FEFFS 2017 – Jour 9 et 10 : William Friedkin, le palmarès et des nanars à foison

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Retrouvez nos précédents comptes-rendus ici : Jour 1 et 2, Jour 3 et 4, Jour 5 et 6, Jour 7 et 8.

Après 10 jours plus qu’intenses en matière de découvertes plus ou moins plaisantes, le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg touche à sa fin. Mais l’organisation du festival nous avait réservé le meilleur pour la fin avec, entre autres, une rencontre phare avec William Friedkin mais également le palmarès tant attendu !

Jour 9 :

Metropolis de Fritz Lang :

Attention, film culte. Pour compléter la rétrospective « Humans 2.0 » en bonne et due forme, il était évident que le FEFFS n’allait pas faire l’impasse sur LE film qui a tout débuté et l’un de ceux qui a le plus défini l’imaginaire de la science-fiction, que cela soit au cinéma, dans le jeu vidéo ou encore dans la littérature, même encore aujourd’hui. C’est donc dans sa copie complète et restaurée que nous avons pu découvrir ou redécouvrir le chef-d’oeuvre de Fritz Lang, au cours d’une séance bien matinale.

Au bout des 2h33 que contient cette version définitive, impossible de ne pas constater à quel point la quasi-intégralité des propos et sous-textes liés à l’univers de la science-fiction ou de la dystopie étaient déjà présents depuis 1927. La lutte des classes, la création robotique, l’orgueil face à la divinité, tout était déjà exposé dans ce film et d’une manière complètement avant-gardiste. Bien sûr, les possibilités technologiques n’étaient pas les mêmes que celles dont disposent les grands studios actuels mais cela n’aura pas empêché Lang de créer des images tout simplement incroyables et désormais cultes, dont l’apparition du Moloch.

S’il faut bien constater qu’un tel film est assez lourd à regarder aujourd’hui, d’autant plus qu’il est intégralement muet, son impact sur notre pop-culture (même actuelle) est telle que sa vision est absolument indispensable pour quiconque s’intéresse de près ou de loin au cinéma fantastique et en particulier à son évolution à travers les âges. Félicitations au FEFFS d’avoir pu rediffuser un tel classique sur grand écran.

Note finale : 5/5

Sorcerer (Le Convoi de la Peur) de William Friedkin :

S’il y avait bien une rétrospective qui était attendue avec un impatience folle, c’était celle-ci. Non pas que la rediffusion unique de Sorcerer était un événement en soi, mais surtout parce que celle-ci était introduite par une master-class de son réalisateur, William Friedkin. Cela nous a ainsi permis de découvrir un homme humble, sincère dans sa démarche, loin d’être dénué d’humour et surtout très TRÈS bavard. La master-class devait à la base ne durer qu’1h30 mais elle aura fini par durer presque 45mn de plus tant Friedkin semblait vraiment prendre du bon temps à discuter de ses expériences passées avec une passion incroyable.

Nous avons donc pu en apprendre plus sur des sujets rarement évoqués ailleurs, comme l’histoire édifiante se cachant derrière Cruising (un concours de coïncidences assez incroyable), sa rencontre avec Fritz Lang (le monde est petit) ou bien encore sa carrière de metteur en scène d’opéra. Le réalisateur a également pu nous parler de son prochain documentaire, qui l’a conduit à filmer un véritable exorcisme l’année dernière, de sorte à boucler la boucle. Bien qu’il ne se revendique pas ouvertement comme religieux, il croit toutefois en l’existence de « Dieux du Cinéma », pour lui la seule explication rationnelle à sa carrière fulgurante, qui l’aura mené ici, à Strasbourg. Une master-class vraiment passionnante qui donne vraiment envie de se plonger dans sa filmographie, si ce n’est pas déjà fait.

Mais passions à la deuxième partie de cette séance-événement : La projection de Sorcerer dans sa version restaurée par La Rabbia l’année dernière. Tournage aux allures de purgatoire, échec total au box-office à sa sortie, le premier film post-Exorciste de Friedkin fut une épreuve extrêmement difficile pour lui. Et à vrai dire, on ressent parfaitement cette ambiance lugubre et pessimiste dans cette histoire suivant quatre routiers devant conduire deux camions chargés d’explosifs instables en plein paysage sauvage et hostile de l’Amérique Latine.

Tout dans ce monument respire la crasse et le désespoir de ses protagonistes perdus dans un milieu dangereux, à tel point que l’on se sent véritablement immergés dans cette atmosphère étouffante. On doit cette sensation par l’approche très documentaliste avec laquelle Friedkin filme ces paysages magnifiques mais également traîtres. Cette immersion atteint même des sommets lors de certaines scènes, en particulier lors du célèbre passage « du pont », qui est un véritable moment de tension comme rarement vu au cinéma. Si vous cherchez une des dernières grandes œuvres du Nouvel Hollywood, Sorcerer est là pour vous et avec sa sublime restauration récente, c’est l’occasion rêvée pour vous jeter dessus.

Note finale : 4/5

Tragedy Girls de Tyler MacIntyre :

A peine remis de ce petit moment privilégié avec William Friedkin, direction la grande cérémonie de clôture du festival. Dans une atmosphère assez minimaliste, chacun des membres des différents jurys sont venus remettre les prix aux courts et longs-métrages vainqueurs. S’il faut bien reconnaître que certains choix ont été plus que contestés dans le public (notamment une mention spéciale du jury attribuée à Terra E Luz qui aura fait parler d’elle), d’autres furent amplement justifiés, comme le prix du public décerné à Dave Made A Maze ou encore le Méliès d’Argent (prix du meilleur film européen) décerné à Laissez Bronzer Les Cadavres. En complément, nous avons même eu l’honneur de revoir à nouveau William Friedkin sur scène, où le président du festival lui a remis un prix spécial pour l’ensemble de sa carrière.

Mais trêve de cérémonies et place au film de clôture, à savoir Tragedy Girls. Si vous accrochez aux charmes des teen-movies horrifiques pop de ces dernières années (Scream Queens notamment), il y a de fortes chances que le film de Tyler MacIntyre vous convienne amplement. La petite subtilité ici est de reprendre le contexte méta d’un Scream tout en y ajoutant les réseaux sociaux comme mécanique principale. C’est un petit peu ce que Kevin Williamson voulait explorer dans le quatrième opus de la saga de Wes Craven mais ici, le concept est véritablement tourné vers la comédie.

Le doute n’est pas possible à aucun instant, le réalisateur a avant tout cherché à exploiter l’univers du teen-movie tout en lui rendant hommage, en créant une atmosphère fun, pop et décompléxée. Nous suivons ainsi deux jeunes adolescentes tenant un compte Twitter entièrement dédié aux serial-killers et qui, lorsqu’elles découvrent qu’un tueur rôde dans la ville, vont tout faire pour faire perdurer son oeuvre afin d’amasser un maximum de likes. On pourrait penser que cela va donner une critique des réseaux sociaux assez dure mais il s’agit avant tout d’un prétexte pour en mettre plein la vue au spectateur à grands coups d’effets visuels ou autres incrustations de captures Twitter, Facebook ou YouTube dans la réalité des personnages.

Si Tragedy Girls ne révolutionne en rien le genre du teen-movie, il reste un divertissement très sympathique à regarder, à condition d’apprécier grandement ce style de réalisation extrêmement foutraque du même style que le génial Detention de Joseph Kahn.

Note finale : 3/5

La Nuit Excentrique :

Les cérémonies, les rencontres avec les grands réalisateurs, les découvertes poignantes, ça va bien deux minutes mais qu’en est-il des nanars, des vrais ? Ça tombe bien puisque chaque année, le FEFFS nous réserve une nuit uniquement dédiée à de la belle série Z des années 80 ! Nommée Nuit Excentrique depuis son partenariat avec La Cinemathèque Française, cette association permet de pouvoir diffuser moult nanars connus et reconnus en format 35mm et dans leur version française, cela va de soit. Et si l’ambiance durant Amsterdamned était déjà très réactive, nous étions loin de celle de cette nuit plus qu’atypique.

C’est donc à 1h du matin que le premier film fut débuté, et pas des moindre puisqu’il s’agissait de L’Homme-Puma. Considéré comme une des références en matière de nanar, cette version de Superman à l’italienne dispose d’un certain charme inégalable à base de musiques au synthé à la limite du plagiat, de fond vert géré n’importe comment et surtout, d’intrigue abracadabrantesque tout juste prétexte à toute sorte de stupidités. Notons par ailleurs la présence au casting de Donald Pleasence (aka le Docteur Loomis de Halloween), qui semble se demander tout autant que nous la raison de sa présence ici. Bref, un départ parfait pour cette nuit, qui nous aura déjà gratiné de quelques phrases cultes qui seront répétées toute la soirée durant. « Chaque homme est libre ! »

Que serait une soirée nanar sans films des mythiques studios de la Cannon ? Mieux encore : Que serait une soirée nanar sans un film avec des ninjas ? Heureusement pour nous, ces deux rêves nous sont exaucés grâce à American Ninja 2 : The Confrontation, plus connu sous le nom du Ninja Blanc. Sans surprise, on est ici typiquement dans l’archétype du nanar d’exploitation des années 80 à base de gros muscles, de flingues, de patriotisme américains… et de ninjas, bien sûr ! Et c’est ce cocktail détonnant qui nous permet d’avoir sous nos yeux des scène de combats absolument hilarantes, des répliques assez incroyables par moments mais surtout, des personnages tout simplement géniaux. Mention spéciale à Jackson, le coéquipier noir de notre héros, spécialiste de la bagarre et des blagues (voire même des deux à la fois), qui a très vite remporté l’adhésion du public, au point de crier son nom sans cesse lorsqu’il était absent d’une scène.

Il est 5h. La fatigue se fait ressentir sur la plupart des personnes de l’audience. Et pourtant, c’est bien le troisième film diffusé qui va achever définitivement une bonne partie du public car Les Prédateurs du Futur est très certainement l’un des scénarios les plus compliqués que vous pussiez voir dans votre vie. Si tout commence par un « simple » naufrage de bateau suite à une violente tempête, Ruggero Deodato (oui oui, le réalisateur de Cannibal Holocaust) nous balance sans prévenir des punks à la Mad Max, du survival post-apocalyptique, des îles mystérieuses à la Jurassic Park, des messages anti-nucléaires qui n’ont rien à faire là et en guise de climax, des passages complètement psychés en pleine science-fiction expérimentale. Même avec toutes les bonnes intentions du monde, il est impossible de comprendre correctement la trame de ce film et c’est cette incompréhension générale qui a permis à la salle de maintenir une bonne ambiance, même à une heure aussi avancée de la nuit (ou de la matinée, c’est selon).

Néanmoins, lorsque le film se finit et que l’on ressort de la salle, on se dit qu’on a quand même vécu un moment privilégié assez incroyable, dotée d’une ambiance folle et on a qu’une seule envie : Y retourner au plus vite.

Note finale : Nanar/5

Jour 10 :

Lowlife de Ryan Prows :

Si la compétition du FEFFS s’est bel et bien terminée la veille, il restait tout de même un dernier jour aux retardataires pour se rattraper dans le visionnage de certains films phares de la sélection. Commençons donc par l’un des Midnight Movie qui a le plus fait parler de lui durant toute la durée du festival (avec Kuso) : Lowlife. Sous ses allures de Pulp Fiction à la sauce trash, le film de Ryan Prows nous propose de suivre le destin croisé de plusieurs personnalités plus que spéciales, chacun ayant un lien avec le dealer d’organes du quartier.

Pèle mêle, nous avons ainsi affaire à un homme-justicier déguisé en luchador nommé El Monstruo (très certainement le personnage le plus drôle du film), à une femme prête à tout pour sauver sa fille malade ainsi qu’à un duo d’amis dont l’un a la particularité d’avoir une croix gammée tatouée sur tout le visage. Vous vous en doutez, l’humour de Lowlife est loin, très loin d’être un sommet de la subtilité mais force est de constater qu’il fait bien souvent mouche et mise beaucoup sur l’absurdité des situations auxquels nous avons affaire, notamment grâce à l’alliance de tous ces personnages.

Néanmoins, et c’est souvent le risque de ces films aux histoires fragmentées, le tout est très inégal et la première moitié du métrage est franchement pénible à regarder tant on se demande juste où le film veut nous amener. Ce n’est qu’à partir de la 3ème « histoire » que le film remonte la pente et devient de plus en plus fun, jusqu’à culminer sur un climax absolument improbable mais véritablement la raison d’être du film. Un bilan assez mitigé donc, pour un film qui se regarde sans trop de problème entre amis, mais dont sa qualité plus que bancale peut vraiment gêner. Dommage, l’idée était bien là !

Note finale : 2,5/5

Mise A Mort du Cerf Sacré (The Killing of A Sacred Deer) de Yorgos Lanthimos :

Depuis son étrange Canine sorti en 2009, Yorgos Lanthimos a toujours eu une réputation à part dans le cinéma européen. Sorte de Michael Haneke qui se mêlerait au cinéma expérimental, sa filmographie a très vite été louée par les critiques comme un sommet de malaise et d’inconfort, dans le bon sens du terme. Et après le succès international de The Lobster, le réalisateur grec met les bouchées doubles en refaisant équipe avec Colin Farrell (acteur principal de son précédent film), mais en y ajoutant également Nicole Kidman ainsi que Barry Keoghan, récemment vu dans Dunkerque.

Ce que l’on peut très vite constater, c’est que ce nouveau film va énormément diviser le public, plus encore que les précédentes réalisations de Lanthimos. Si l’on pouvait reprocher à The Lobster son rythme parfois assommant lors de certaines scènes, c’est encore pire pour celui-ci. Le réalisateur prend vraiment son temps à dérouler progressivement son histoire (que nous ne révélerons pas ici) et à faire monter une tension constante et avant-tout présente en arrière-plan. Si la violence était autrefois très frontale, elle n’est ici que peu explicite et laisse souvent place a de longs silences de mort, rendant la chose tout aussi dérangeante à regarder.

On ressent par ailleurs que Mise A Mort du Cerf Sacré est doté d’un cynisme bien plus corrosif qu’autrefois, en particulier dans sa critique de la famille américaine traditionnelle et sa destruction de l’intérieur. Par le biais d’une brochette d’acteurs tous plus convainquant et flippants les uns que les autres, nous sommes profondément immergés dans ce périple virant peu à peu au cauchemar mais dont on connait malheureusement déjà la finalité. A l’image de sa première scène, ce nouveau fruit du cerveau étrange de Yorgos Lanthimos est lent, exigeant, provocateur mais aussi terriblement fascinant.

Note finale : 4/5

Thelma de Joachim Trier :

Nous y sommes, le dernier film du festival. Nous voulions tout d’abord le consacrer au midnight movie 68 Kill de Trent Haaga mais faute de temps, nous avons finalement jeté notre dévolu sur Thelma, le tout nouveau film du réalisateur de Oslo, 31 Août. Et quelle belle pioche que ce film ! Autant vous prévenir de suite : Si vous cherchiez quelque chose de déjanté, pop et fun afin de terminer votre festival, la séance a dû vous paraître bien longue tant Thelma se rapproche bien plus du drame d’auteur que d’un roller-coaster allant à 300 à l’heure.

N’allez pas non plus y chercher du fantastique à foison puisque très vite, on réalise que cette dimension ne représente qu’à peine 10 voire 15% de la matière globale du film. Son utilisation est donc très sporadique (et jamais trop explicite), de sorte à ne servir après tout qu’à développer la personnalité de son personnage principal, Thelma, qui arrive dans une toute nouvelle université et qui, entre deux événements hors-du-commun, va tomber amoureuse de Anja, un autre jeune femme. Et oui, nous avons affaire à un film LGBT et sincèrement, ça fait vraiment plaisir de voir cela. L’initiative est d’autant plus à saluer que cet amour entre les deux femmes n’est à aucun moment érotisé de façon vulgaire (à l’inverse de La Vie d’Adèle par exemple), si ce n’est lors d’une scène de fantasme extrêmement bien réalisée mais jamais provocante pour autant.

Vous l’aurez compris, le film de Joachim Trier est avant-tout un drame sur la vie adolescence avec un soupçon de fantastique, abordant moult thèmes comme l’homosexualité, l’entrée dans la vie adulte mais également notre lien avec la religion, en particulier à travers celui qu’entretient le personnage principal, partagée entre ses principes et son amour interdit. Un film qui ne plaira absolument pas aux personnes voulant uniquement des sensations fortes (une impression malheureusement renforcée par son ignoble affiche française) mais qui devrait ravir les personnes au contraire plus intéressées par la représentation de l’amour LGBT au cinéma ou bien par la forte dimension dramatique qui se cache derrière les œuvres fantastiques. Une bien belle façon de terminer ce festival.

Note finale : 4/5

C’est sur cette belle note finale que se conclut cette 10ème édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg. Une année riche et digne d’un anniversaire aussi important pour l’histoire d’un tel festival. Une fois encore, nous ne pouvons que remercier et féliciter chaleureusement toute l’équipe ainsi que ses bénévoles pour leur passion et leur organisation sans défaut. Rendez-vous l’année prochaine !

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