FEFFS 2017 – Jour 3 et 4 : Des cadavres au soleil, des nonnes et Christine en drive-in

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Après un début sur les chapeaux de roues, le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg continue sa (très) belle lancée avec une sélection toujours aussi riche mais surtout très variée !

JOUR 3

Zombillénium de Arthur de Pins & Alexis Ducord :

Première séance du Dimanche à une heure matinale pour découvrir un très curieux projet « Made in France » : Zombillénium. Adaptation de la bande-dessinée du même nom par son auteur lui-même, ce film d’animation avant-tout à destination du jeune public a déjà récolté de nombreux avis positifs lors de sa diffusion au prestigieux festival d’Annecy. Mais rien que par son thème (un parc d’attraction dans le Nord de la France tenu par de véritables monstres), sa présence au FEFFS en séance spéciale était toute trouvée. Et force est de constater que ce petit film se révèle être un divertissement très plaisant.

Ce que l’on remarque très vite devant le film de Arthur de Pins & Alexis Ducord, c’est la grande ambition dont fait preuve toute l’esthétique visuelle générale. Le bestiaire des monstres composant le parc est assez important et on a jamais l’impression de revoir les mêmes têtes. Un très grand travail a été réalisé sur le design mais il est également de même pour les nombreux éléments autres, comme les décors. Le tout est très bien détaillé et même si l’animation peut paraître un peu faiblarde par-ci par-là, cela reste très correct pour une production française modeste et avant-tout faite avec passion.

Et de la passion, on en ressent également beaucoup dans son scénario. Pour satisfaire un nouveau public, Arthur de Pins a pris la décision de créer une nouvelle histoire afin d’introduire correctement l’univers de Zombillénium et ce fut une très bonne initiative de sa part, d’autant que cet élément entre parfaitement en lien avec son sous-texte, bien que l’on n’évite pas quelques moments un petit peu naïfs mais jamais trop gênants. On ressent évidemment un grand amour du cinéma d’horreur classique et on peut même y percevoir une métaphore sur l’évolution de la représentation de ces mêmes monstres dans le cinéma moderne, avec la volonté des studios de les transformer en simples créatures sexy sans une once de terreur (qui a dit La Momie ?).

Zombillénium est donc un film d’animation très convainquant, porté par des comédiens talentueux, qui nous plonge dans un monde riche et rythmé par une ambiance très Rock. Une très jolie tentative à découvrir dès le 18 octobre.

Note finale : 3,5/5

The Endless de Justin Benson & Aaron Moorhead :

Avant même que la séance de The Endless ne commence, Justin Benson et Aaron Moorhead sont venus se présenter eux-mêmes auprès du public et ont brièvement raconté ce que le film représentait pour eux. Et il s’avère que les deux bonhommes ont réalisé ce film avec un budget extrêmement limité et que toutes les possibilités d’économies ont été réalisées pour porter le projet jusqu’au bout (par exemple, le duo interprète également les deux personnages principaux). Cela est commun à beaucoup de réalisateurs présents sur le  festival mais dans leur cas, et dans un français approximatif mais solennel, ils ont tout simplement demandé au public de parler du film autour de nous et sur les réseaux sociaux si nous l’avions aimé car ils n’ont pas les moyens de financer eux-mêmes une grande campagne de communication.

Cette anecdote peut paraître anodine mais elle représente exactement ce qu’est The Endless : Un film avec une âme et une énorme envie de bien faire de la part de ses deux créateurs. Dans ce film aux fortes influences Lovecraftiennes, nous suivons deux frères décidant de retourner dans la secte où ils ont vécus durant leur enfance. Mais bien évidemment, tout ne va pas se passer comme prévu et des événements de plus en plus étranges vont se manifester, jusqu’à revoir complètement la perception du monde des deux frères. Voilà donc un pitch simple mais qui colle parfaitement aux moyens dont disposaient Benson & Moorhead pour leur troisième long-métrage, après Resolution et Spring.

L’ambiance poussiéreuse est fortement réussie et le retournement de situation de milieu de film (que l’on ne révélera pas) est assez bien trouvé mais en ce qui nous concerne, on a malheureusement eu du mal à rentrer dedans. Non pas que le film soit mauvais, loin de là, mais son appréhension semble dépendre énormément de la personne. Néanmoins, il s’agit d’un film rempli de qualités, avec un vrai cœur et une profonde passion et rien que pour cela, on ne peut que vous encourager d’y jeter un œil si vous en avez l’occasion, que cela soit au prochain PIFFF à Paris ou bien lors d’une éventuelle sortie du film en France, éventuellement en VOD.

Note finale : 3/5

Laissez Bronzer Les Cadavres de Hèlène Cattet & Bruno Forzani :

On nous annonçait un bain de sang halluciné, voire psychédélique, et on en est pas très loin. Avec Laissez Bronzer Les Cadavres, le duo Cattet/Forzani, à l’origine des très recommandables Amer et L’étrange Couleur des Larmes de ton Corps, change cette fois-ci d’univers et s’oriente davantage vers le polar avec un (gros) soupçon de Western Italien. En pleine Corse sous un soleil de plomb, nous suivons divers protagonistes dans un village abandonné, qui vont connaître une journée d’enfer après que des malfrats s’y soient réfugiés avec 250kg d’or volés. C’est alors qu’un policier arrive dans le village, ce qui va conduire inévitablement à une fusillade sans merci.

Dit de cette manière, l’histoire peut paraître très simple à comprendre mais dans les faits, la structure narrative est volontairement très floue. Volontairement car cela permet encore plus d’accroître la sensation d’anarchie qui règne durant tout le film, tout particulièrement lorsque la fusillade principale débute, ce qui amène à de nombreuses alliances et trahisons, ne rendant pas la tâche de compréhension plus aisée. Cependant, on arrive tout de même à s’y retrouver avec un peu d’efforts, d’autant plus que les deux réalisateurs ont sorti pour l’occasion des acteurs avec une « gueule » reconnaissable et terriblement appropriée à l’ambiance voulue, dont Bernie Bonvoisin, le chanteur de Trust et Elina Löwensohn.

Bien qu’adapté d’un roman de Jean-Patrick Manchette et de Jean-Pierre Bastid, on ressent toute la patte à la fois esthétique, précise mais aussi très vive du duo belge, à commencer par un générique de début absolument fou, qui est une très bonne introduction à l’univers dans lequel nous allons pénétrer sous peu. On peut même dire que Laissez Bronzer… est leur film le plus définitif et le plus barré quant à l’exploration de leur style si particulier, entre hommage et identité reconnaissable entre mille, notamment pour leur montage très chargé et tout le travail sonore sur les sensations corporelles (les personnes habituées à leurs films comprendront).

De même, pour nous laisser quelques instants d’accalmie, le film nous offre quelques moments hallucinatoires tout simplement incroyables, mélangeant fétichisme des armes, soleil écrasant et érotisme féminin, élément caractéristique du duo. Tout l’aspect visuel du long-métrage est une gigantesque baffe mais une baffe qui nécessite au préalable de rentrer dans l’univers, au risque de trouver le temps très, très long. Laissez Bronzer Les Cadavres est donc très certainement le meilleur film réalisé par Hélène Cattet et Bruno Forzani à ce jour. Une parfaite continuité de leur filmographie, dans un univers différent mais toujours aussi fou. Ruez-vous au cinéma le 19 octobre prochain pour une expérience visuelle et sensorielle que vous n’oublierez pas de sitôt.

Note finale : 4,5/5

Jour 4

Terra e Luz (Earth And Light) de Renné França :

Lors de sa présentation en conférence de presse, Terra e Luz nous était introduit comme une oeuvre post-apocalyptique brésilienne à tendance minimaliste. L’accent serait donc mis sur l’atmosphère de mort qui rôde autour de nos héros et leur périple baignerait dans un pessimiste constant. Avouez que cette description a de quoi donner envie, d’autant plus que le film n’a coûté que très peu d’argent, ce qui était un moyen de nous faire espérer quelques audaces de mises en scène ou bien un scénario rudement bien écrit.

Mais ce n’est pas le cas. Que cela soit pour l’un ou pour l’autre d’ailleurs. Mon dieu, que ce film est VIDE. Nous suivons littéralement deux personnages (un aventurier prêt à tout pour sa survie et une petite fille insupportable venue d’on-ne-sait-où) en train de marcher dans une forêt durant toute la (courte) durée du métrage mais sans aucun rebondissement majeur et surtout, presque aucun dialogue. Autant vous dire qu’à la longue, c’est très fatiguant. Il n’y avait qu’à voir le nombre assez impressionnant de personnes en train de faire leur petite sieste durant la projection pour se rendre compte que le métrage en a achevé plus d’un.

Bien sûr qu’il est injuste de taper de cette manière sur un film qui a visiblement été tourné avec très peu de moyens, mais le résultat est juste fatiguant à supporter. Le thème central a déjà été exploité des tonnes de fois auparavant sans rien n’y ajouter de neuf, le jeu des acteurs est à la limite de la caricature par instants et certains effets visuels semblent avoir été faits sur Windows Movie Maker. Heureusement que le film ne durait que 1h15, sinon le responsable des bruitages aurait été contraint de manger son « BOUM » saturé qu’il nous inflige presque toutes les 30 secondes.

Note finale : 1/5

The Little Hours de Jeff Baena :

Soyons francs dès le départ, seule la présence du film dans le cadre du festival justifie la présence de cette critique, tant son style est éloigné du cinéma fantastique. Au contraire, nous sommes plutôt en plein devant une pure comédie US dans la droite lignée du Saturday Night Live, le réalisateur étant d’ailleurs un ancien de l’émission. Cette relecture du Décaméron de Boccaccio nous narre donc l’histoire de trois nonnes (interprétées par Alison Brie, Aubrey Plaza et Kate Micucci) perturbées par l’arrivée de Macceto, joué par Dave Franco. Mais bien évidemment, cette histoire est avant tout un prétexte pour nous montrer des nonnes dire les plus grandes atrocités et s’adonner au plaisir de la chair.

Le sexe est d’ailleurs le thème central du film puis qu’il est question de l’éveil sexuel, mais traité à la sauce américaine, ce qui signifie beaucoup de vulgarités et de scènes complètement barrées. Le casting du film est tout bonnement génial et semble s’amuser comme jamais à réciter des dialogues tous plus absurdes les uns que les autres. Nous n’allons pas trop nous attarder davantage sur celui-ci en raison de son style radicalement opposé à notre genre de prédilection mais si vous cherchez une comédie US bien What The Fuck, The Little Hours (qui devrait sortir en VOD chez nous très prochainement) sera aisément à votre convenance. Pour les autres… Passez votre chemin.

Note finale : 3,5/5

Christine de John Carpenter :

Laissons désormais place à ce qui était très certainement l’un des événements les plus attendus de tout le festival, à savoir une séance drive-in. Et aucun autre film n’aurait pu être plus approprié que le mythique Christine de John Carpenter, sorti en 1983 ! Pour cette soirée plus que spéciale, deux séances furent organisées (et rendues complètes presque aussitôt) et il est clair que l’équipe du festival, aidée par la ville de Strasbourg, a mis tous les moyens à sa disposition pour proposer une projection tout simplement mémorable, à la hauteur d’un film qui l’est tout autant.

Le rendez-vous était donc donc donné aux Halles de la ville, où nous étions par la suite invités à nous rendre sur le toit de l’un des parkings pour rejoindre les voitures mises à notre disposition (et oui, même pas besoin de ramener la nôtre !). Et une fois tout le monde installé et le film lancé, on s’y croit ! Doté d’une qualité d’image tout simplement sublime sur grand écran, le classique de Carpenter nous propulse en plein dans les années 70, avec le charme tout particulier de sa filmographie. Même en ayant vu le film un nombre incalculable de fois, on est toujours autant stupéfaits par la grande qualité de ses effets visuels, qui n’ont même pas pris une seule ride aujourd’hui, notamment pour la fameuse scène de la « reconstruction ».

Bercés par sa bande-originale somptueuse, (re)voir un tel bijou dans ces conditions transcende le visionnage et nous permet également de vivre la situation la plus méta du monde, lorsque cette maudite Christine tente de se débarrasser de la petite-amie de notre « héros »… en pleine scène de drive-in justement. Remercions donc chaleureusement l’équipe du FEFFS ainsi que toutes les personnes ayant rendu cet événement possible car ce genre d’opportunités se fait de plus en plus rares, et c’est bien dommage.

Note finale : 5/5

Cette troisième et quatrième journée furent donc riches en découvertes (plus ou moins) plaisantes et surtout en séances marquantes. Mais une fois encore, de nombreuses choses nous attendent encore, notamment une autre projection plein-air, cette fois au pied de la cathédrale, avec Les Aventuriers de l’Arche Perdue !

© Nicolas Busser

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