Le Bilan du festival Court Métrange 2015

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Il est rare que nous parlions de courts-métrages sur le CinemaClubFr mais cette fois-ci, à l’occasion du festival Court Métrange organisé au Ciné-TNB de Rennes (Bretagne) du 15 au 18 Octobre 2015, cela semblait être le parfait moment pour en parler. Cette année, le festival célébrait sa 12ème édition et premier constat, le public était fidèle à l’événement en rendant toutes les séances complètes, grâce à un nombre de préventes assez importantes, complétées par les places vendues le jour même. Un grand succès donc, accompagné d’une sélection de 66 courts-métrages tous de très bonne qualité et vous obtenez un festival idéal qui a toutes ses chances de continuer pour faire transmettre son amour du cinéma de genre à tous, et pour tous.

Car Court Métrange n’est pas qu’un simple festival de cinéma, mais est aussi un moyen de permettre à tout le monde d’accéder au monde du cinéma, que cela soit pour les spectateurs mais également pour les professionnels. Ainsi tout d’abord, pour la première fois cette année, le festival a organisé une “Séance Publique” proposant sous-titrages pour sourds-et-malentendants mais également un casque d’audio-description pour les personnes aveugles. Il y a évidemment eu quelques petits soucis techniques (ce qui est normal pour un premier essai) mais l’initiative est à saluer étant donné qu’il s’agit d’une chose encore assez peu répandue dans les salles de cinéma.

Court-Metrange-TNBLe Ciné-TNB, qui accueille chaque année le festival « Court Metrange »

Mais le festival sert également à de nombreux jeunes réalisateurs de pouvoir réussir à trouver un financement pour leur projet de court-métrage, par l’intermédiaire des “pitch datings”. Organisés depuis 4 ans désormais, ces rencontres permettent à une dizaine de réalisateurs de présenter leur idée pendant 20 minutes devant 8 producteurs (essentiellement de la région Bretagne) qui pourront choisir ou non de collaborer avec tel ou tel réalisateur afin de développer son projet. Dans le même domaine nous avons aussi la toute nouvelle initiative “The Review”, qui offre la possibilité aux jeunes de 12 à 19 ans, de présenter leur propre court-métrage de 10 minutes maximum, afin de le montrer à un jury de professionnels du milieu, qui en sélectionnera un qui aura l’opportunité d’avoir une diffusion à grande échelle dans de nombreuses soirées “Court Métrange” organisées dans l’année. L’idée même du festival est donc de rendre le cinéma (en particulier le cinéma fantastique) accessible pour tous, et cet état d’esprit est extrêmement pertinent compte tenu de la difficulté des films de ce style à se faire remarquer en France.

Mais parlons de la sélection en elle même, et ce qui est certain, c’est qu’il y en avait véritablement pour tous les goûts ! Du gore, du stressant, de l’expérimental, de l’artistique, tout le monde pouvait y trouver son bonheur, d’autant plus que les séances étaient classées selon le thème des films. Ainsi, certaines séances étaient plus dédiées à la découverte avec la séance “Pour nous, c’est sur, ils sont d’ailleurs”, d’autres dédiées à des styles plus artistiques comme “La séance élevée”, et enfin, pour terminer le festival, une séance horrifique/gore pure avec la “Carte Blanche Toxic”, concoctée par l’équipe “Toxic” du magazine “L’Ecran Fantastique”.

Court-Metrange-Salle
Il va être difficile de rédiger un compte rendu de chaque film présenté (nous en avons vu une trentaine en tout), c’est pour cela que nous allons davantage nous concentrer sur nos coups de cœur ainsi que ceux du jury (présidé par Christopher Priest, auteur du livre Le Prestige, adapté par Christopher Nolan en 2006).
Il ne faut toutefois pas oublier et surtout féliciter tous les courts-métrages proposés lors du festival car tous disposaient d’une réelle personnalité et d’une vraie âme qui se ressentait à l’écran dans leur travail et dans leur réalisation, qui viennent vraiment du cœur de leur créateur, quand bien même on ne peut pas obligatoirement les trouver à notre goût. Certains films ont certainement connu un développement chaotique et c’est pour cela qu’on ne peut que saluer tout le travail fourni dans chaque film.

Court-Metrange-JuryPrésentation de la « Séance Publique » par l’équipe et le jury du festival, mimé pour les personnes sourdes. 

Nous n’allons pas une nouvelle fois vous vanter tous les mérites de “L’Ours Noir” de Méryl Fortunat-Rossi et de Xavier Seron mais précisions toute fois que celui-ci a remporté le “Prix du Public(assez prévisible au vu de la réaction de l’audience pendant sa projection) et que vous pourrez retrouver une interview des deux réalisateurs ici même dans les jours à venir !

Commençons plutôt par le gagnant du Prix “Format Court”, qui permet au film lauréat d’être diffusé sur le site internet www.formatcourt.com, à savoir Corpus de Marc Héricher. Il est difficile pour ce film d’en faire une réelle critique car il n’a, à proprement dit, aucun scénario. Nous suivons juste une chute de dominos, un petit peu modifée et modernisée puisqu’il met en valeur les différents sens de notre corps. Le film est donc avant tout visuel et l’animation est vraiment convaincante, avec un réalisme plutôt bien rendu et je ne peux que vous inviter à le voir quand il sera disponible sur le site, à moins que vous ne privilégiez le scénario à l’image.

Si vous voulez un scénario bien construit et inventif, vous pouvez vous diriger vers Juliet, l’un de nos coups de coeur et attention, grosse claque en vue. Dans ce court métrage d’anticipation, nous assistons à la mise en rayon d’un nouveau robot, Juliet, une femme-robot d’abord vendu comme un simple “objet de plaisir” pour hommes célibataires, mais qui au fur et à mesure de ses nouvelles versions (présentées dans des pubs ressemblant curieusement à celles d’une marque à pomme) va de plus en plus devenir une vraie personne dotée de parole, créant la panique dans le monde entier. Tout d’abord véritable critique de la femme-objet (au début du court, on nous présente clairement Juliet comme la femme parfaite “car fait les taches ménagères et ne parle pas”), il nous questionne bien évidemment sur la limite à ne pas franchir sur la place du robot dans nos vies d’humains et le tout est tellement réaliste (notamment avec les faux-journaux télévisés) que l’on peut aisément se demander si cette histoire ne peut pas finir par devenir réalité. Flippant mais surtout extrêmement bien réalisé par le Français Marc-Henri Boulier, qui nous offre cette œuvre au concept qui mériterait d’être exploité pour un film plus long.

Juliet

Continuons dans le flippant avec The Subtitute, un autre coup de cœur. Un étrange malaise se fait ressentir quand on regarde ce film, où l’on suit l’arrivée d’une jeune institutrice remplaçante dans un lycée où les garçons ont une domination sinistre sur les filles. Le réalisateur, Nathan Hugues-Berry, fait en sorte de nous mettre entièrement à la place de cette jeune professeure perdue et confuse, ce qui fait que nous n’en savons pas plus qu’elle et nous découvrons donc à ses côtés la perversité malsaine des jeunes garçons et le silence pesant des filles Nous y apprenons les différentes règles sur le moment, mais le tout sans jamais nous les expliquer, ce qui rend la situation encore plus terrifiante, complétée par une révélation finale glaçante, histoire de finir le film dans la joie et la bonne humeur… ou pas. Une très bonne surprise, dotée d’une réalisation et d’une narration digne d’un grand film d’angoisse, qui vous mettra mal à l’aise pendant une petite demi-heure.

Mais si vous voulez un court-métrage qui à tout d’un long, foncez voir Teenland, film germano-danois de Marie Grahto, qui ici nous offre une photographie juste sublime. Si vous avez déjà regardé la série anglaise Utopia et que vous aimez ses couleurs très flashy mais sombres à la fois dans l’atmosphère qu’elles dégagent, vous serez aux anges pendant les 30 minutes de ce métrage, se déroulant dans une sorte de centre de ré-intégration pour jeunes qui prend plutôt la forme d’une prison. L’histoire va alors se concentrer sur Sally, nouvelle dans l’institution et de sa nouvelle amie, avec qui elle va vouloir essayer de s’enfuir de leur cellule. Une histoire très poignante, qui évoque la liberté de la jeunesse et de la femme, le désir de vivre comme nous le souhaitons, thèmes assez basiques mais cependant jamais représentés de manière clichée ni même exagérée. Une grosse claque visuelle avec de très belles scènes le tout sous un discours de liberté à voir vivement.

Teenland

De nombreux cinéastes ont donc misé énormément sur l’aspect visuel de leur oeuvre, tandis que certains arrivent à y ajouter un scénario apportant lui même une vraie ambiance au film, à l’instar de Dernière Porte au Sud, qui a gagné le prix « Beaumarchais ». En premier lieu, le film impressionne car il a été réalisé intégralement grâce à des marionnettes, et tous les mouvements des personnages sont extrêmement naturels et fluides, nous donnant presque le sentiment de voir un film d’animation alors que la réalité est tout autre. (Cela est également le cas avec le tout aussi bluffant The Mill at Calder’s End de Kevin McTurk qui rend par la même occasion hommage aux films gothiques de la Hammer de la plus belle des manières avec une technique impressionnante.) Pour en revenir à Dernière Porte au Sud, une telle maîtrise d’animation n’est pas surprenante étant donné que Sasha Feiner, le réalisateur, est un habitué de cette technique, qu’il a commencé il y a de cela 7 ans dans un fan film hommage à Gremlins (qui avait connu un petit succès sur YouTube à l’époque), mettant en scène ces terribles bestioles dans de nombreux classiques du cinéma. Aujourd’hui, et avec l’aide de la chaîne Arte, il a pu grandement améliorer ses techniques de marionnettes mais aussi en créant son atmosphère, très lugubre qui présente un jeune garçon à deux têtes vivant dans une immense maison en compagnie de sa mère. Un concept assez spécial qui multiplie les scènes intrigantes jusqu’au plan final prévisible, mais déprimant.

Une œuvre remplie d’innocence, mélangée à un univers dérangeant au possible, qui ne vous laissera pas indemne.

dernière porte au sudDernière Porte au Sud

En parlant de dérangeant, le court-métrage vainqueur des Méliès d’Or (qui récompense les œuvres internationales dans chaque festival européen et dont la finale les départageant se déroulera au festival de Stiges) rentre plutôt bien dans ce domaine. Intitulé Teeth, le thème du film peut se résumer à son titre : Les dents. En suivant le parcours de cet homme fasciné par les dents, on a un réel malaise qui s’installe au fur et a mesure du court, en le voyant maltraiter ses dents puis finalement les aimer au point de vouloir créer le dentier le plus parfait qu’il soit. Évidemment, l’animation (car il s’agit bien ici d’un film d’animation) est très saccadée et disproportionnée, ce qui amplifie le coté étrange, bizarre du film, qui se termine sur une petite note d’humour noir, totalement à propos ici. A voir le ventre vide au risque d’être très vite dégoûté.

Quant à Dead Hearts, nous avons plutôt affaire à un véritable conte macabre qui pourrait sortir tout droit du cerveau d’un Tim Burton. A la réalisation à mi-chemin entre un Wes Anderson et un Edgar Wright, Dead Hearts nous propose une histoire touchante entre un jeune garçon croque-mort et une fille de son âge qui est aveugle. Je ne vais pas en révéler plus sur le scénario mais on a ici affaire à une histoire adorable et touchante entre les deux jeunes amoureux, qui ne disent pas un mot de tout le métrage (qui est uniquement narré, ce qui fait rappeler les premières oeuvres de Burton, telles que Vincent) mais qui font véritablement ressentir leurs sentiments et leur amour mutuel, ce qui est assez fort venant d’acteurs aussi jeunes ! De plus, le film alterne très bien entre poésie macabre, comédie sentimentale et même scènes d’action rapides et nerveuses, le tout sans que cela soit choquant mais au contraire totalement approprié à l’univers décalé du métrage. Rajoutons à ça de l’humour noir parfaitement dosé et cela fait du court-métrage de Steven W. Martin est une très jolie petite histoire, mignonne comme tout, qui joue avec les codes de chaque style pour les exploiter pleinement en même pas 16 minutes. Moonrise Kingdom qui rencontre Mr. Jack, ça vous tente ?

dead heartsDead Hearts

Mais avant de vous dévoiler le grand gagnant de cette édition, le chroniqueur cinéma et jury Rurik Sallé (dont vous retrouverez également l’interview (passionnante) très bientôt) a tenu lors de la remise des prix à décerner son propre prix personnel pour le film Invaders de Jason Kupfer. Et en connaissant le personnage et en voyant le court, on comprend mieux pourquoi. Le film, nous racontant l’histoire de deux hommes choisissant le masque qu’ils veulent porter pour un cambriolage, se veut surtout complètement absurde avec ses deux bras cassés enchaînant les gaffes. Le pire, c’est que le film adopte une imagerie très thriller et crédible dans son début pour au final se terminer sur un bain de sang et sur un plan final hilarant. Ça dure juste 6 minutes, c’est débile, et c’est ça qu’on aime !

Et pour terminer, parlons du film qui a récolté pas moins de trois récompenses, le prix « Collège », le prix « France Télévisions » ainsi le Grand Prix du jury Court Métrange : The Karman Line de Oliver Sharp. Cette fois, pas de doutes possibles, le film a amplement mérité tous ses prix. Partant d’un concept, il faut le reconnaître, assez humoristique (Une femme qui s’envole progressivement de plus en plus haut dans les airs, sous le regard terrorisé et inquiet de son mari et de sa fille), le film va jouer avec le spectateur en commençant le métrage avec de l’humour typiquement anglais avec des dialogues prêtant à rire étant donné la situation, mais en le terminant avec de grandes séquences dramatiques, surtout lors du final poignant qui en a fait pleurer plus d’un dans la salle. Un film brillant, métaphore de la perte progressive d’un proche, réalisé avec beaucoup de simplicité et d’intelligence, se permettant même de questionner le public sur sa cruauté face à ce genre de situations et qui peut aussi malheureusement rappeler de douloureux souvenirs pour certains. Il est clair que le jury a fait le bon choix en offrant le Grand Prix à ce film.

Étant donné que le film a également remporté le prix France Télévisions, il aura le droit à une diffusion exclusive sur France 2 lors de l’émission “Histoires Courtes”… diffusé le Dimanche soir à 00h. L’horaire est tardif mais faites nous confiance, regardez le à tout prix, vous ne le regretterez pas.

The Karman Line

C’est donc ici que s’achève notre (grand) bilan du festival Court Métrange. Il est compréhensible que vous vous questionnez de l’utilité d’un tel dossier étant donné que mis à part quelques exceptions, il est difficile de pouvoir voir ces films mais il semblait important de mettre l’accent sur ce type d’œuvres, très souvent mis à l’écart par le grand public mais qui dispose d’une âme très visible et d’une énorme envie de bien faire de la part de leurs créateurs, tous passionnés par leur goût du cinéma, d’autant plus que certains parmi eux peuvent faire le tour des festivals (comme Juliet qui avait déjà été diffusé au Festival de Strasbourg) et cela peut donc faire office de recommandation si l’un de ces films passe près de chez vous.

Pour cela, je tiens personnellement à remercier l’association Court Métrange d’organiser ce festival depuis maintenant 12 ans et de pouvoir mettre en valeur ces pépites d’inventivité et de créativité pour le plus grand nombre, pas forcément habitué au cinéma de genre, et j’espère que ce festival continuera d’exister pendant très longtemps car, après cette première expérience dans le festival, je n’ai qu’une envie, c’est d’y retourner !

Court-Metrange-PhotoLe Jury de cette édition au grand complet (et costumé) accompagné de quelques réalisateurs.

PS : Rendez vous sur le site d’ici quelques jours pour découvrir l’interview de Méryl Fortunat-Rossi & Xavier Seron, réalisateurs de “L’Ours Noir”, ainsi que celle de Rurik Sallé.

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