Entretien avec Hélène Cattet et Bruno Forzani, réalisateurs de Laissez Bronzer Les Cadavres

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Avec Amer et L’Etrange Couleur des Larmes de ton Corps, Hélène Cattet et Bruno Forzani ont su imposer leur univers si particulier au cinéma de genre francophone, entre hommage et expérience sensorielle unique. Pour leur troisième long-métrage, Laissez Bronzer Les Cadavres, le duo délaisse ses ambiances gialleques pour une fusillade dantesque sous un soleil écrasant (CRITIQUE). À l’occasion du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, nous avons pu rencontrer ce duo hors-du-commun.

CinemaClubFR : Bonjour Hélène Cattet. Bonjour Bruno Forzani. Laissez Bronzer Les Cadavres, à l’inverse de vos précédents films, n’est pas un scénario de votre propre création mais est inspiré d’un roman. Était-ce une volonté dès le départ ou est-ce une opportunité qui s’est présentée à vous ?

Hélène Cattet : J’avais lu le roman de [Jean-Patrick] Manchette et [Jean-Pierre] Bastid il y a une dizaine d’années de ça et j’avais tout simplement envie de l’adapter. Il n’y avait pas de vraie volonté de changer de méthode ou même de style, c’est juste que quand je l’ai lu, j’ai eu des images qui me venaient naturellement en tête et ça m’a inspiré.

Bruno Forzani : Le truc, c’est que tous nos précédents films (ainsi que nos courts-métrages) étaient des projets très intimes et après L’Étrange Couleur…, on était arrivés à un point de non-retour par rapport à notre collaboration. Et le fait de partir cette fois-ci sur un roman, une base « neutre », ça nous a aussi permis de renouer contact. Disons que c’était le bon moment pour le faire.

Amer et L’Étrange Couleur… se basent avant tout sur des espaces très « clos » tandis que Laissez Bronzer Les Cadavres est plus ambitieux en terme de décor, de scénographie et de moyens mis en place. Comment la préparation s’est-elle déroulée ?

Bruno Forzani : On avait adoré tourner la deuxième partie de Amer, qui se déroulait majoritairement en extérieur, et on avait envie de retrouver cette sensation de tournage et ces couleurs qui « réchauffent ». Et étant donné que L’Étrange Couleur… était tourné uniquement en intérieur, on avait encore plus besoin de retrouver cet univers. On a donc tourné avec la même pellicule et la même approche formelle que pour Amer.

© Shellac

Par contre, en terme de pré-production, ça a été galère. Tout d’abord, on a mis énormément de temps à trouver le village qui nous correspondait. Presque un an et demi, je crois. En plus de ça, si un village n’était pas assez riche visuellement parlant, on ne pouvait pas faire le film puisque ce n’est que 1h30 dans un même espace et il fallait donc avoir une certaine richesse visuelle par rapport au décor.

Et le problème majeur du décor que l’on avait choisi, c’est qu’il était inaccessible par la route donc on ne pouvait pas y amener le matériel en voiture. On ne pouvait y aller qu’à pied uniquement. Ça a donc été un gros travail de pré-production et de préparation, où on a vraiment dû tout imaginer en amont. Il y avait un hélicoptère qui venait amener le matériel avant le tournage et un autre qui venait tout chercher après le tournage. On ne devait pas oublier le moindre détail et comme tout ce que l’on fait est basé sur les détails, c’était un très très gros travail de préparation, notamment pour les scènes d’action où tout doit être millimétré. Je crois que l’on avait jamais été aussi préparés sur un tournage que pour celui-ci.

Ironiquement, la partie qui a été la plus difficile, ça a été le tournage en studio. On avait tellement préparé la partie en extérieur que l’on avait pas eu le temps de préparer la partie en studio. Par exemple, on n’avait pas eu le temps d’adapter le découpage d’une séquence à un espace précis, ce qui fait que ça l’a rendu plus compliqué à mettre en place.

Depuis vos premiers court-métrages et jusqu’à aujourd’hui, Manu Dacosse a toujours été votre chef-opérateur fétiche. Qu’est-ce que de ces longues années de collaboration ont pu apporter à vos créations ?

Héléne Cattet : On a vraiment gagné en efficacité. On a appris à se connaître et on a évolué presque en même temps. Lors de nos premiers courts-métrages ensemble, on ne se comprenait pas forcément au départ mais petit à petit, il est entré dans notre univers et il a su nous faire confiance et proposer des choses qui nous convenait. C’est devenu hyper facile et efficace de travailler avec lui puisque l’on n’a plus besoin de justifier tous nos choix à chaque fois. Il comprend ce que l’on veut faire désormais.

Bruno Fozani : Désormais, on est bien plus dans le « faire » que dans le cérébral avec lui. Mais pour Laissez Bronzer Les Cadavres, ça a été un vrai challenge pour lui parce qu’il n’avait jamais eu autant d’effets à gérer sur un seul film. Mais il a pu y arriver car il a bien plus d’expérience. Nous, on fait un film tous les 4 ans tandis que lui, il doit en faire au moins 3 par an !

Hélène Cattet : C’est plus compliqué pour toutes les nouvelles personnes qui débarquent dans nos projets. Elles ne voient pas immédiatement ce que l’on cherche à créer, surtout que l’on travaille de façon hyper morcelée, comme un puzzle. Le montage a également une part hyper importante dans ce que l’on fait et ce n’est qu’en voyant la chose finie que les gens se disent « Ahhhh, c’était pour ça ! ».

© Shellac

Beaucoup de personnes reprochent au cinéma de genre actuel de trop se reposer sur l’hommage aux gloires d’antan (notamment les années 80). Toutefois, malgré des influences évidentes, vos films arrivent à dégager quelque chose de plus personnel. Comment abordez-vous cette tendance dans votre cinéma ?

Bruno Forzani : On n’essaie pas de faire des trucs théoriques. Ce sont des choses qui nous font vibrer et que l’on a envie de retranscrire à l’écran, où le ressenti prime sur la théorie du cinéma de genre. Et comme on a un peu une mauvaise mémoire des films, c’est surtout un genre que l’on fantasme. C’est ce fantasme sur le genre que l’on retrouve dans nos films et c’est ce qui explique surement leur individualité. C’est d’ailleurs assez amusant quand on voit les retours sur nos films. Soit les gens les voient comme des hommages, soit comme des œuvres jamais vues auparavant. Nous, en tout cas, on ne considère pas nos films comme des hommages.

Compte-tenu de la grande préparation que demandent vos films, vous prenez votre temps pour les aboutir. Mais avez-vous déjà d’éventuels projets pour les années à venir ?

Hélène Cattet : Oui, dans l’animation. Notre prochain projet sera un film d’animation pour adultes, un anime, que l’on ira faire au Japon.

Bruno Forzani : On veut également faire la troisième partie de Amer et de L’Étrange Couleur… Il y a plein d’autres projets pour après mais c’est notre film d’animation qui est en priorité.

Vous préférez toujours mettre sur pied vos propres projets ?

Bruno Forzani : Complètement. On a eu un changement de cap dans nos vies en voulant vivre notre passion commune et on a envie de la vivre tout le temps, sans avoir d’obligation derrière. C’est une passion qui nous anime de l’intérieur et on ne veut pas avoir envie de faire un film juste pour faire un film.

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