Entretien avec Meryl Fortunat-Rossi & Xavier Seron, à la poursuite de « L’Ours Noir »

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Venu tout droit de Belgique, le duo Méryl Fortunat-Rossi/Xavier Seron fait le tour des festivals européens avec un étrange court-métrage sous l’épaule. Intitulé L’Ours Noir, il s’agit là d’une vraie ode à l’humour noir et au gore décomplexé, dans la droite lignée d’un Braindead ou d’un Evil Dead. Nous vous avions déjà parlé de ce court-métrage lors de La Nuit du Fantastique où il a fait un malheur, mais celui-ci était également présent au festival Court Métrange où il a également reçu un excellent accueil, ce qui lui a permis de remporter le Prix du Public de cette édition. Mais avant la remise des prix, nous avons pu rencontrer le duo afin de discuter avec eux de la production du film, de leurs influences ainsi que de leurs projets.

Bonjour Méryl Fortunat-Rossi, bonjour Xavier Seron, tout d’abord pourriez-vous un petit peu vous présenter pour le CinemaClubFR, qui va sûrement vous découvrir avec cette interview ?

M: D’accord, et bien je suis Méryl Fortunat-Rossi. Je suis réalisateur franco-belge et nous sommes donc à Court Métrange pour présenter L’Ours Noir, un court-métrage gore et drôle.

X: Et moi, je suis Xavier Seron et je suis l’autre moitié de L’Ours Noir. Je suis également réalisateur-scénariste et, pour le coup, 100% belge.

Quels parcours avez-vous effectués séparément et ensemble avant de réaliser L’Ours Noir ?

M: C’est un parcours commun parce qu’on a fait nos études en 2001 dans une école belge qui s’appelle l’IAD [Institut des Arts de Diffusion] et on était dans la même classe, mais curieusement, on n’avait jamais travaillé ensemble dans le cadre de nos études et on se fréquentait même pas à vrai dire. Et puis en sortant des études, on a eu l’idée de faire un film, qui n’a finalement jamais été fait, mais on a quand même réussi à en faire d’autres tels que Mauvaise Lune / (Très) Mauvaise Lune, notre précédent court-métrage, et puis maintenant L’Ours Noir, qui est notre deuxième co-réalisation. A côté de ça, chacun fait ses projets comme il le souhaite, il n’y a pas de mariage “à la vie à la mort”.

X: Un peu comme des musiciens qui se raccrochent à des groupes mais qui font aussi des albums solo de leur côté.

l'ours-noir-prixMéryl Fortunat-Rossi et Xavier Seron lors de la remise du « Prix du Public » au festival Court-Métrange

Au début de votre court, il est indiqué que vous vous êtes inspirés du guide du parc national Forillon au Québec. Vous pouvez développer, expliquer les origines du court ?

X: Le parc national Forillon existe bien et les règles qui sont reprises dans le film, aussi loufoques soient-elles, sont les vraies règles même si on ne les a pas toutes développées. Quand des gens partent à la rencontre de l’ours noir dans le parc Forillon, on leur donne ce petit guide pour les mettre en garde, pour qu’ils ne fassent pas n’importe quoi. Il y a un certain nombre de consignes à respecter. C’est ma petite sœur qui est revenue de son voyage au Québec avec ce guide et qui m’avait parlé des randonneurs avec leurs clochettes, le vaporisateur chasse-ours. Tout est vrai. On a à peine extrapolé dans le film et c’est incroyable de se dire qu’un randonneur qui s’aventure là-bas doit pouvoir distinguer un ours curieux d’un ours qui se comporte comme un prédateur. L’attitude à adopter n’est pas du tout la même. Si l’ours est curieux, il faut faire le mort mais s’il se montre agressif, il faut fuir ou se cacher dans un arbre. Cela dit, il faut savoir que l’ours peut grimper aux arbres et qu’il peut courir jusqu’à 55km/h donc ce n’est pas gagné.

Donc toute l’histoire qu’il y a autour de l’ours dans le film est vraie ?

M: Oui, tout est vrai, mis à part évidemment les exagérations visuelles avec le gore mais toutes les règles de base, le vaporisateur, le prix du vaporisateur, tout cela est vrai.

X: D’ailleurs, même dans la réalité, l’ours noir n’est pas noir. On nous pose souvent la question à propos de la couleur de notre ours. L’Ours Noir est en fait l’appellation commune pour désigner l’ours américain. Cela dit, notre ours à nous est vraiment noir à l’intérieur. C’est François Ebouele , l’acteur qui joue le vendeur ambulant qui se cache sous le costume de l’ours.

Justement, à ce propos, d’où vous est venue l’idée du costume de nounours pour représenter l’ours ?

M: Premièrement, pour créer un effet comique et puis on n’avait vraiment pas les moyens de prendre un véritable ours. On ne voulait pas non plus d’un costume réaliste qui risquait quand même de passer pour une mauvaise imitation. On a aussi choisi un nounours parce que c’est la vision qu’ont certains randonneurs, qui vont se promener dans la nature comme dans un parc d’attraction. D’ailleurs il y a un parc américain qui a dû fermer à cause de ça car les gens se prenaient en selfie avec les ours. Ils se comportent avec eux comme avec le nounours de leur enfance alors que ce sont des bêtes sauvages. C’est donc pour ça qu’on a décidé de représenter l’ours de cette manière.

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Quelles ont été vos inspirations principales, notamment pour l’humour ?

X: Je pense qu’on a pas mal parlé des Monty Python, avec Sacré Graal évidemment, pour le côté absurde des situations et la réaction des personnages. On a aussi pensé, pour les effets gores, aux premiers films de Peter Jackson ou bien à Mars Attacks! pour le côté kitch et décalé.

M: Même aussi Délivrance, avec le groupe de copains qui se retrouve en forêt et qui part pour un voyage sans retour, la guitare qui rappelle un peu le duel de banjo et puis la scène où l’ours se montre un peu « trop affectueux ». Ce n’était pas notre but de montrer des références, c’est plutôt ludique. Pour ce film là, il fallait que le spectateur puisse jouer avec des codes. C’est un film qui s’inspire beaucoup de l’imagerie des années 80, la période dans laquelle on a grandi au cinéma. Le spectateur doit vraiment pouvoir s’amuser, dans ce type de film, avec des comparaisons à d’autres films. Mais dans les autres projets qu’on fait, il n’y a pas nécessairement des références aussi appuyées ni même de citations.

Comme vous le dites, le film est un grand délire fun et gore, je pense que le tournage devait l’être autant non ? Ou bien c’était un vrai calvaire ?

M: Calvaire peut-être pas, mais c’était parfois tendu. Il y avait énormément de gens pour faire ce film. Comme on tournait en forêt, il fallait déplacer toute l’équipe, monter des tentes pour faire des loges régie/maquillage et pour manger, faire attention aux avions qui passaient, attendre le soleil car le facteur météo était vraiment important. Et puis même pour les comédiens, il fallait faire en sorte que les effets spéciaux soient les plus crédibles possible au niveau des raccords, ce qui fait que certaines scènes ont été tournées en une ou deux prises seulement. Comme ils sont propres au départ, s’ils finissaient couverts de sang, il faut tout nettoyer, tout laver, leur remettre des habits propres, et ça dure quasiment 2h, donc tout le monde est vraiment tendu.

X: On avait un nombre limité de jours pour faire le film, ce ne serait pas rentré dans le plan de travail. C’était impossible de prendre 2h entre deux prises pour tout remettre en ordre donc on savait que pour tous les plans vraiment gores, on n’avait pas le droit à l’erreur. Évidemment les comédiens sentent bien cette pression. Ce n’est pas forcément l’ambiance idéale pour être décontracté mais on a quand même eu de nombreux fous rires lors du tournage.

M: On va dire qu’en avançant dans le film, une fois qu’ils étaient sales et plein de sang, on était bien plus reposé. Vu qu’on avait déjà testé les effets et qu’on savait qu’ils fonctionnaient, qu’on n’avait plus à se soucier du lavage des habits, on ne faisait que les re-salir en permanence, au fur et à mesure, tout le monde se décontractait. Mais les premiers jours ont été assez difficiles.

X: C’était notre premier film dans ce genre et après avoir fait gicler autant d’hémoglobine, on ne peut que respecter tous les gens qui pratiquent le cinéma gore parce que c’est vraiment quelque chose de très technique et qui nécessite beaucoup d’efforts.

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Au moins, l’effort a porté ses fruits, car je suis allé voir le film trois fois au cinéma, une fois lors de la Nuit du Fantastique, une autre fois lors de la séance Court-Métrange et enfin lors de la projection des films primés et à chaque fois, la salle était morte de rire. Vous êtes satisfaits que votre film connaisse un tel succès ?

M: Tu es bien le premier à l’avoir vu trois fois, à part les membres de l’équipe (rires) ! A mon avis, le court-métrage c’est un type de film très spécifique. On a pas de réel plan de carrière, donc dès que Xavier et moi on a une possibilité, on se lance juste en se disant que l’on veut en faire le plus possible, et le mieux possible comme pour L’Ours Noir où on a juste décidé de mettre le paquet sur les effets gores et visuels, même si il y a plein de choses qu’on a malheureusement pas pu tourner. Et ça me rappelait mon adolescence, quand j’allais à Clermont-Ferrand voir LE court-métrage qui faisait rire tout le monde alors forcément, pouvoir faire ça aujourd’hui, c’est quelque chose d’assez précieux qu’on a envie de savourer, mais cela ne veut pas dire que tout est réussi dans le film et que notre prochain sera aussi réussi. Il y a des blagues qui marchent dans le film et d’autres pas.

X: Après, c’est normal qu’un réalisateur soit aussi critique sur son travail car ce film, on l’a tellement vu en post-production qu’une fois qu’on arrive à la fin, on finit par le détester. C’est pour ça que les séances en public sont agréables car ça nous permet de redécouvrir le film à travers le regard des spectateurs, même si chaque salle est différente. Certaines blagues du film font mouche à chaque projection, par contre d’autres, comme celle du Bear/Belgian Beer n’ont pas toujours du succès. Lors de la séance Court Métrange ça rigolait mais je sais que dans d’autres festivals on entendait les mouches voler.

M: Je me faisais aussi cette réflexion. Mais je pense que ça s’explique par le fait que comme on est dans un festival de genre, le public s’attend à voir des choses qui sortent de l’ordinaire, qui sont totalement décalées. Ils viennent pour voir ça, alors que dans des festivals plus généralistes, le public réagit différemment. Par exemple, avec les premières blagues du film, les gens hésitaient à rire car ils ne savaient pas si c’était du premier ou du second degré alors qu’ici, les gens sont là pour se marrer et en prendre plein les yeux alors du coup ils sont conscients du ton du film dès le début.

Quel est votre avis sur la place du cinéma de genre en France ?

M: Je pense que ce cinéma se porte bien. Ici, c’est notre premier festival fantastique avec L’Ours Noir. Il y en aura d’autres. On découvre ce milieu grâce aux nombreux festivals de ce style en Europe, et on s’aperçoit qu’il y a énormément de festivals sur le cinéma de genre en France, que ce soit pour les courts ou pour les longs métrages. À Court Métrange, tous les films qui ont été diffusés semblent tous très bien produits. Ce n’est pas seulement trois copains qui bricolent, même si ça peut donner des trucs géniaux. Ici on sent que les réalisateurs ont un certain savoir-faire et aussi des moyens pour réaliser leur court-métrage. C’est assez encourageant. Il faut garder l’esprit des trois copains qui bricolent un film durant tout un week-end car ça peut donner de très bonnes choses. Mais on sent qu’il y a aussi une évolution et que certains films, comme le nôtre bénéficient du soutien d’Arte ou bien d’autres chaînes, ce qui montre que le paysage audiovisuel peut évoluer et s’ouvrir au genre.

X: Cela dit, on parle ici de court-métrage uniquement. Pour les longs métrages ça semble plus compliqué.

M: Mais il existe toujours le marché de la VOD en parallèle et il y a toujours autant de festivals qui présentent toujours autant de films, ce qui prouve bien qu’il existe encore un vivier créatif en France pour ce genre de films.

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Question plus personnelle : Quel a été le premier film qui vous a profondément marqué et pourquoi ?

M: J’en ai plusieurs mais je pourrais te dire S.O.S. Fantômes, Star Wars, Indiana Jones et Certains l’Aiment Chaud avec Marilyn Monroe.

X: De mon côté, ce serait surtout Les Dents de la Mer. Je n’osais plus aller à la piscine après l’avoir vu. Sinon, je suis un grand fan de Bertrand Blier, et j’ai découvert Buffet Froid assez jeune, je ne comprenais pas tout, mais ça m’avait pas mal chamboulé. Et j’ai aussi un grand souvenir avec mon père, qui n’aimait pas trop le cinéma mis à part les westerns spaghettis et avec qui j’ai découvert Le Bon, La Brute et le Truand.

M: Quand je retourne au cinéma, et que je trouve qu’un film est une bombe atomique, c’est quand je redeviens l’enfant au cinéma, non pas pour regarder les films popcorn mais où vraiment je suis absorbé du début à la fin. Malheureusement, cela devient rare et pour ces 10 dernières années j’en ai 3 en tête: Casino Royale, Good Morning England et Whiplash.

Avez-vous de nouveaux projets en prévision ?

M: Oui… Voilà! (rires) Non plus sérieusement, on a deux projets dont un qu’on va tourner en décembre et en janvier qui s’appellera Le Plombier, qui sera entièrement en Noir & Blanc et qui traitera du doublage pornographique avec une histoire d’amour timide.

X: On avait vu un reportage sur le doublage d’un film porno en Allemagne. C’est très particulier car en plus de doubler les dialogues, les comédiens doublent aussi les bruitages des scènes de sexe, ce qui est déjà assez drôle. Dans ce contexte un peu trivial naît l’amorce d’une possible histoire d’amour avec ses petits moments de maladresse, de gêne. C’est presque romantique, alors qu’ils sont en train de doubler du porno hardcore. C’est ce décalage qui est propice à la comédie, tout comme le jeu du hors-champ, où le son et l’image ne correspondent pas toujours et ça donne un assemblage amusant.

M: On a aussi un autre projet avec des poissons cannibales, qui se nommera Tilapiattack !

X: Oui… enfin bon, le titre du film n’est pas très sur…

M: Le film non plus d’ailleurs ! (rires)

X: C’est vrai mais bon, après L’Ours Noir, malgré le tournage un peu stressant, on avait quand même envie de remettre le couvert avec le genre, dans un format un peu plus long. Et ce sera donc l’histoire de tilapias voraces et super résistants.

Que de projets prometteurs ! Merci beaucoup pour avoir accordé votre temps pour cette interview et espérons que le succès soit au rendez-vous pour L’Ours Noir dans ses prochains festivals grâce à son Prix du Public Court Métrange !

Si vous désirez voir L’Ours Noir près de chez vous, renseignez vous sur la page Facebook du film à l’adresse https://www.facebook.com/OursNoir.film où sont annoncées toutes les projections à venir. Mais si vous êtes impatients de découvrir le film, il sera diffusé sur la chaîne Arte le 6 novembre lors de l’émission Court Circuit : Spécial Trash

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