FEFFS 2017 – Jour 7 et 8 : Un rancard, un homme de fer et une pépite en carton

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Comme vous avez pu le voir, les deux jours précédents ont été plutôt décevants en matière de découvertes. Mais rassurez-vous, le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg a plus d’un tour dans son sac et nous a sorti ses dernières cartes pour la dernière ligne droite avant la tant attendue et redoutée remise des prix, qui aura lieu le samedi 23 Septembre !

Jour 7 :

Killer Joe de William Friedkin :

Car il n’y a pas que les films en compétition ou les Midnight Movies dans la vie, le FEFFS est aussi l’opportunité rêvée pour (re)découvrir certains classiques plus ou moins connus du cinéma de genre. Commençons donc avec Killer Joe, dernier film en date de William Friedkin, invité d’honneur du festival. Si la séance n’avait malheureusement pas d’introduction par le réalisateur (pour cela, il aura fallu attendre sa master-class Samedi, en avant-séance de Sorcerer), voir un tel film en salles permet de contempler toute sa puissance psychologique sur le spectateur.

Pourtant, on pourrait presque dire que le film commence à peu près « bien », avec cette famille de rednecks décidant d’engager un tueur à gages nommé Killer Joe afin de se débarrasser de la figure maternelle de la famille et ainsi, récolter l’argent de son assurance-vie. Mais alors que le ton général est presque comique, Friedkin nous embarque de plus en plus dans un thriller extrêmement froid et glauque où tous les coups sont permis et où la morale est définitivement absente.

Doté d’un casting absolument génial, en particulier un Matthew McConaughey tout simplement possédé et incroyablement terrifiant, Killer Joe est un film vraiment sous-estimé et pourtant très intéressant à découvrir pour les personnes en manque de thriller prenant et mémorable.

Note finale : 4/5

Double Date de Benjamin Barfoot :

Précédé d’une réputation le vendant comme LA nouvelle comédie d’horreur anglaise culte à ranger aux côtés de la trilogie Cornetto d’Edgar Wright, autant dire que Double Date était attendu au tournant par le public du FEFFS et l’ambiance générale de la salle s’en est ressentie. Nous suivons donc Jim (interprété par Danny Morgan, également scénariste du film), un trentenaire effrayé par les femmes qui va devoir passer la soirée avec son meilleur ami Alex, dans le but de perdre sa virginité avant son anniversaire. Malheureusement pour eux, les deux femmes qu’ils vont accoster sont en réalité deux tueuses en séries aux tendances sataniques.

Double Date est typiquement ce que l’on peut appeler un « film de festival », à savoir un long-métrage fun, qui ne se prend pas au sérieux une seule seconde et rempli d’influences évidentes. Les punchlines fusent, les scènes over-the-top sont présentes et certains dialogues ont provoqué l’hilarité générale dans toute l’assemblée. En plus de cela, on peut également remarquer qu’un vrai effort a été fait en ce qui concerne la photographie du film, qui est particulièrement soignée. Toutefois, si on est d’humeur un petit peu tatillonne, on pourrait dire qu’il lui manque juste un petit quelque chose pour le rendre vraiment marquant, sans jamais trop savoir quoi cependant. Sans doute aurait-il été plus intéressant de prendre le point de vue des tueuses, afin de bousculer les règles et proposer quelque chose de neuf.

Néanmoins, Double Date respecte efficacement son contrat et nous a offert exactement ce qu’on lui avait demandé, à savoir du fun à foison et une ambiance survoltée, comme Deathgasm avait pu nous en offrir il y a de cela quelques années. Et c’est déjà pas mal.

Note finale : 3,5/5

Tetsuo de Shinya Tsukamoto :

Alors là, autant vous dire que l’on s’attaque à un très très gros morceau. Premier long-métrage de Shinya Tsukamoto, Tetsuo: The Iron Man est un film que l’on ne peut classer nulle part. Expérimental à l’extrême, volontairement décousu, montage anarchique… L’expérience que vous passerez devant cet OVNI est tout simplement indescriptible tellement il faut le voir de ses propres yeux. Dès ses premières images, qui font déjà froid dans le dos, on plonge dans une atmosphère malsaine mais néanmoins fascinante, sensation qui ne nous quittera que lorsque la projection sera achevée.

Raconter en détail l’histoire d’un tel film serait presque contre-productif tellement l’incompréhension à laquelle nous faisons face devant ce long-métrage fait véritablement partie de l’expérience à part entière que nous vivons. Dites-vous juste que nous avons ici affaire à un jeune homme (anonyme, évidemment) qui se voit se transformer de plus en plus en un être composé entièrement de métal, jusqu’à devenir complètement incontrôlable. Tsukamoto brouille ici constamment les pistes, le tout combiné avec un montage extrêmement (et volontairement) bordélique, qui use et abuse des mouvements saccadés en stop-motion.

Enfin, pour nous assommer davantage, toute la folie et l’imprévisibilité constante du film est accompagnée par une bande-originale à base de musique industrielle ultra-violente qui ferait presque passer Nine Inch Nails et Ministry pour des enfants de chœur. Bref, Tetsuo est donc une expérience qu’il faut vivre. Définitivement pas adaptée à tous les spectateurs mais qui risque de vous laisser des images en tête pendant très longtemps.

Note finale : 4/5

Jour 8 :

Une Prière Avant l’Aube (A Prayer Before Dawn) de Jean-Stéphane Sauvaire :

Après avoir bercé les festivaliers de Cannes en mai dernier, pour sa projection en Séance de Minuit, Une Prière Avant l’Aube nous fait l’honneur d’être diffusé au FEFFS en tant que dernier film présenté dans la compétition Crossover. Une avant-première attendue (pour un film qui n’a d’ailleurs toujours pas de date de sortie) qui promettait un sacré moment de violence crasseuse et de castagne en tout genre, notamment depuis les (quelques) retours qu’il a pu engranger ça et là.

Cependant, lorsque l’on sort de la salle, il faut reconnaître que l’on reste un petit peu sur sa faim. Il est évident que Jean-Stéphane Sauvaire a énormément travaillé son long-métrage et notamment tout son univers, à commencer par la prison Thaïlandaise où notre héros est captif, mais le tout reste finalement assez vide et rien ne marque profondément notre conscience. Ce reproche peut également être porté sur la violence du film qui, contre toute attente, se révèle être bien moins choquante qu’escompté. Peut-être que cela est une volonté assumée de la part du réalisateur, mais cela empêche au film d’avoir de vrais moments marquants et les seuls dont on se souvient donc justement ceux où la violence arrive sans prévenir.

Un sentiment mitigé donc pour un film qui nous promettait pourtant tellement mais qui, finalement, devient plutôt longuet dans sa deuxième partie, sans non plus développer ses personnages. Saluons néanmoins l’initiative d’un tel film, surtout venant d’un studio français comme Wild Bunch !

Note finale : 3/5

Dave Made A Maze de Bill Watterson :

Avec Double Date, Dave Made A Maze était le film qui attirait toutes les attentions en cette fin de festival. Doté d’un budget ultra-minimaliste (à peine plus de 400 000$), le long-métrage de Bill Watterson avait tout pour être l’OVNI idéal pour clôturer la compétition comme il se doit. Mais très honnêtement, et à la surprise générale, Dave Made A Maze s’est révélé être bien plus que ça.

Tout commence lorsque Annie quitte son appartement pour un week-end seulement. Mais quand elle revient, elle s’aperçoit que Dave, son petit ami artiste, en a profité pour construire dans leur salon un labyrinthe géant, tout en carton. Seul problème : Dave est coincé à l’intérieur et Annie, accompagnée de plusieurs amis, va devoir s’y aventurer pour sauver Dave. Ce postulat peut paraître déjà absurde mais ce n’est rien comparé à l’imagination débordante dont le réalisateur a fait preuve dans son film. Véritable métaphore de la créativité et de la vie d’artiste, on est littéralement transportés dans cette histoire à la fois absurde mais également tellement créative, notamment d’un point de vue de sa mise en scène, rendant le film à la fois drôle mais aussi terriblement tragique par instants.

Comme un mélange à mi-chemin entre l’esprit d’aventure de Jumanji, l’humour et le sous-texte adulte de Shaun of The Dead et la créativité d’un Michel Gondry, Dave Made A Maze est un film immanquable qui risque de toucher profondément vos âmes d’artistes. Prions désormais qu’il puisse bénéficier d’une sortie Française digne de ce nom, ne serait-ce qu’en DVD/Blu-Ray, car voir un tel puits de créativité, ça fait vraiment du bien.

Note finale : 4,5/5

Avec cette dernière (grande) surprise, la sélection du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg vient de prendre un sacré coup de fouet et les derniers jours furent tout aussi riches, en particulier par la master-class tant attendue du réalisateur mythique William Friedkin !

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