Entretien avec Lorenza Izzo, l’enfer au vert / Green Inferno

No Comment

A l’occasion de la sortie de Knock Knock et Green Inferno, nous avons pu rencontrer Lorenza Izzo dans la magnifique Villa Kiehl’s à Deauville aux côtés des sites http://leschroniquesdecliffhanger.com et http://mondocine.net/. L’occasion pour nous d’en savoir un peu plus sur son début de carrière ainsi que les deux films dans lesquels elle débute et ce, de son point de vue. Une rencontre sympathique et détendue avec une actrice qu’on espère revoir bientôt à l’affiche. Nous vous proposons donc de retrouver l’interview ci-dessous.

Dans Green Inferno vous jouez la victime des cannibales tandis que dans Knock Knock vous êtes le bourreau de Evan. Comment se passe la transition entre les deux rôles ?

C’est génial, parce que je suis passé du rôle de la victime dans Green Inferno à celle du tueur dans Knock Knock. Mon personnage a une certaine masculinité avec laquelle elle joue beaucoup, elle manipule la situation et joue avec cet homme (Evan, NDLR) avec l’aide de Bel bien sûr. Je suis très contente que les deux films sortent presque en même temps, avec des personnages très différents. Justine était un très beau personnage à jouer qui au départ a des rêves, elle veut changer le monde. Combien de personnes veulent le faire en voyant un sans-abri ? Mais elle ne saisit clairement pas dans quoi elle s’embarque, et je pense que c’est une très belle évolution à regarder, le passage à l’âge adulte qui, je pense, touche beaucoup notre génération dans une société où l’on veut se faire bien voir grâce aux réseaux sociaux etc… Je pense que c’est un très bon commentaire de notre monde actuel et je pense qu’à la fin Justine comprend une leçon très importante qui la fait évoluer en tant que personne et en tant que femme. Même s’il s’agit d’un film gore et effrayant, le film propose un vrai commentaire social et j’aime faire partie de ce genre de films, tourner dans la jungle et me retrouver dans de vraies conditions. En fait, j’ai vraiment vécu à l’Université de Columbia en tant qu’étudiante pour quelques semaines et j’ai beaucoup observé et compris des personnes que j’ai vues. Genesis (son personnage dans Knock Knock, NDLR), c’était un autre monde. C’est difficile de rentrer dans le sujet de la maltraitance en tant que femme, comprendre ce qu’elles ont vécu petites pour devenir ce qu’elles sont maintenant. Mais c’était très drôle de jouer une psychopathe manipulatrice et de changer de personnalité toutes les deux secondes à travers un langage corporel différent. En tant qu’actrice, jouer un tel personnage est un beau challenge et je suis très heureuse d’avoir eu l’opportunité de travailler avec le même réalisateur qui me connaissait très bien et qui a poussé ces limites plus loin que n’importe qui.

Genesis est un personnage qui séduit un père de famille pour le détruire dans sa propre maison. Quel a été pour vous le plus gros défi dans ce rôle ?

J’ai abordé le personnage de Genesis avec beaucoup de respect. Vous devez comprendre que lorsqu’on voit un tel personnage, aussi fou, on a souvent besoin de comprendre pourquoi il agit de la sorte. Et ce que j’aime beaucoup dans ce film, c’est qu’il ne s’excuse pas pour ses personnages, il ne vous dit pas leur passé. Elles pourraient être folles, sans raison particulière, ou des femmes très troublées, voire même des actrices qui jouent un rôle. Cela rend le film très beau, c’est une vision fraiche du cinéma. De nos jours, les films à gros budget sont très simples : un héros qui sauve le monde. Je pense que ce film part du principe que ses spectateurs sont intelligents et qu’il auront leur propre conclusion. Pour moi, le challenge avec Genesis était de la rendre réelle, une vraie femme / adolescente / jeune adulte qui peut porter des chapeaux différents et constamment changer de personnalité pour obtenir ce qu’elle veut de la situation. La part la plus difficile était de lui trouver une backstory. Pour cela, j’ai travaillé avec ma partenaire Ana de Armas, une actrice cubaine fantastique avec qui j’ai eu beaucoup de plaisir à travailler. On se voyait régulièrement pour parler de notre backstory. Et c’était très personnel, ça ne veut pas dire que c’était écrit dans le script. Eli nous disait que nous étions des filles tourmentées qui comme une famille et ont eu une enfance très difficile. Je pense qu’elles ne font pas ça à l’homme de famille uniquement pour le détruire, c’est plutôt une forme de thérapie, comme d’autres personnes qui mangent ou prennent des drogues (rires). C’est une manière pour elles de se confronter à ce qu’elles ont vécues enfants. D’un autre côté, je pense que c’est aussi une croisade du féminisme, une jolie allusion à ces femmes qui montrent aux hommes qu’elles ont le contrôle. Genesis et Bel vous laissent dans votre chaise à vous demander : est-ce leur faute ? La faute de la femme ? La faute du père de famille ? C’est un rôle très intéressant à jouer pour lequel il faut être très réaliste et comprendre le sujet très sombre et difficile qu’est la pédophilie, la maltraitance. C’était un vrai challenge, mais je me suis éclatée à détruire Keanu. C’était très drôle et très facile (rires).

Knock Knock (2)

En fait, tourner avec Eli Roth est un bon exercice : vous avez eu le bon et le mauvais rôle.

C’est vrai, je suis extrêmement reconnaissante, je n’arrive pas à croire les opportunités que j’ai eues. Que ces deux films sortent aussi proche l’un de l’autre proposent deux histoires différentes. Vous avez Justine, version calme de moi-même – pas vraiment (rires) et Genesis, une psychopathe. Des gens sont venus me voir en me disant j’ai peur de toi, je ne t’aime pas et je leur ai répondu que j’étais très gentille, et qu’ils devraient regarder Green Inferno pour s’en rendre compte ! Je me sens très chanceuse. Je suis hispanophone, du Chili, et je suis tellement heureuse que ça m’arrive que je me pince pour en être sûr. Je suis arrivée à Los Angeles avec un rêve immense qui commence à devenir une réalité. J’aime beaucoup Eli et travailler avec lui, c’est un maître du dialogue et pour raconter une histoire. Il a une compréhension des dialogues que peu de réalisateurs ont. On tourne jusqu’à avoir la scène parfaite mais il laisse une marge d’improvisation. Avec Knock Knock, j’ai trouvé moi-même le coup du beurre de cacahuète et du sirop. J’ai aussi travaillé avec la même équipe et le photographe est spectaculaire. J’aime beaucoup les tons et les couleurs et la caméra plutôt lente dans Knock Knock alors que Green Inferno commence comme un film classique sur Manhattan mais tourne vite en horreur avec une caméra qui bouge beaucoup. J’adore travailler avec des gens qui racontent leur propre histoire : la caméra en raconte une et les personnages en racontent une autre. J’adore travailler avec une équipe chilienne qui montre le talent chilien. Ils vont me manquer, tourner avec eux, c’est presque comme tourner avec de la famille et Knock Knock a été tourné à Santiago au Chili. Je ne l’ai dit à personne, mais la ville ressemble beaucoup à Calabasas à Los Angeles, avec la Cordillère des Andes en plus. Mais avec Photoshop, vous pouvez toujours retoucher ça. Je suis très heureuse que les deux films sortent en même temps pour que les spectateurs puissent voir, en tout cas je l’espère, que je peux faire deux choses différentes car je ne veux pas spécialement être étiquetée comme une Scream Queen, même si j’aime bien l’appellation. Je pense que Knock Knock n’est pas un film d’horreur.

Le plan à trois est réussi, très visuel.

Sexy, pas vrai ? J’étais si nerveuse, même s’il y avait des doublures !

C’est à ce moment que les deux femmes piègent Evan. J’ai toujours entendu que les scènes de sexe étaient difficiles à jouer. Était-ce le cas ici ?

(rires) Avec mon mari derrière la caméra vous voulez dire ? Une petite histoire pour vous. Je n’avais jamais fait de scène sexuelle auparavant. Jamais. C’était ma première, réalisée par mon mari, et elle n’était même pas classique, c’était un plan à trois ! Le jour même, j’ai vraiment peur, j’en tremble. Keanu et Ana, très professionnels, se moquent de moi et me demande pourquoi je suis si nerveuse. Je leur réponds : « les gars, mon mari me filme au lit avec un homme et une femme. En quoi est-ce normal ? » (rires). Eli vient me voir et me dit que c’est mon personnage, Genesis. Je lui réponds « Ne me parle pas de tes conneries artistiques, techniquement, c’est bien moi et pas mon personnage ! ». Et au final, l’ambiance était très professionnelle et assez embarrassante, Ana, les seins à l’air qui me dit « Allons-y ! ». C’était très libérateur. Ça n’est pas du tout sexuel, c’est très bizarre et drôle. Nous avons eu de la chance qu’Eli trouve de très bons doubles pour que tout ce qui est vraiment sexuel ne soit pas vraiment fait par nous. C’est très bien fait, vous ne le sauriez pas si je ne vous l’avais pas dit.

Eli est un très bon réalisateur mais aussi un acteur incroyable. Comptez-vous aussi vous mettre à la réalisation ?

J’aime beaucoup votre question ! J’ai rencontré Eli lorsqu’il produisait et jouait dans Aftershock et je lui donnais quelques astuces. Ensuite, j’ai joué dans Hemlock Grove pour la télé qu’il a produit puis dans Green Inferno qu’il a réalisé, et enfin Knock Knock. J’ai beaucoup travaillé avec lui et je pense que c’est un réalisateur incroyable. Cependant, j’adorerais réalisé un film dans lequel il joue. Je dois m’entrainer et apprendre, mais j’aime beaucoup écrire et les séries TV, surtout avec ce que font HBO, Amazon et Netflix. C’est beaucoup plus facile de raconter des histoires plus longues avec davantage de personnages. Mais j’ai le fantasme de réaliser un film dans lequel il joue pour lui dire « Je suis le boss ! » (rires).

Knock Knock (4)

C’est drôle parce qu’Eli est votre mari et Knock Knock parle de…

Tromper, hein !? (rires)

Exactement ! Knock Knock veut-il dire « ne blaguez pas avec le mariage ! » ?

Vous savez, le film peut transmettre beaucoup de messages. Il peut parler de ça, mais aussi comme dans la version alternative du film où les filles n’existent pas, la destruction de la maison étant en fait Keanu qui devient fou parce qu’il ne supporte plus sa vie. Il y a beaucoup d’interprétations au films. Eli et moi avons une très bonne relation de travail parce que nous nous sommes rencontrés sur les plateaux. Lorsque nous tournons, nous sommes réalisateur (ou producteur) et actrice, et c’est la seule manière qui fonctionne. Je ne sais pas si vous êtes mariés ou si vous avez une petite amie ou un petit ami, mais vous ne voulez pas travailler avec eux et agir comme un couple au travail. Vous devez faire une séparation. J’apprends tellement grâce à lui et je suis très reconnaissante des opportunités qu’il me donne. Je crois que vous pouvez être trop vite appelée « la femme de » ou « la petite amie de » alors que tout ce qui compte est le travail sur l’écran, ce que je valorise tout le temps. Knock Knock était un projet super, mais je pense que nous allons chacun aller de notre côté. Il va tourner un gros film de requins et je pense que je vais creuser davantage dans les comédies et d’autres films de ce genre.

Genesis et Bel utilisent les réseaux sociaux pour torturer Evan. Pensez-vous que Twitter, Facebook, Instagram ou Snapchat peuvent avoir un pouvoir si destructeur ?

 Oh, oui, complètement (rires) ! Vous vous rappelez des fuites de photos d’actrices ?

Oui !

C’était impressionnant, et si c’était arrivé plusieurs années plus tôt, je ne pense pas que Jennifer Lawrence aurait eu un travail en tant qu’actrice. C’est révélateur de la société actuelle, avec de plus en plus d’invasion de la vie privée. C’est facile d’avoir sa réputation détruite, mais un mois plus tard, les gens oublient. Dans le cas de la mort sociale d’Evan, c’est différent. Vous plongez dans un genre d’acte sexuel / viol sur Facebook pour des enfants, et je pense que c’est le message : à une époque où tout est si facilement accessible, il doit y avoir des limites. Facebook ne doit pas être mis à disposition d’enfants si vous faites ce genre de chose. Évidemment, il ne planifiait rien de tout ça ! C’est un commentaire intéressant sur l’absence de limites des réseaux sociaux. Pour moi, c’est très effrayant de penser à ce qui va arriver, avec le développement du contenu adapté comme les story sur Snapchat et les stars de YouTube. Tout dérive vers les petits écrans de téléphone. Est-ce que la vie sociale est réelle ? Genesis étant de sa génération, elle détruit Evan dans son monde parce qu’il est beaucoup plus vieux et ne sait pas vraiment ce qu’il fait. C’est un vrai contraste entre deux générations et ce que la technologie peut vous faire.

lorenza-izzo-green-inferno-3
Un mot sur vos futurs projets ?

Je veux faire beaucoup de choses ! Je veux travailler avec Michael Bay ! J’ai beaucoup de rêves et je suis très pressée que ces films sortent pour que les gens voient mon travail. Ce qui est génial avec les films indépendants, c’est que vous pouvez caster les personnes que vous souhaitez et Eli m’a donné l’opportunité d’être dans un film avec Keanu Reeves. Je pense que ça va aider à montrer mon travail. Pour l’instant, je suis entre plusieurs projets dont je ne peux pas parler parce que je suis très superstitieuse (rires) ! Et tant que je ne le signe pas, ce n’est pas fait (rires). Mais j’ai bien une rom com prévue sur Netflix appelée Sex Ed avec Haley Joel Osment, un acteur brillant. J’aime beaucoup la comédie, c’est un genre très dur à jouer mais je l’apprécie beaucoup. Je suis pressé d’explorer autre chose que l’horreur mais j’aime beaucoup les thrillers et j’aimerais beaucoup faire un grand film d’action. J’adorerais être James Bond (rire). Mais pas la Bond Girl ! Je veux être James Bond. Je veux botter des culs. Mais c’est très difficile de nos jours, avec Hollywood contrôlé par des gens terrifiés qui ne savent pas ce qu’ils doivent faire. Ils font de grands films de super-héros qu’ils pensent voir réussir. Je pense que vous, en tant que journalistes, voir les mêmes stars constamment doit être ennuyeux. Mais je pense qu’ils sont aussi hésitants de changer de stars. C’est une période compliquée mais intéressante parce que beaucoup de choses se passent sur la télévision et au cinéma en même temps. C’est pour ça que j’aime faire ce genre de film parce que vous pouvez travailler sur des scripts que les grands studios ne pourraient pas produire.

Vous avez dit que vous aimez la comédie mais aimez-vous les films d’horreur ? Après avoir tourné dans Aftershock, Green Inferno, Knock Knock…

Pas vraiment… (rires) Avant Aftershock, je ne pouvais pas regarder de films d’horreur, j’avais peur de tout et je criais tout le temps (rires). Particulièrement si c’est religieux. Mais pour Green Inferno, j’ai pu, et c’était fun. Et je ne pense pas que Knock Knock soit de l’horreur mais plus un thriller psychologique. Donc pour répondre à votre question, non, je déteste les films d’horreur sauf si je joue dedans ! (rires)

Un énorme merci à notre rédacteur Martin Hervieu pour sa traduction.

Balance ton commentaire

Back

En juin au cinéma et en vidéo

06/06 Le Cercle – Rings (DVD/BR)
14/06 Transfiguration
14/06 La Momie
21/06 It Comes at Night
21/06 La 9ème vie de Louis Drax (DVD/BR)
21/06 Eat Local (DVD/BR)
22/06 The Bye Bye Man (DVD/BR)
21/06 Underworld : Blood Wars (DVD/BR Steelbook)
27/06 Phantasm II (BR)
28/06 The Last Girl
28/06 Clown (DVD/BR)

FILMS D’HORREUR ET POP-CULTURE

Votre dose quotidienne d'hémoglobine. Des films d'horreur aux séries TV, en passant par la pop-culture, nous décryptons l'univers horrifique à travers des vidéos et créations originales dénichées par notre rédaction | LA TEAM CCFR | CONTACT | MENTIONS LÉGALES

SHARE

Entretien avec Lorenza Izzo, l’enfer au vert / Green Inferno