Entretien avec Nasty Samy, dans l’antre de The Black Zombie Procession

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Qui a dit que le CinemaClubFR ne se limitait qu’au grand et petit écran ? Pour cette nouvelle interview, nous avons décidé d’explorer la culture du cinéma de genre en général, en rencontrant Nasty Samy, guitariste du groupe de metal The Black Zombie Procession. Fondé d’abord comme un projet solo en 2006, il sera rejoint en 2012 par Elie du groupe Hellbats pour Vol III : The Joy of Being Black at Heart, troisième album qui connut un très bon accueil auprès des critiques spécialisées, grâce à une musique efficace alliant punk, metal et culture bis des années 80.
Pour ce nouvel album, intitulé IV : Heca-Tomb, le groupe a vu les choses en grand : Six titres dans la pure tradition du groupe, accompagnés d’un roman-gore écrit par l’auteur Zaroff. Nous avons donc décidé d’en savoir plus sur cette nouvelle (et excellente !) sortie afin de mettre un coup de projecteur sur ce groupe extrêmement talentueux !

CinemaClubFR : Salut Nasty Samy ! Peux-tu nous en dire plus sur ta rencontre avec Zaroff et sur votre collaboration ? Avais-tu prévu dès le départ de lier son roman “Heca-Tomb” avec la prochaine sortie de The Black Zombie Procession ?

Nasty Samy : J’ai découvert Zaroff à l’occasion de la sortie de son premier roman Night Stalker, édité en 2013 par Thrash Editions, un éditeur orienté littérature gore. J’ai vraiment aimé, car j’y retrouvais ce que j’aimais dans les livres tordus de la collection Gore de chez Fleuve Noir dans les années 80. Il s’en dégageait un gros mood années 80, qui renvoyait clairement aux VHS les plus folles de cette époque. Son roman faisait la part belle à l’horreur extrême, la violence gratuite, avec en guise de cerise sur le gâteau quelques scènes pornos du meilleur goût. Bref, l’extase.

De plus, je suis journaliste-pigiste pour quelques magazines, j’ai donc chroniqué le livre de Zaroff, j’en avais également fait mention dans mon podcast (Now It’s Dark!) et il m’a répondu pour me remercier du soutien et de la promo. On s’est échangé quelques e-mails, le courant est bien passé, et quand j’ai eu cette idée de livre accompagnant un disque, j’ai tout de suite pensé à lui.

Au début je voulais juste éditer un livre ultra gore d’un nouvel auteur, et peut-être proposer ce livre avec un disque mais je ne savais pas encore forcément que ça allait être un disque de BZP. Quand on a commencé à en parler très sérieusement et à s’échanger des idées avec Zaroff, à vraiment réfléchir au « concept » de ce qu’on voulait faire, on a vite compris que la logique voulait que ce soit un nouveau disque de BZP qui accompagne le livre. Je lui ai donc juste demandé de tout pousser dans le rouge… en mode gore hystérique!

La majorité des chansons du groupe sont des hommages à la culture bis des années 80, où le support VHS était roi. Quels sont les styles que tu préfères le plus explorer dans les chansons du groupe et ceux qui te laissent indifférent ?

Les paroles de nos morceaux ne font pas obligatoirement références à des films précis. Cela a pu arriver, principalement sur les deux premiers albums (quelques références explicites ici et là), mais ce n’est pas le cas pour tous les morceaux, loin de là. Notre univers est centré sur la culture horrifique à 100%, mais il ne s’agit pas forcément de renvois explicites sur des films en particulier.

Ce n’est pas moi qui ai écrit les paroles sur les deux derniers albums (c’est Elie, le chanteur), il a sa propre vision de notre univers. Mais au niveau ciné, on a plus ou moins les mêmes goûts. Nous sommes de gros fans du courant splatter-gore des années 80 (jusqu’au milieu des années 90), on aime aussi les slashers hyper vicieux, les films de monstres en tout genre (avec de vrais maquillages et effets spéciaux, sans CGI), et bien sûr tout le courant horrifique old-school (HammerUniversal Monsters, les films de Corman, etc.), les films fantastiques liés à la Science-Fiction, les petites bobines super light typiquement ancrées dans les eighties (de la firme Empire par exemple), etc.

On tape donc dans tout ce chaudron pour « habiller » nos morceaux, la musique de BZP fait une parfaite bande-son pour ces films. Mais nos influences proviennent également de la littérature de genre et de comic-books. Pour ce qui me laisse indifférent, je dirais les films qui datent de ces 15 dernières années globalement, tout le courant torture-porn, les found footage, etc. Il n’y a plus de magie, ni de poésie, dans ces films. C’est sans saveur, sans fond, il n’y a bien souvent que la forme, et c’est souvent pas très beau à regarder. C’est bruyant, laid, stupide et vulgaire. Ce ne sont pas du tout les codes que j’apprécie.

De manière plus générale, lors de la composition des morceaux de BZP, as-tu déjà en tête une ambiance ou un film en particulier que tu veux retranscrire musicalement ou cela se fait naturellement ?

Je compose la musique intégralement dans le groupe. Je maquette de mon côté, et je montre mes idées, mes riffs et la structure de l’ensemble des nouveaux morceaux aux autres. Viennent ensuite les paroles, puis les arrangements en studio et le choix de l’habillage sonore avec les samples ou les divers bruitages, les atmosphères. Je ne compose jamais un morceau en ayant en tête un film précis. Tout s’emboîte naturellement à la fin, quand le morceau est déjà structuré.

Pour la couverture de l’EP, vous avez fait appel à Andrei Bouzikov, connu pour avoir réalisé les pochettes de groupes comme Toxic Holocaust ou encore Municipal Waste. Un bon album à atmosphère horrifique, ça veut également dire une bonne pochette ?

Sans aucun doute ! Pour un groupe comme BZP, il faut obligatoirement un art-work généreux et graphiquement TRÈS explicite. Personnellement j’adore les illustrations hyper colorées et détaillées, très référencées, renvoyant à la culture 80’s que j’apprécie. Je profite toujours d’un nouveau disque de BZP pour collaborer avec les illustrateurs que j’aime beaucoup.

Ainsi, pour les précédents albums, on a pu travailler avec Ed Repka (MegadethMisfitsMassacreNuclear Assault, ect.)Jason Osbourne (Municipal WasteDemented are GoAborted, etc.) et pour notre nouveau disque on a effectivement bossé avec Andrei Bouzikov (Toxic HolocaustGhoulSkeleton Witch, etc.).

Le troisième album de BZP avait la particularité d’inclure dans son édition DVD un commentaire audio. Pour “IV : Heca-Tomb”, l’EP est complété par un roman. C’est une vraie volonté de votre part de toujours vouloir créer un objet dépassant le simple cadre de la musique ?

Oui, car en 2017 ça n’a plus beaucoup d’intérêt de sortir un disque standard malheureusement ! La dématérialisation musicale a vraiment changé la donne, surtout pour les groupes évoluant dans les sphères underground. Donc on s’applique à toujours proposer quelques chose d’intéressant, de stimulant et de différent. Notre précédent album (Vol. III : The Joy of Being Black at Heart), sorti en 2014, était proposé en format DVD (avec une tonne de bonus, incluant des interviews, un clip et un commentaire audio de l’album, une première !) en plus des formats CD et vinyls habituels.

Pour Heca-Tomb, vu que cette nouvelle sortie correspondait aux 10 ans du groupe, l’idée de proposer un package livre + CD (offert avec un poster et un sticker) nous semblait plutôt bien adaptée. Et, par extension, ça permet enfin de lier nos deux passions, la littérature populaire horrifique et la musique.

En plus de The Black Zombie Procession, tu animes le podcast, tu rédiges ton propre fanzine (Everyday Is Like Sunday) et enfin, tu gères également le ciné-club « Sinister Ciné Club » à Besançon. C’est important pour toi de mettre en avant toute la culture du cinéma de genre dans de multiples domaines ?

Oui, pour moi il y a des ponts évidents entre toutes mes activités. J’écris dans la presse et dans des fanzines sur toute cette culture populaire (cinéma, livres, BD, musique, etc.), j’anime également un podcast -sur ces mêmes domaines- depuis presque dix ans maintenant (Now It’s Dark!, ndlr), je joue dans plusieurs groupes qui ont souvent un lien avec cette culture de « genre » (plus ou moins lié au trip horrifique) et je co-gère la programmation d’un ciné club dédié aux films de genre : ce sont toutes les cartes d’un même jeu.

La musique est mon activité principale, impossible pour moi de ne pas l’immerger dans mes autres gros centres d’intérêt, ça dépasse le cadre strictement musical, c’est un univers, un monde parallèle. Cette culture je la respire du matin au soir, ce n’est pas juste un « gimmick » !

Pour terminer, quel film t’a véritablement marqué récemment ?

Comme je te le disais, je ne suis pas friand des films d’horreur actuels. Je regarde beaucoup de DVD et de VHS, je creuse dans les courants que j’apprécie, ou regarde à nouveau les films que j’ai vu à l’époque, dans les années 80 ou 90. Mon activité au sein du Sinister Ciné Club me permet de revoir des films que je n’ai pas toujours pu découvrir au cinéma, comme dernièrement La Créature du Lac Noir et Dracula de la Universal, les films de Frank Henenlotter (Basket CaseFrankenhooker) ou encore DélivranceLa Mouche et Maniac Cop prochainement. Ça va être vraiment cool de les revoir sur grand écran, en VO, dans une copie restaurée.

Ces derniers jours , au ciné, j’ai vu To Live & Die in LA de William Friedkin, la quintessence du polar extra tendu à la mode eighties, typiquement ricain dans l’approche, un régal. J’ai également vu le nouveau film de Jim JarmuschPaterson, très beau également, qui m’a fait beaucoup d’effet, un film apaisant, à la fois sobre et très chargé émotionnellement. Du grand Jarmusch.
Dans le genre horrifique moderne, je viens de voir 31, le nouveau film de Rob Zombie, qui est malheureusement une grosse purge. Rien à sauver, c’est navrant d’un bout à l’autre et à tous les niveaux. Ça fait écho à ce que je disais précédemment sur l’actualité horrifique : ça ne sert à rien.

En DVD, je viens de recevoir un excellent documentaire You’re So Cool Brewster sur les films Fright Night I et II (Vampire… Vous avez dit Vampire ?), très dense, complet et détaillé, que je conseille aux fans de la première de ses deux films. Fright Night est certainement un de mes films préférés de tous les temps !

Le nouvel EP de The Black Zombie Procession, « IV : Heca-Tomb » est disponible en streaming exclusif dès maintenant sur New Noise et le pack CD + Livre est pré-commandable sur NASTY MERCH.

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