Entretien avec Garance Marillier, la révélation du film Grave

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Depuis le dernier Festival de Cannes, un film génère de plus en plus de bruit, et pas qu’auprès du public connaisseur : Grave. Premier long-métrage de Julia Ducournau, ce film de genre français est couronné de succès partout où il passe (dont au FEFFS de Strasbourg ainsi qu’au festival de Sitges) et les distributeurs du monde entier s’en arrachent les droits. Et on peut dire que tout son succès est amplement mérité.

Habile mélange entre teen-movie, film cannibale et humour noir, Grave est un vrai petit bijou qui a toutes ses chances de devenir culte dès sa sortie le 15 mars prochain. Pour en savoir plus, nous avons eu la chance de pouvoir poser quelques questions à Garance Marillier, interprète de Justine, l’héroïne principale du métrage. L’occasion pour nous de discuter de son rapport avec le cinéma d’horreur, de son personnage dans Grave ainsi que des relations qu’elle entretient avec la réalisatrice qui l’a lancée.

CinemaClubFR : Bonjour Garance. Avez-vous eu un parcours particulier avant de vous lancer dans le cinéma ?

Garance Marillier : Non. Avant de participer au tournage de Junior en 2011, je n’avais aucune expérience dans ce domaine.

Votre première expérience d’actrice en tant que premier rôle fut donc avec le court-métrage “Junior”, également réalisé par Julia Ducournau. Depuis, vous êtes présente dans chaque projet de la réalisatrice. Comment est née une telle affinité entre vous deux ?

Julia et moi avons exactement le même fort caractère. Il y a un rapport très complice et fusionnel entre nous deux et ça aide toujours dans une collaboration comme la nôtre. On a pas besoin de se parler pendant des heures sur le plateau pour se comprendre et on sait très vite ce qu’attend l’autre. Il y a également moins de pincettes à prendre. Quand je suis mauvaise, elle me le dit “cash”. Tout est plus simple donc forcément, ça donne envie de continuer à travailler ensemble.

Avant de vous plonger dans son univers, étiez-vous déjà familière au cinéma de genre ?

Je n’étais absolument pas familière à ce genre de films et aujourd’hui encore, je suis incapable de regarder un film d’horreur. Pourtant, j’adore les films de Lynch et de Cronenberg mais dès que ça va plus loin (genre Saw ou Cannibal Holocaust), je ne supporte pas. En fait, je crois que Grave est le seul film d’horreur que j’ai vu et encore, ça ne compte pas vraiment !

« C’est grâce à des réalisatrices comme Julia Ducournau que de plus en plus de femmes oseront et trouveront leur place dans le cinéma qu’elles défendent. » Garance Marillier

On note que le personnage principal que vous incarnez dans “Grave” ainsi que dans “Junior” [qui parle également de “transformation”] se prénomment toutes les deux Justine. Faut-il y voir là comme une sorte de continuité entre les deux œuvres ?

Ça, c’est surtout l’interprétation du spectateur. Le prénom de Justine vient avant-tout de Justine ou les malheurs de la Vertu du Marquis de Sade. Il y a bien sûr une continuité mais ce n’est pas forcément la même Justine.

Parlons maintenant de votre prestation dans “Grave” : Avez-vous eu une certaine liberté dans la composition de votre personnage, notamment au niveau de son état d’esprit ? Je pense surtout à la scène “du miroir”, qui en dit beaucoup sur la métamorphose de Justine, uniquement grâce à votre jeu.

Oui, j’ai eu beaucoup de liberté pour incarner Justine. On a beaucoup discuté du personnage avec Julia lors des préparations et j’ai donné beaucoup de moi. Elle savait ce qu’elle voulait et étant donné que c’est une très bonne directrice d’acteurs, il n’y avait pas plus agréable que d’écouter ses indications et lui faire confiance.

[ATTENTION, LÉGERS SPOILERS] Concernant la scène du “miroir”, forcément j’y ai intégré au départ ma “danse”, cette manière de bouger mon corps de façon assez maladroite au début et au fur et à mesure plus affirmée. Puis, pendant le tournage, Julia me disait “Baisse le regard, lèche le miroir, etc…”, toutes ces indications. C’est notre manière de fonctionner toutes les deux. [FIN DU SPOILER]

Ce qui est très surprenant et plaisant dans le film, c’est son grand sous-texte féministe, qui met en avant la force et la détermination de la femme. Quelle est votre opinion sur la place de la femme dans le cinéma actuel en particulier horrifique ?

Je n’ai pas assez de connaissances du genre horrifique pour pouvoir donner mon opinion. Ce qui est sûr, c’est que c’est grâce à des réalisatrices comme Julia Ducournau que de plus en plus de femmes oseront et trouveront leur place dans le cinéma qu’elles défendent.

Évidemment que l’on perçoit un message féministe dans le film mais si cela avait été des personnages masculins, on aurait juste dit “Ouais, c’est un film contre le déterminisme”. Donc là encore, ce n’est pas uniquement un film féministe.

« Ce n’est pas [le « buzz » autour de Grave] qui m’offre le plus d’opportunités, mais avant-tout le film en soi et le travail que j’y ai mis dedans. »
Garance Marillier

Comment s’est déroulé le tournage avec vos deux autres compagnons de jeu, à savoir Ella Rumpf et Rabah Naït Oufella ?

Ma relation avec Ella et Rabah était vraiment trop bien. Rabah habite dans la même rue que moi depuis que l’on est enfants mais j’avoue qu’étant donné qu’il est plus âgé que moi, j’avais super peur de lui. Maintenant on s’entend comme chien et chat !

Avec Ella, on s’est connues très peu de temps avant le tournage mais ça a de suite accroché entre nous. On partage de nombreuses choses dans nos vies qui font qu’une relation fraternelle s’est vite créée entre nous deux.

Depuis sa diffusion à Cannes, mais surtout depuis sa fameuse projection à Toronto [où deux spectateurs ont été victimes d’un malaise], “Grave” connaît un buzz très important, surtout à l’international. Comment le vivez-vous ? Est-ce que cela vous a offert de nouvelles opportunités ?

Je ne fais pas attention aux “buzz” comme celui de Toronto car je ne pense pas que cela serve vraiment au film, tout comme je n’aime pas la façon dont les médias ont bêtement repris cela. De plus, ce n’est pas vraiment ça qui m’offre le plus d’opportunités, mais avant-tout le film en soi et le travail que j’y ai mis dedans.

En tant qu’actrice, quelles sont vos principales influences et inspirations ?

Je suis inspirée par beaucoup de choses un peu étranges et pas forcément que par des actrices féminines. Pour Grave par exemple, ma principale inspiration était les animaux, et plus particulièrement les fauves, pour ma manière de bouger. Je me suis aussi beaucoup inspirée de Wagner Moura, qui joue Pablo Escobar dans la série Narcos, pour son regard. Je trouve qu’il a une prestance et une force incroyable rien qu’avec son regard, et c’est ce que je voulais apporter à Justine lorsqu’elle commence à “changer” (pour ne rien spoiler).

Quel est le premier film, tous genres confondus, qui vous a le plus marqué ?

Je pense que le premier film qui m’a vraiment marquée, c’est Sueurs Froides (Vertigo) d’Alfred Hitchcock. Je devais avoir 10 ans quand je l’ai découvert et il m’a rendue complètement dingue. Sans rire, j’ai du le regarder au moins 20 fois dans les jours qui ont suivi tellement je ne m’en remettais pas !

Merci encore à Garance Marillier d’avoir accordé de son temps pour répondre à nos questions.

Grave de Julia Ducournau sortira le 15 mars 2017 dans les cinémas français, sous la distribution du Wild Bunch. Notre critique est disponible ici.

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