Le Bilan de La Nuit du Fantastique 2016

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C’est désormais une tradition depuis quelques années : chaque édition du festival Court Métrange est précédée par la fameuse Nuit du Fantastique, plus communément appelée NUDUF ! Prenant place au Cinéville Colombier de Rennes, la soirée consiste en une projection de deux films fantastiques, accompagnés de divers court-métrages estampillés « What The Fuck ». Et après L’échine du Diable de Guillermo Del Toro et Les Griffes de la Nuit de Wes Craven l’année dernière, la sélection de cette année était plus axée sur les grosses bestioles étranges avec Tusk de Kevin Smith ainsi que Starship Troopers de Paul Verhoerven. On obtient donc un sacré programme, de quoi nous faire tenir de 22h30 à 6h du matin.

Mais en plus de ces projections, les deux animateurs de la soirée (également membres de l’équipe Court Métrange) ont organisés divers jeux-concours tout au long de la soirée afin de faire gagner des DVD et autres goodies du festival. Si les questions posées étaient généralement volontairement impossibles à répondre (à moins d’avoir une culture cinématographique à toute épreuve), le but était avant tout de créer une ambiance conviviale à la soirée et dans ce domaine, on peut dire que c’était réussi. Mais trêve de blabla, passons au premier film de la soirée : Tusk.

tuskTusk

Il faut bien admettre que ce film dégage quelque chose d’étrange. C’est bien simple, on a ici affaire à un de ces fameux « films de festival ». Ces films qui ne peuvent être appréciés à leur juste valeur uniquement dans le cadre d’une soirée comme la Nuit du Fantastique. L’expérience est totalement incomparable si vous osez le regarder chez vous en DVD. Pire, il y a de fortes chances que vous le trouviez très moyen voire mauvais. Toutefois, entouré de fans de genre et de culture bis, notre vision du film change complètement et on se surprend à rire aux (nombreuses) blagues de mauvais goût du film, tant on est imprégné de l’ambiance générale.

Car il faut le dire, l’histoire que nous a pondu Kevin Smith (également créateur, entre autres, du génial Clerks) s’inscrit dans une volonté de cinéma totalement déjanté et assumé dans la plus pure tradition des midnight movies. Avec son jeune podcasteur américain se retrouvant kidnappé par un vieil homme canadien ayant la ferme intention de le transformer en morse, il fallait se douter que l’humour allait être, disons, particulier. Porté par des acteurs n’ayant absolument pas peur du ridicule (on notera en particulier un acteur très connu effectuant une apparition délicieuse en fin de film), le film nous emmène donc dans une sortie de parodie de The Human Centipede, qui alterne constamment entre humour très infantile et tonalités quelque peu malsaines par moments. Bref, le cocktail parfait pour lancer cette Nuit du Fantastique comme il se doit. En tout cas, on a hâte de voir la suite/spin-off de Tusk, qui porte le doux nom de Yoga Hosers et qui fait actuellement le tour des festivals !

pesantaPesanto

Une fois cette première séance terminée et la petite pause achevée, nous avons pu passer au plat de résistance, à savoir 1h30 de court-métrages soit disant « What The Fuck ». Et c’est bien là le seul gros bémol de la soirée. Autant la sélection de l’année dernière était totalement appropriée à une soirée comme celle-ci, autant les courts choisis cette année ont été plutôt décevants. Non pas qu’ils soient mauvais (bien que certains soient quelque peu oubliables), mais il y en avait au final que très peu de véritablement déviants et décalés. La majorité gardaient une atmosphère très sérieuse et pas franchement très fun à l’instar de Frozen Expectation de Shinichi Kudo, un film de 30 minutes entièrement muet et artistique ayant pour thème le décès et le manque d’un proche. Pas vraiment de quoi réveiller les (quelques) premiers endormis.

Cependant, quelques courts ont réussi à décrocher de sacrés rires aux spectateurs de la soirée. On peut tout d’abord citer Eva’s Katze de Simon Stefanides, qui nous raconte l’histoire d’un chat ayant comme objectif de tuer Hitler. C’est aussi simple que ça, c’est court, plutôt débile et ça fonctionne. Mais le court qui a vraiment survolté l’audience, c’est bien Aquabike. Réalisé par Jean-Baptiste Saurel, il s’agit tout simplement d’une espèce de délire totalement barré, alternant les références culturelles diverses et variées à un rythme effréné. Le trente-sixième degré est donc de mise, surtout avec un tel scénario : Un docteur spécialisé dans les phobies aquatiques (oui oui) va devoir aider une jeune femme à vaincre ses peurs, depuis qu’un petit poisson à la voix de gangster se soit introduit… je vous laisse deviner où. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’humour n’est jamais trop lourd et les trente minutes passent à une vitesse folle. Ce dernier court-métrage de cette sélection nous a donc permis de nous motiver pour la dernière partie de la soirée : Starship Troopers !

aquabikeAquabike

Quand on pense à un film aussi culte que Starship Troopers, on s’attend à des scènes de bataille intergalactique extrêmement généreuses en gore, le tout saupoudrées d’une bonne grosse dose de cynisme sur le patriotisme américain comme son réalisateur Paul Verhoeven sait les faire. Malheureusement, la réalité dépasse souvent vite les attentes et force est de constater que le film se révèle très bavard. Trop même. Alors oui, les fausses-pubs distillées tout au long du film, parodiant les publicités en faveur de l’armée, sont plutôt drôles et jusqu’au-boutistes, mais c’est au final assez peu. D’autant plus qu’on s’aperçoit que l’univers très futuriste dépeint dans le film a assez mal vieilli, surtout sur grand écran.

Mais tout n’est pas à jeter pour autant. Outre les scènes de combat qui, en effet, nous offrent de nombreux moments gores du plus bel effet, on peut noter une excellente bande-originale, signée par le regretté Basil Poledouris (la musique de Conan Le Barbare, c’est aussi lui). On s’amuse également à voir comment Verhoeven parodie la vision de la jeunesse très clichée du rêve américain, au monde idéalisé et aux rêves patriotiques. Cependant, cela n’empêche pas au film d’avoir de sacrés problèmes de rythme, surtout dans sa première partie, qui va trop loin dans la parodie mais en y oubliant le cynisme au passage. Certaines scènes devenues cultes (comme l’entraînement militaire ou encore l’assaut de la base) le sont pour de bonnes raisons, mais cela serait oublier de longs tunnels de dialogues pas toujours très passionnants et des personnages pas forcement attachants au premier abord. Un film culte pour beaucoup, mais qui accuse quand même assez mal le poids des années.

starship_troopersStarship Troopers

C’est donc aux alentours de 6h du matin que la Nuit du Fantastique s’est clôturée, sous les remerciements et les applaudissements des animateurs de la soirée, qui nous ont même offerts un petit-déjeuner pour l’occasion. On ressort donc de cette soirée avec un bilan très positif, bien que l’on puisse regretter quelques films assez mal choisis, surtout en ce qui concerne les court-métrages. Néanmoins, il serait de mauvaise foi de cracher sur une soirée comme celle-ci, qui permet d’apporter une vraie variété de cinéma dans le paysage rennais. Rien que pour cela, nous félicitons chaleureusement toute l’équipe de Court Métrange pour l’organisation de cette soirée, et nous leur donnons rendez-vous dès le 19 octobre, pour le lancement du grand festival tant attendu !

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