Jason Blum, simple opportuniste ou nouveau producteur culte ?

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Si vous suivez régulièrement l’actualité horrifique, il y a un nom que vous avez certainement dû voir revenir très souvent ces derniers mois : Jason Blum. Un nom qui, pour les uns, apporte multiples craintes tandis que pour les autres, il fait office de bénédiction. En clair, il est loin de faire l’unanimité auprès des cinéphiles, bien au contraire. Pourtant, c’est à lui que nous devons plus de 50% des productions horrifiques sortant en salles chaque année, pour le meilleur et pour le pire. Des productions emblématiques telles que la trilogie quadrilogie Insidious, les deux Sinister, la trilogie American NightmareThe Visit, Split ou encore tout récemment Get Out.

Si vous allez fréquemment au cinéma, vous avez forcément déjà vu ce logo.

Mais qui est Jason Blum ?

Né de parents proches du milieu de l’art, Jason Blum commence sa carrière à Hollywood dans les années 90 en étant chargé des acquisitions et des co-productions des studios Miramax, tenus par les mythiques frères Weinstein, deux grands noms du cinéma Hollywoodien moderne. Mais en 1998, Blum va faire une erreur qui va changer toute sa carrière. Un jour, deux jeunes cinéastes, Daniel Myrick et Eduardo Sanchez, viennent lui présenter leur premier long-métrage, dans le but d’être distribué par Miramax. Jugeant le film pas assez attractif ni commercialement viable, il refuse de l’acquérir… Ce film, c’était Le Projet Blair Witch, qui engrangea plus de 250 millions de dollars au box-office pour un budget de 60 000$. Jason Blum ne se pardonnera jamais cette erreur et deux ans plus tard, il décide de fonder sa propre société : Blumhouse Productions.

Après des débuts quelque peu hésitants où Blumhouse produira avant-tout des comédies anecdotiques, Jason Blum décide en 2007 de prendre enfin sa revanche sur Le Projet Blair Witch, lorsqu’un jeune réalisateur du nom d’Oren Peli lui apporte un film également tourné en found-footage avec un budget ridicule : Paranormal Activity. Cette fois, Blum prend conscience de tout le potentiel que lui offre ce long-métrage et travaille d’arrache-pied pendant plus d’un an pour faire distribuer le film dans le monde entier, à grands renforts de communication massive. Son instinct sera le bon et Paranormal Activity deviendra très rapidement l’un des films les plus rentables de toute l’histoire du cinéma, comptabilisant 193 millions de dollars au box-office mondial, pour un budget de 15 000$ seulement.

Paranormal Activity de Oren Peli (2007)

Une redéfinition du cinéma d’horreur populaire

C’est à partir de ce moment précis que Jason Blum va pouvoir imposer sa logique de production à l’ensemble du système Hollywoodien. S’inspirant grandement des méthodes de production dites « européennes », il mise avant tout sur des concepts novateurs et aguicheurs, mais surtout sur des budgets extrêmement faibles (très rarement au dessus des 5M$), en échange de quoi il offre au réalisateur/scénariste une quasi-totale liberté sur le ton et la direction de son film. Ajoutons à cela une équipe marketing plus qu’efficace et vous obtenez un succès au box-office garanti pour la majeure partie des productions du bonhomme.

Et c’est très précisément ce qui fait la force des productions Blumhouse, mais aussi ce pourquoi elles sont aussi détestées par bon nombre de cinéphiles. Compte-tenu de leur budget restreint, beaucoup de ces productions vont n’être que de simples produits de consommation pour adolescents en manque de sensations fortes, répétant inlassablement la recette des esprits vengeurs mêlés à des jump-scares putassiers et non inspirés jusqu’à l’overdose. Ouija, Gallows, Unfriended, Projet 666… La liste est longue. Mais là où on pourrait accuser Jason Blum d’être à l’origine du manque de films d’horreurs vraiment novateurs sur grand écran, il faut reconnaître que le bougre cache en réalité bien son jeu.

Gallows de Travis Cluff & Chris Lofing (2015)

Des prises de risques singulières

Car qu’importe ce que les mauvaises langues peuvent dire, Jason Blum est un vrai cinéphile et ça se voit. Quel producteur aurait été assez fou pour accorder à nouveau une confiance totale à M. Night Shyamalan, qui était alors en pleine descente aux enfers depuis plus de 10 ans ? Qui aurait mis en stand-by le projet de reboot de Halloween pendant quasiment un an, uniquement pour trouver LE scénario parfait, de plus validé par John Carpenter lui-même ? Jason Blum est un homme qui connaît son métier et qui en profite pour réaliser ses plus grands rêves, beaucoup plus risqués d’un point de vue financier. C’est en cela que son mode de production est très intelligent, puisqu’il lui permet d’amortir facilement ses éventuels échecs (comme le remake US de Martyrs ou le massacre l’adaptation de Jem & les Hologrammes, tous deux reniés par Blum lui-même désormais), sans toutefois l’empêcher de continuer à proposer des films très singuliers dans leur démarche, à l’instar du sous-estimé The Lords of Salem de Rob Zombie ou encore l’immense succès-surprise Get Out de Jordan Peele.

Il est également à noter qu’outre son domaine de prédilection (le cinéma de genre), Blumhouse commence à se diversifier de plus en plus, notamment en se dirigeant vers le drame. Par exemple, saviez-vous que Jason Blum était le producteur principal de Whiplash de Damien Chazelle ? En plus de ramener sur le devant de la scène des réalisateurs cultes, le système de production de Blumhouse permet également à de nombreux jeunes réalisateurs de faire leurs premières armes sur un projet qui certes, peut être difficile à concrétiser avec de si faibles budgets mais qui pourra bénéficier d’une grande visibilité, comme ce que pouvait faire Roger Corman dans les années 80. On peut notamment citer l’exemple de Scott Derrickson qui, avant de réaliser Doctor Strange pour Marvel, est à l’origine du premier Sinister. Enfin, les forts succès de la saga American Nightmare et de Get Out ouvrent la voie à de nombreux nouveaux cinéastes ayant envie de faire passer des messages sociaux forts à travers des films de genre indépendants mais à grande audience.

John Carpenter et Jason Blum (centre) lors de l’annonce du reboot de Halloween

2017, l’année Blumhouse ?

Néanmoins, notre but n’est absolument pas de porter des louanges à ce producteur, qui est également responsable de nombreux films dont on se serait aisément passés. L’objectif ici est avant-tout de prendre du recul sur sa carrière et d’analyser sa vision du cinéma et surtout la logique qu’il en tire. Produit-il volontairement ces produits bas-de-gamme uniquement dans le but d’avoir le financement nécessaire pour des projets plus risqués ? Nous n’aurons sans doute jamais la réponse, mais au vu du succès public et critique planétaire qu’on connu ses deux derniers films phares (Split et Get Out), on est en droit de se dire qu’il a désormais trouvé le bon équilibre… Pour l’instant.

Nous en revenons donc à la question posée dans le titre de ce dossier/édito/analyse : Jason Blum doit-t-il être considéré comme un producteur qui va réellement marquer le cinéma d’horreur d’une pierre blanche, ou alors comme un simple opportuniste qui a juste trouvé le bon filon à exploiter ? Cette réponse dépend de chacun.e et de sa vision du cinéma de genre en général. Quoiqu’il en soit, une chose est sûre : Il est l’un des seuls producteurs Hollywoodiens actuels à avoir compris son époque.

American Nightmare 3 : Élections de James DeMonaco (2016)

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