Entretien avec Kevin Greutert, monteur et réalisateur de la franchise Saw

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Octobre 2004, James Wan et Leigh Whannell défrayent la chronique dans les salles de cinéma avec leur film Saw. 12 ans plus tard, et 7 films au compteur, les méthodes sadiques du Tueur au Puzzle sont de retour pour un huitième volet appelé Saw: Legacy. Kevin Greutert revient avec nous sur ses débuts en tant que monteur sur les 5 premiers volets, sa consécration en tant que réalisateur de Saw VI, et sur les déboires autour de Saw 3D.

De ‘Georges de la Jungle 2’ à ‘Saw’

Avant de devenir monteur, Kevin Greutert a commencé comme assistant monteur, la plupart du temps sur des films de la compagnie Disney : « C’était si ennuyeux que je passais énormément de temps à bosser sur le bêtisier de fin de tournage ». Quelques semaines plus tard, Gregg Hoffman (producteur de la franchise) a été engagé pour trouver un film d’horreur à petit budget pour la société Twisted Pictures. Saw était créé : « C’était ma première expérience réelle en tant que monteur principal, alors j’étais surexcité. S’en est suivi une rencontre mémorable avec James Wan (le créateur de la saga ndlr.) qui m’a conduit en peu de temps dans l’euphorie du moment. »

Kevin Greutert savait que ce film allait être un gros succès : « Je pense que ce film peut aller loin » a t-il dit à sa petite amie en rentrant de son premier jour de travail. Cependant, personne ne voulait composer la musique du film : « Même après avoir effectué le premier montage, les gens n’étaient guère satisfaits. Nous l’avons montré à beaucoup de compositeurs, mais personne n’était intéressé à l’écriture de la musique, jusqu’à ce que l’on trouve Charlie Clouser« . Le premier screen test a été décisif : « J’ai vraiment senti leur mâchoire tomber pendant la révélation finale ».

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Kevin Greutert et Peter Outerbridge (Saw 6) Crédit : K.G

Nous connaissons tous la suite : Saw se rentabilise dès son premier week-end d’exploitation (18 millions de dollars, pour un budget de 1.2 millions). Au final, il totalisera plus de 103 millions de dollars au box-office mondial, soit 74 fois son budget. Un record. Un an plus tard Saw II (2005), puis Saw III (2006)Saw IV (2007) et Saw V (2008) exploseront également le box-office lors des fêtes d’Halloween.  « La plupart des films ayant aussi peu de budget ne sortent jamais en principe, donc j’ai eu de la chance d’atterrir sur le bon ».

‘Saw VI’ : ses premiers pas en tant que réalisateur

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Kevin Greutert et Caroline Cave (Saw 6) Crédit : Steve Wilkie

Avant d’être promu réalisateur de Saw VIKevin Greutert voulait quitter le navire pour une autre franchise (Paranormal Activity, le concurrent direct de Saw) : « Les producteurs me voulaient encore pour Saw V et Saw VI, mais je voulais partir. Quelques semaines plus tard, ils m’ont invité à dîner et m’ont fait une proposition : « Si tu montes Saw V, nous te laisserons diriger Saw VI ».

Passer de monteur à réalisateur lui a été très difficile: « J’étais très nerveux et je le suis toujours quand je réalise un film. Après tout, je dépensais plus de 11 millions de dollars venant de la poche de producteurs. C’était une responsabilité terrible. » Être réalisateur, c’est aussi imposer un style, une vision. Kevin Greutert l’a appris à ses dépens : « J’ai eu une très grande liberté concernant les personnages et les pièges, mais je n’avais pas mon mot à dire sur le twist ending (la révélation finale, marque de fabrique de la franchise, ndlr) ».

Son piège préféré ? « Le Carrousel dans Saw VI ! Mon dieu cette scène était très difficile à tourner. Ça nous a pris quatre jours. La plupart du temps, les équipes à l’origine des pièges s’inspiraient d’appareils médiévaux ou en visitant des sites internet spécialisés dans la torture : « Nous passions beaucoup de temps à nous dire ‘Quelle est la pire façon de mourir ?’ C’était un travail très étrange… ».

‘Saw 3D’ : Une torture en nouvelle dimension

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Anne Lee Greene (Saw 3D) Crédit : K.G

Le premier week-end a été catastrophique. Alors que le Saw V de David Hackl a engrangé plus de 30 millions de dollars, le sixième chapitre de Greutert n’a récolté que 14 millions. Le réalisateur hésite alors à rejoindre la franchise Paranormal Activity, mais les producteurs le forcent à tourner Saw 3D via une clause de contrat. Le piège s’est refermé sur lui. Kevin est parachuté dans l’équipe deux semaines seulement avant le début du tournage. Le script ne lui plaisait pas du tout : « Certaines choses ne fonctionnaient pas, et j’ai fait quelques modifications autour de l’histoire de Bobby (le personnage principal de Saw 3D ndlr.), j’ai voulu le rendre plus sympathique. J’ai également renforcé certains pièges. » 

Mais pour celui qui a consacré sept ans de sa vie à la franchise, le constat est un peu amer : « Je n’ai jamais voulu que le Dr. Gordon soit un collaborateur de Tueur au Puzzle ! J’ai pensé qu’il aurait pu s’attaquer au groupe légataire, mais on m’a refusé de raconter cette histoire. » 

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Sur le tournage de Saw 3D Crédit : K.G

S’enchaînent alors les problèmes de planning et de narration, un dur défi pour un jeune réalisateur : « Après la mort de John Kramer dans Saw III, c’est devenu très difficile de justifier sa présence dans les suites. Il n’y a que ce que nous avions planifié avant sa mort que nous pouvions montrer dans des flashbacks. Nous avons eu un gros problème concernant le planning de Saw 3D. Dans le scénario, à la fin de la scène d’ouverture (le piège publique) la caméra devait révéler John en train de regarder l’exécution parmi le public pour ainsi découvrir qu’il s’agissait d’un ancien piège. Et la fin du film révélait que Gordon était également aux côtés du Tueur au Puzzle. Mais à cause de conflits de calendrier, nous n’avons pas pu tourner cette scène. Je regrette de ne pas avoir eu la possibilité de l’ajouter au film. Nous supposons que c’est Hoffman qui a installé le piège, mais nous ne savons rien d’autre. »

« Quand j’ai réalisé le film, les producteurs ne le voyaient pas comme le dernier chapitre. Saw 3D ne devait pas être le dernier volet, les producteurs n’ont eu cette idée qu’au montage final ! Si j’avais su, j’aurais préféré voir Gordon dans le rôle du gentil. »

Si cette expérience a été douloureuse, Kevin Greutert ne serait pas réticent à l’idée de retourner à la réalisation du huitième et prochain volet, Saw: Legacy. Quel tordu !

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