, les relations sulfureuses et tordues, et surtout Hill House, cette maison vivante, malsaine, presque organique, hantée par elle même ?

La réponse, malheureusement, est… pas vraiment. Dès l’introduction, l’amateur du livre trépigne de joie en entendant les fameuses premières phrases d’introduction si familières, mais il réalise rapidement que sa zone de confort de lecteur sera malmenée durant ce visionnage, puisque le scénario nous met face à un changement radical : au lieu de se focaliser sur un groupe d’inconnus, rassemblés à Hill House pour en observer les phénomènes paranormaux, il prend pour personnages une fratrie, avec pour seul lien avec l’original les noms, et peut être quelques vagues traits de personnalité.

Si ce virage radical est perturbant, il n’est pas forcément négatif, mais amorce tout de même un virage inquiétant : l’histoire se focalisant sur deux périodes (leur enfance à Hill House, et leurs vies à l’âge adulte), on craint une absence critique de la maison, et en effet, ce premier épisode passe moins de la moitié de son temps dans ses murs. On espère une exploration plus poussée de son univers dans les prochains épisodes.

The Haunting of Hill House

Le principal problème n’est pas là : pour une raison inconnue, Flanagan ressent le besoin de définir la créature qui hante la maison. Pourquoi ? Tout le pouvoir de terreur de Hill House réside dans cette absence de définition. Hill House hante Hill House. En y introduisant un boogeyman au nom attractif de « dame au cou tordu », on la transforme en une banale maison hantée, et tous les ressorts narratifs de ce premier épisode, malheureusement, transpirent la même banalité. Un enfant dessinant un personnage inquiétant qu’il aurait vu « dans les bois », des fantômes visibles en arrière plan, des bouches qui s’ouvrent bien trop grand sur un gouffre noir. Si Flanagan nous a montré par le passé qu’il savait parfaitement se débrouiller sans jumpscares pas chers, il en use et abuse dans le premier épisode, et cette heure se déroule comme devant un film classique de maison hantée, sans provoquer une curiosité, sans donner spécialement envie de laisser Netflix nous emmener vers le deuxième épisode.

Il est difficile, quand on aime une oeuvre, d’être objectif sur son adaptation; encore plus difficile d’être objectif lors de sa critique. Heureux du résultat, notre critique sera dithyrambique; déçus, elle sera assassine. Ce premier épisode ne mérite pas une critique assassine, mais une critique prudente : si ses ressorts sont ordinaires, on reconnaît la patte du réalisateur dans certains plans glaçants, et certaines scènes, ne reposant pas sur des jumpscares décevants, réussissent à nous faire frissonner avec originalité. Le choix de tourner l’histoire autour d’une famille dysfonctionnelle, marquée par le traumatisme et le deuil, semble lui aussi un peu réchauffé, mais peut donner naissance à une trame intéressante si bien traitée. Les acteurs sont convaincants, en particulier Elizabeth Reaser, touchante et juste dans le rôle de la grande soeur responsable et fatiguée. Si The Haunting of Hill House ne sort pas de nulle part, et que (pour l’instant) elle ne monte pas jusqu’au niveau de son illustre aînée, ce début nous annonce une histoire originale, s’émancipant radicalement de nos attentes et nous invitant à la suivre avec confiance et sans idées arrêtées sur ce qu’elle doit être.

Reste à savoir si cette histoire est bonne.

Conclusion

Un bilan mitigé pour ce premier épisode qui présente une histoire radicalement originale, en restant dans les clous d’une histoire classique de maison hantée.

Balance ton commentaire

Back
SHARE

Que vaut le premier épisode de The Haunting of Hill House ?