Entretien avec Rurik Sallé, cinéma français, presse et crowdfunding

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Rurik Sallé est le genre de personne au CV si ample qu’il est difficile de tout résumer en quelques lignes. Ancien journaliste chez Mad Movies et Metaluna, auteur sur le livre Distortion ainsi que sur sa suite Distortion Shock! paru tout récemment, acteur dans divers longs et courts-métrages et enfin compositeur-interprète dans le groupe Fugu Dal Bronx… bref, un grand représentant de l’univers du cinéma de genre en France. Et à l’occasion de sa présence au festival Court Métrange, où il officiait en tant que jury, nous avons pu revenir avec lui sur la situation actuelle du cinéma d’horreur français et tout ce qui entoure celui-ci.

Bonjour Rurik Sallé, tu as donc été choisi pour faire partie du jury de cette édition de Court-Métrange. Est ce que tu étais déjà allé au festival précédemment ?

Oui, j’étais déjà là l’année dernière pour un film en tant qu’acteur. C’était pour Ninja Eliminator 4, et on était venus le présenter. Je reviens d’ailleurs tout juste du festival de Sitges [Grand festival Fantastique à côté de Barcelone]Ninja Eliminator 4 était en compétition.

Pour ce que tu en as vu pour le moment, la sélection à Court-Métrange te plaît ?

Franchement oui, je trouve que les programmateurs se font vraiment chier pour proposer une vraie sélection. Tu sens qu’il y a plusieurs goûts au sein de leur équipe, on trouve des films qui sont plus expérimentaux et qui partent un peu dans tous les sens, des comédies, des choses très choc.. Je trouve que, d’une manière générale, qu’on aime ou pas les films, -parce qu’on ne les aime pas tous- il y a une certaine qualité générale. On ne se dit jamais vraiment, en regardant un des films, “Putain, s’il y en a encore 10 comme ça, je me suicide !”.

Il y a quelques années, tu étais dans un documentaire nommé “Viande d’origine Française” qui avait été diffusé sur Canal+ et qui montrait que la place du cinéma de genre en France était assez limitée. Trouves-tu que la situation a évolué depuis ?

Je trouve que c’est pire en fait, pour être honnête. Je constate aujourd’hui, qu’il y a encore moins de films de genre Français qui sortent en salle qu’auparavant. J’ai moi-même joué dans un film d’horreur à petit budget qui s’appelle Dead Shadows, et désormais tous les films de ce style, comme par exemple Night Fare ou Dealer, doivent se contenter d’un petit budget équivalent à celui là, bien en dessous des films dont on a pu parler il y a 5 ans.

Il y a vraiment un problème en France, mais je pense que cela vient aussi du fait qu’ici, on a comme des clans bien fermés, avec le cinéma de genre d’un côté et le divertissement pur et le cinéma d’auteur de l’autre… Et il me semble qu’on ferait mieux de discuter tous ensemble et d’essayer de construire quelque chose de commun, plutôt que d’être chacun dans son coin, parce que cela pourrait aboutir à quelque chose de plus fort. La France, c’est un petit pays, et plus tu segmentes les choses, plus les clans deviennent faibles. Et à force de faire des choses pareilles, on finit par se nourrir que des mêmes genres et des mêmes idées constamment. Mais le spectateur non plus, d’ailleurs, ne donne pas forcément sa chance à un film de genre français parce que justement, il est français ! Pascal Laugier a sorti son 3e film, The Secret, et juste parce que le film a été réalisé en Anglais et qu’il y a Jessica Biel, le film a cartonné, alors que s’il avait fait le même film au plan exact, avec une actrice Française, le film aurait fait seulement 10% de ces entrées-là.

night-fare-photo-night-fare-946984-largeNight Fare

Il y a aussi une grande part de responsabilité des distributeurs, qui ne vont pas forcément distribuer le film dans de nombreuses salles, non ?

C’est simple, le distributeur va juste se dire “Je vais réussir à mettre mon film dans 10% de salles en plus, mais pour finalement ne récolter que 2 entrées supplémentaires ?”, c’est tout.  Les gens ne parlent qu’en terme de rentabilité, de chiffre d’affaire : alors oui, OK, la rentabilité c’est cool, mais c’est pas avec ça que tu crée une histoire artistique ni des films marquants. Les films dont on parle aujourd’hui, qui ont été faits il y a 30/40 ans, ne sont pas forcément ceux qui ont le mieux marché, mais ceux qui ont le plus marqué. Eraserhead de David Lynch, c’est un vrai midnight-movie et Lynch n’est pas un mec qui pense en priorité à faire de l’argent, et pourtant c’est quelqu’un d’important désormais.

Ici, on n’est pas à Hollywood, on est en France, il faut un peu plus d’audace, d’invention ! Il y a de belles choses mais il ne faut pas s’endormir sur nos lauriers, car pour le moment, on ne les a pas, ces lauriers, alors que le talent et l’inventivité sont là. Si en musique on a eu des mecs comme Bashung, comme Rita Mitsouko, comme Noir Désir, comme Charlélie Couture, même Stupeflip, pourquoi ne retrouve t–on pas cette folie dans le cinéma ? Avec Quentin Dupieux ou Gaspar Noé, LÀ il y a un cinéma Français où il se passe un truc. Mais il y en a combien, des mecs comme ça, par rapport au nombre de personnes qui font du pré-formaté ? Il y a une question de choix bizarres, ici, que je ne comprends pas.

D’ailleurs, pour revenir à Dead Shadows, il n’est toujours pas sorti en France, si ?

Si si, trois ans après tout le monde ! Il était déjà sorti quasiment dans le monde entier sauf en France. Pour un film tourné à Paris -et en Français- il a mis trois ans à sortir ici et du mal à exister dans son propre pays. C’est vraiment étrange ! David Cholewa, le réalisateur, a fait le choix de tourner son film intégralement en français, mais si ça se trouve il va se dire “La prochaine fois, je vais tourner mon film ailleurs et en anglais”. Plutôt que d’avoir un film de genre 100% français, tourné dans son propre pays, il va opter pour une autre option, et encore une fois les gens se seront tiré une balle dans le pied.

Heureusement qu’il y a encore des films comme Night Fare ou Dealer qui sont tournés en français ou en partie, parce que c’est difficile dans ce pays. Le problème, c’est que pour les producteurs Français, les tentacules, les gens à poil, les coups de feu, le kung-fu, ça n’est pas intéressant. C’est donc compliqué, face à eux, de faire exister un cinéma différent. Je veux pas dire qu’il faut que le cinéma d’auteur cesse d’exister, je ne veux pas avoir ce discours là, mais on finance souvent des films à perte, bourrés d’aides parce qu’on veut qu’ils existent et pas parce qu’on sait qu’ils vont rapporter de l’argent. Et je trouve ça dommage qu’on ne fasse pas de même pour des films “différents”, estampillés “genre”, qu’il n’y ait pas de volonté de les soutenir, même à perte, pour qu’on développe un cinéma différent ici.

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Je pense que la réponse va être un petit peu identique avec celles que tu viens de donner mais tu as été notamment auteur pour Mad Movies et Metaluna, et je voudrais savoir quelle est ton opinion sur l’état actuel de la presse, en particulier dans le domaine du genre ?

Je pense qu’on est clair sur le fait que l’état est catastrophique, c’est vrai ! Je connais les chiffres de vente, c’est assez terrible. Quand on a créé le magazine Metaluna, on avait voulu faire exister quelque chose qui n’avait pas d’équivalent, qui se démarquait du reste, pour donner de la différence dans les kiosques. La presse est désormais très stéréotypée et aujourd’hui, elle n’existe essentiellement que sur la pub. Si tu leur enlèves la pub, la presse ne tient plus sur ses lecteurs. C’est le monde à l’envers ! Les gens qui éditent des magazines pour les kiosques devraient se dire “Bon, les gens se désintéressent de la presse alors inexorablement les ventes descendent. Qu’est ce qu’on peut faire pour améliorer ça et changer, inventer de nouvelles choses ?” Mais je ne crois pas que ça soit souvent le cas et on se retrouve avec la même couverture partout, sauf que ça n’est pas ça qui fera rebriller la presse. Il y a la place pour tout réinventer, et je pense justement que ce n’est pas la vieille presse qui va le faire, mais ceux qui arrivent aujourd’hui. C’est ces gens là qui peuvent tout changer, car la vieille presse qui luttait hier contre l’embourgeoisement des choses est devenue elle-même bourgeoise, conservatrice et réactionnaire.

Ce qu’il manque, c’est de ne pas avoir peur. Les gens ont peur de prendre des risques, peur de tout changer, peur de faire des couvertures et des sujets différents, des films différents. Mais il ne faut pas avoir peur. Quand tu seras mort, tu te diras “Putain, j’aurais peut-être dû” mais ça sera trop tard, et les gens qui te suivaient vont se dire “Dommage qu’il n’ait pas osé”. Qu’est ce qu’il peut t’arriver ? C’est terrible de s’endormir sur les habitudes.

Je pense que ça se passe surtout en librairie, désormais, où les gens, plutôt que de dépenser 4 ou 5 balles dans un truc jetable en kiosque, vont préférer mettre 15 euros et acheter un beau truc en librairie, comme Schnock ou bien Distorsion justement, qui est la revue apocalyptique que j’étite. En tout cas, en tant que lecteur, je préfère dépenser 15 balles dans un bel objet plutôt que pour un truc éphémère, avec des news sans invention déjà vues sur le net, ou des trucs convenus. Et ça c’est dommage, c’est la faute de la presse elle-même. Lorsqu’on faisait Metaluna, des mecs sont venus nous voir pour nous dire qu’ils n’avaient jamais mis les pieds dans un kiosque mais y allaient pour nous et je me disais que c’était super, et qu’on pouvait vraiment changer les habitudes des gens, faire venir les gens dans les kiosques si on invente de nouvelles choses, et qu’on a le courage de tenir sur la durée pour implanter le truc.

Est-ce que tu penses du coup que, comme l’état de la presse est au plus bas, les blogs cinéma comme le notre s’imposent comme une sorte d’alternative ?

Pour moi, Internet n’est pas forcément en opposition avec la presse papier. C’est différent. Comme les vidéos YouTube ne remplacent pas le cinéma ou la TV, c’est autre chose.  C’est vrai qu’il se passe peut être plus de choses sur le net que dans l’univers de la presse mais il faut que chacun aille au bout du moyen qu’il utilise, par exemple pour Internet avec la vidéo et la réactivité. Et faire très attention à faire de belles choses chiadées, dans les deux domaines : ça n’est pas parce qu’il est simple et presque gratos de faire un site internet, qu’on doit en oublier de savoir écrire sans fautes, avec une âme, et être exigeant avec soi-même. Mais l’internet et le papier peuvent vraiment coexister. En ce moment, le vinyle revient à la mode, (même s’il n’atteindra jamais le niveau qu’avait encore le CD dans les années 90) car c’est un bel objet que les gens aiment acheter, tout en écoutant des trucs en streaming en même temps. Et même si l’aspect économique reste bordélique, et que le streaming ne rémunère pas les artistes comme il le faut, il y a une sorte de cohabitation du “ici et maintenant” du net, et des beaux objets qu’on aime conserver. Ça s’applique aussi à la presse.

Metaluna

[Notre interview a ensuite dû être interrompue brièvement pour des raisons d’emploi du temps mais une fois l’interview relancée, Rurik a tenu à clarifier son avis sur le cinéma Français]

On vient juste de remettre les prix du Jury ici, à Court-Métrange… Pour nuancer un petit peu mes propos de tout à l’heure, je pense qu’il ne faut pas que la France, comme n’importe quel autre pays, ait honte de ce qu’elle est, mais plutôt qu’elle se nourrisse de ce qu’elle est, de ses croyances, de ses légendes. Par exemple, les légendes de Bretagne sont dingues ! Il faut que ça nourrisse le cinéma français. Il y a de la place pour tout, et pour de la variété, et c’est ça qui est intéressant. Je ne dirais pas qu’un public, ça s’éduque, mais il suit les tendances. Quand dans les années 90, on a vu l’apparition des télé-réalités comme Loft Story, ça choquait, et les gens criaient au scandale. 25 ans plus tard, à force d’en bouffer, plus personne ne réagit. Ça veut dire qu’on a éduqué le public, ou plutôt qu’on l’a déséduqué, et qu’on lui a appris que c’était normal de manger de la merde. Et cela s’applique au cinéma.

Regarde la Corée du Sud, qui a été une sorte de dictature jusqu’à encore assez récemment, et qui aujourd’hui propose l’un des cinémas les plus incroyables qui soit, avec des films comme Old Boy ou comme J’ai Rencontré Le Diable. Ils n’ont pas la même force de frappe qu’Hollywood mais ont une vraie culture qui fait que chaque film, peut importe le style, comporte une personnalité coréenne. Alors il n’y a pas de raison pour qu’on ne puisse pas faire de même, il ne faut pas qu’on ait peur de faire ça. Jacques Tardi avait dessiné il y a très longtemps une Aventure d’Adèle Blanc-Sec qui se nommait Le Noyé a Deux Têtes, dans laquelle une créature avec des tentacules sortait de la Seine. C’est incroyable, pourquoi on ne verrait pas ça sur grand écran ? Il y a des réalisateurs extraordinaires ici, tout comme il y a des producteurs pas cons, et avec qui on peut faire des choses. Il faut juste oser. Je ne veux pas être négatif car il y a de l’espoir, et aujourd’hui pour l’instant, beaucoup des personnes qui mettent les couilles sur la table font des productions à seulement 200 000€. Ça serait bien que ces gens puissent faire des projets plus généreux et plus ambitieux. C’est très utopique comme discours mais je veux y croire.

Tu as récemment utilisé le service de crowdfunding Ulule à deux reprises: D’abord pour l’émission “+ ou – Geek” puis pour le livre “Distorsion Shock!”. Est-ce que c’est pour toi l’avenir du financement de ce genre de contenu “décalés” ?

Ça n’est pas moi qui ait fait le crowdfunding de + ou – Geek, mais les producteurs de l’émission TV qu’on a fait trois ans. Mais oui, c’est moi qui ait fait celui pour les deux premiers volumes de Distorsion. Pour répondre à ta question, bien sûr que oui. Après, certains peuvent l’utiliser à mauvais escient, comme par exemple des producteurs au bras long qui ne devraient pas utiliser ce genre de site : c’est mentir, et violer le sens de ce genre de fonctionnement alors que Ulule, Kickstarter, ce genre de trucs, sont des choses plus indépendantes, plus underground. Quand tu t’appelle Dario Argento ou Rob Zombie et que tu fais appel au public pour financer tes films, alors que tu fais du cinéma depuis 50 ans ou que tu es multi-millionnaire, je trouve ça limite. Et c’est aussi arrivé en France. Cependant, le crowdfunding est un truc incroyable qui peut permettre à des personnes indépendantes, celles qui n’ont pas le bras long, de concrétiser des choses en se disant “J’oublie les circuits habituels, faisons les choses nous-mêmes !” Ce qui est important, c’est de faire les choses. Bien utilisé, c’est une arme extraordinaire pour que la création soit plus riche et plus folle.

Dans notre cas, on a produit les 2 premiers volumes de Distorsion grâce à Ulule, sous forme de pré-commande, et on a  explosé nos objectifs. On ne s’est pas foutu de la gueule des gens. On leur a dit “Si vous avez envie de le lire, vous pouvez le pré-commander. Si vous le pré-commandez, cela nous donne l’argent pour le fabriquer.” Et maintenant, la revue est distribuée et cartonne dans toutes les librairies de France, en Suisse, en Belgique, parce que les gens avaient envie de la voir ! Il n’y a pas de vol, pas de truc complètement faux, juste du vrai, sur le simple échange du “Vous le voulez, on le fait”. C’est quelque chose de très direct et de sincère, et quand les gros groupes industriels réaliseront vraiment la puissance du crowdfunding, il sera déjà trop tard pour eux, car ils sont bien trop lents et pas aussi passionnés. Comme Christophe Lemaire écrivait dans Brazil : “Cette rubrique n’est pas destinée aux gens qui vivent du cinéma sans en être passionnés”. Tous ces gens qui se greffent dans ces milieux pour se faire voir, pour être dans les cocktails, pour récolter l’argent et les paillettes sans passion, le crowdfunding permet de zapper ces mecs là.

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Dernière question, un peu plus personnelle : Quel a été le premier film qui t’as profondément marqué et pourquoi ?

Avec mon père, j’allais voir tous les Star Wars et les James Bond au cinéma car il était aussi fan et fasciné que moi. Mais l’un des films qui m’a vraiment beaucoup marqué, c’est Tchao Pantin de Claude Berri, avec Coluche et Anconina, polar qui se passe à Paris, dans le 18e, autour d’un pompiste. Un film très noir sur la pègre des rues, avec les petits dealers à la sauvette, les gens qui se font descendre au coin d’un trottoir dégueulasse, et ce film là m’a touché extraordinairement. Ça a été pour moi une révélation. C’est difficile d’en parler sans raconter la fin, mais disons que son coté dramatique m’a marqué à tout jamais. Quand je développe des projets, quand j’écris des histoires, quand je travaille, même dans la musique que je compose d’ailleurs, je sens l’ombre de ce film et son ultra-dramatisme pluvieux.

C’est pour ça que j’ai beaucoup de mal avec le cinéma Hollywoodien actuel, qui est très formaté. Le héros gagne toujours à la fin, ça brille partout… Et c’est pour cette raison que je me sens plus proche du cinéma Coréen et Japonais par exemple, pour leur touche de mélancolie. Et en Corée, le héros meurt très souvent à la fin. On a vu dans des blockbusters coréens des choses inimaginables aux Etats-Unis. Et je trouve ça magnifique, parce que le cinéma, et l’art en général, c’est la vie, mais la vie c’est aussi la mort. Et je trouve qu’avoir peur de parler de la mort, c’est avoir peur de parler de la vie. Quand des films arrivent à parler de la mort, c’est beau. Dans un film que je développe en ce moment, comme dans d’autres projets, la mort est extrêmement présente. Je n’ai pas envie de faire semblant qu’à la fin, on vive éternellement.

Tchao Pantin parle d’amitié, il parle de vie, il parle de tristesse, il parle de solitude, il parle de mort, je trouve ça magnifique. Il m’a touché au plus profond de mon être, non pas seulement dans la beauté du spectacle mais dans ce qu’il dit sur la vie.

Un grand merci à Rurik Sallé pour nous avoir consacré son temps pour cette interview, et on lui souhaite énormément de chance pour ses projets à venir !

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