Entretien avec H.P. Mendoza et son expérience fantasmagorique

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H.P Mendoza est l’un des rares réalisateurs à offrir aux vrais fans de cinéma fantastique une bonne raison de continuer à découvrir de nouveaux films. Bassiné par tellement d’absurdité depuis tant d’années, le réalisateur propose une nouvelle vision du film épouvante à la sauce nippone. Avec I am Ghost, il signe une pépite indépendante qui fera certainement rougir les grands studios hollywoodiens. Retour sur son premier long-métrage…

I am a Ghost est votre premier long-métrage, comment vous est venu l’idée de ce film ?

J’ai grandi avec Christian Cagigal, le magicien, qui organisait et organise toujours des « Ghost Tour » à San Francisco. On parlait tout le temps de fantômes et nous étions persuadés que les apparitions n’étaient rien d’autre que des enregistrements d’empreintes émotionnelles. J’ai eu cette idée fantasque de réunir des cassettes VHS illustrant les souvenirs de personnes projetés partout dans le monde ce qui donnerait l’impression de voir des fantômes partout. Lorsque j’ai pensé à comment convertir tout ça en film, j’ai joué sur le fait d’avoir un long-métrage qui ne représente que des enregistrements de souvenirs, qui se répèteraient encore et encore jusqu’à ce qu’ils forment le bon souvenir qui résoudrait le mystère autour de l’assassin. Mais j’aime trop les dialogues. Donc j’ai écrit un script que j’ai partagé en quatre avec 30% de souvenirs répétés, 30% de discussions entre un fantôme et un médium et 30% de « film d’horreur traditionnel ». Les 10% qu’il reste n’ont été qu’une notion romantique que j’avais en tête comme si Emily Dickinson était morte de chagrin et qu’elle avait laissé et dissimulé des poèmes inachevés dans la maison.

– L’une des originalités de ce film réside dans sa manière de filmer, pourquoi avez-vous opté pour ce style ?

Les films qui m’ont le plus effrayé se déroulent dans les années 60, 70 et peut-être quelques-uns des années 80. Mais mon objectif n’était pas de reproduire une réplique exacte des films de cette époque. Je voulais faire ressentir au public ce que je ressens quand je regarde ces films. Donc, j’ai fait ce que j’ai pu pour qu’il se sente mal à l’aise et nostalgique. J’ai même entièrement cadré le film de façon à ce qu’il regarde un album photo en mouvement, avec un écran divisé entre autres. Même la police d‘écriture, en Friz Quadrata, me faisait sentir d’une certaine façon lorsque je la regardais, donc j’ai voulu ça pour mon film. C’est intéressant de voir à quel point une police peut créer une sorte de renouveau, dans un film d’horreur, rien que ça !

– En regardant votre filmographie, je vois que vous touchez à tout (Compositeur, acteur, effets spéciaux, cameraman…), sur I am a Ghost vous portez quasiment la totalité de l’équipe sur vos épaules, Est-ce une manière de contrôler votre vision du film ?

Peut-être bien. Je ne n’ai jamais vu ça sous cet angle. J’aime juste mettre en scène ce que j’écris. Et quand j’écris, j’ai de la musique en tête. Cependant, quand je joue, c’est souvent pour d’autres réalisateurs. Je n’ai pas réalisé Colma ou Yes, We’re Open ou Superpowerless. J’ai appris la leçon quand j’ai réalisé Fruit Fly. Lorsque j’ai dû effectuer un numéro musical avec Mike Curtis, après la première prise, il m’a regardé et m’ demandé :

« – Comment j’étais ? »
Ce à quoi j’ai répondu : « Ça m’embête de le dire mais je ne sais pas. Je suis censé ne pas te regarder avant le second couplet. »

Heureusement que je n’apparais que le temps d’une chanson.

I am a Ghost est votre premier film d’horreur en tant que réalisateur. Quelles ont été vos influences ?

Si je devais faire des analogies, je dirais que je voulais le côté anachronique des années 70/ victoriennes dans Picnic at Hanging Rock, la noirceur confuse de The Haunting de Robert Wise, la froideur de The Shining et la terreur de Texas Chainsaw Massacre. Je voulais aussi l’aliénation et la dualité de Persona d’Ingmar Bergman, la tragédie du one-man show Tru et la nature bouleversante de Sans Soleil de Chris Marker. Mon Dieu, quel bordel !

– Le film plonge le spectateur dans un cauchemar effroyable, être bloqué entre deux mondes, est-ce quelque chose qui vous fait peur également ?

Lorsque j’étais enfant, j’avais peur que tout autour de moi ne soit qu’un souvenir et que j’étais en réalité un vieil homme qui était tellement malheureux que j’étais resté bloqué dans mon enfance. J’avais également peur qu’en me coupant, je découvre un circuit imprimé sous ma chair à la place des os. J’avais même peur que mes émotions ne soient que des programmes encodés par quelqu’un qui voulait voir s’il était capable de reproduire un être humain. Bizarrement, j’étais obsédé par un passage de Pygmalion (pas My Fair Lady) où Eliza dit : « Oh Seigneur. Faites que je sois morte. Qu’est-ce que je vais devenir ? » Et même si ça n’a rien de surnaturel, je l’imaginais dans un état pire que la mort. Peut-être que ça signifie que je m’identifie vraiment au personnage d’Eliza Doolittle mais j’ai ressenti le besoin de créer le personnage d’un fantôme plus ou moins inspiré par Emily Dickinson.

– Sur le site internet officiel du film, plusieurs personnes tentent de percer le mystère autour du film. Certains parlent de transgenre, de religion… La confusion était-elle votre souhait ? Pouvez-vous nous donner votre vision des choses ?

Je ne veux pas en dire trop sur ma propre vision des choses tout simplement parce que je ne veux pas ruiner l’amusement qu’auront les gens. J’ai certainement écrit un mystère qui peut être élucidé facilement, mais il y a d’autres moments dans l’histoire que je préfère garder secrets. Je trouve très marrant de parler d’un film avec des gens et d’entendre différentes interprétations. Je me suis rendu à une fête de Noel le mois dernier et j’ai entendu pas moins de six interprétations différentes pour la fin de Birdman. Par contre, je vais vous dire : je ne posterai aucune interprétation ou analyse sur le site à moins qu’elle soit un minimum juste. Quelqu’un m’a envoyé une analyse expliquant que I Am a Ghost était une allégorie qui salissait la race blanche. Non, c’est complètement FAUX. Je ne posterais pas ce genre de chose.

– Anna Ishida est incroyable dans son rôle, c’est également son premier long-métrage, comment l’avez-vous repérée ?

Je l’ai suivie pendant un moment. On avait organisé une lecture pour une pièce de Morgan Luldow et je l’ai trouvée stupéfiante. Au fil des années, j’ai fini par la voir dans de nombreuses productions et j’étais fasciné par son intensité et sa voix. Lorsque je lui ai envoyé un e-mail en lui disant que je voulais travailler avec elle, je pensais que je n’aurais pas de réponse. Tout ce que je voulais c’est qu’elle soit d’accord pour travailler avec moi. Je crois que sa réponse a été un truc du genre : « Oh oui ! Plutôt deux fois qu’une ! » Je vous souhaite vraiment de l’entendre chanter un jour. Si seulement j’avais pu la faire chanter dans I Am a Ghost ! Elle possède une voix extrêmement puissante. Mais j’ai bien peur que vous ne deviez attendre le prochain film.

– Avez-vous d’autres long-métrages en préparation ?

Je me sens prêt pour le prochain film. Je ne pensais pas que je le ferai, mais je me remets à écrire une comédie musicale, comme je l’ai déjà fait pour Colma et Fruit Fly. Seulement cette fois, ce sera animé et fantastique mais aussi très très ringard. Et en même temps, j’aimerais refaire un film d’horreur, mais je dois décider entre deux scripts. L’un est une comédie alliant surnaturel et gore et l’autre est une comédie/ drame tout public mais tout de même horrifique. Je suis fait pour ce genre de travail.

Merci à Maxime C pour la traduction.

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