FEFFS 2017 – Jour 1 et 2 : Un clown, des vélos et un ascenseur tueur

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C’est parti ! Après des mois et des mois d’impatience, le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg ouvre enfin ses portes pour sa 10ème édition. A cette occasion, le CinemaClubFR est présent durant tout le festival pour célébrer cet anniversaire et un journal de bord sera publié tous les deux jours afin de dresser un bilan global des films projetés, des rétrospectives et des événements spéciaux (dont vous pouvez retrouver une brève présentation ici) que nous réserve toute l’équipe des Films du Spectre !

JOUR 1

Ça de Andy Muschietti (Séance d’ouverture) :

Impossible de passer à côté du phénomène horrifique de cette fin d’année, projeté ici en ouverture du festival. Nouvelle adaptation prévue de longue date d’un livre plus que célèbre, marketing à la limite du raisonnable et surtout, carton absolument démentiel au box-office américain (le plus grand démarrage de tous les temps pour un film d’horreur, rien que ça !)… Autant dire que Ça était aussi attendu que redouté. Fort heureusement pour nous, le second long-métrage de Andy Muschietti est une vraie réussite.

Il faut dire que la tâche n’était pas simple pour Warner/New Line, qui devait à la fois contenter les fans du roman de Stephen King mais également les personnes traumatisées par le téléfilm de Tommy Lee Wallace (qui, il faut le dire, a cruellement mal vieilli). Très vite, on constate que le film exploite au maximum le potentiel accordé par sa classification Rated R et offre une atmosphère nettement plus sombre et violente que sa précédente adaptation à l’écran. Aucun détail ne nous est épargné, ce qui rend le cultissime Pennywise bien plus terrifiant qu’autrefois, en plus d’être interprété par un Bill Skarsgard méconnaissable et littéralement possédé par son personnage.

L’interprétation des jeunes héros composant le Club des Ratés est également excellente. Chaque personnagage est très vite attachant et aucun ne reste trop longtemps dans l’ombre. De plus, nos craintes sur une éventuelle copie du « style Stranger Things » sont très vite dissipées car Ça s’en détache très vite, notamment par une vulgarité très présente (sans jamais être gênante) qui dénote avec l’univers gentillet voire naïf de la série des frères Duffer. Enfin, il faut également noter un humour très présent et faisant mouche à chaque fois, ce qui permet de détendre l’atmosphère juste après une scène riche en suspense (un peu trop d’ailleurs, dirons certains).

Doté d’une mise en scène très créative par instants et d’un montage rythmé sans être frénétique, Ça est tout ce que l’on peut rêver d’un film de studio efficace. Même les jumpscares (pourtant la bête noire des productions Warner/New Line) sont ici utilisés avec parcimonie et sont à chaque fois très bien dosés, en plus d’être terriblement efficaces. En résulte donc un grand huit fun, qui mérite amplement son succès monstre. On a déjà hâte de découvrir le Chapitre Deux.

Note finale : 4/5

JOUR 2 :

Super Dark Times de Kevin Phillips :

Décidément, on peut dire que le fameux « style Stranger Things » (des jeunes gamins de banlieue à vélo dans une ambiance rétro) a la cote en ce moment. Mais résumer Super Dark Times à cela serait terriblement injuste tant le film lorgne plus du côté de Donnie Darko que des productions Amblin. Dans ce premier film présenté dans la compétition Crossover (des films de genre mais pas nécessairement fantastiques), nous suivons le parcours de trois jeunes adolescents durant les années 90 qui vont devoir bien malgré-eux dissimuler le meurtre d’un de leurs camarades suite à un terrible accident de katana. Vous vous en doutez, rien ne va se passer comme prévu et très vite, chacun va se mettre à perdre la raison à sa manière.

Il faut le dire, la surprise et la découverte sont totalement de mise devant le film de Kevin Phillips. Alors que l’on pouvait s’attendre à un teen-movie lorgnant avec le fantastique somme toute assez classique dans sa forme, nous nous retrouvons plutôt devant un thriller sombre et torturé, empruntant évidemment beaucoup d’éléments du style « coming-of-age« . S’il n’atteint évidemment pas la maestria qu’était le bijou de Richard Kelly, l’histoire qui nous est racontée fait preuve de beaucoup de maturité et de personnalité, tout en n’oubliant pas quelques petites touches d’humour bien dosées et même des tournants inattendus, en particulier vers sa fin.

Pour une surprise, Super Dark Times en est une. Très agréable même. Abordant des sujets vastes et propres à l’adolescence comme l’éveil sexuel ou la fascination morbide, Kevin Phillips nous livre ainsi un film risqué, minimaliste mais avec une vraie identité qui s’assume comme tel. La réputation du métrage était déjà acquise depuis son Grand Prix au BIFFF de Bruxelles mais croisons les doigts pour qu’il ne reparte pas de France les mains vides.

Note finale : 4/5

Amsterdamned de Dick Maas :

En plus de la venue de William Friedkin en tant qu’invité d’honneur en fin de festival, le FEFFS a également sorti de sa botte un autre réalisateur phare des années 80, cette fois-ci néerlandais : Dick Maas. Et pour célébrer sa venue, en complément de la programmation habituelle, une rétrospective-marathon fut organisée en cette deuxième soirée de festival. L’occasion de (re)découvrir à la suite Amsterdamned et L’Ascenseur, ses deux grands classiques, mais également Prey, son tout dernier film. Chacun des films était introduit brièvement par Dick Maas lui-même et nous avons même eu le droit à une petite session Q&A assez intéressante à la fin de la séance d’Amsterdamned.

Commençons donc par ce fameux Amsterdamned, sorti en 1987. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ambiance de la salle a permis de transcender la qualité du film. Soyons honnêtes, on a ici une véritable série-B au premier degré complètement assumé et c’est sûrement ce qui le rend aussi génial. On sait pas si l’idée de transposer tous les codes du cinéma policier américain (oui, TOUS) à la ville d’Amsterdam était voulue comme comique mais ce qui est sûr, c’est que le public s’en en donné à cœur joie, en particulier grâce à des dialogues tout simplement grandioses de clichés.

En pleine ville d’Amsterdam, nous suivons donc le policier Eric Visser en pleine enquête alors qu’un homme déguisé en combinaison de plongée (oui oui) est en liberté et est déjà responsable d’un certain nombre de meurtres. Vous pensiez avoir atteint le sommet du n’importe-quoi, vous n’êtes pas prêts pour, par exemple, une course de hors-bord durant plus de 6 minutes ou alors des répliques de drague bien clichées des nanars de cette époque. Ajoutons à cela le fait que le film était ici projeté en VF, ce qui a pu ajouter un éclat supplémentaire à l’ambiance générale. Bref, Amsterdamned ça a certes très mal vieilli et c’est rempli de clichés désormais prohibés au cinéma, mais c’est justement ce qui le rend aussi hilarant et attachant.

Note finale : 3/5 (2/5 si on le regarde seul)

L’Ascenseur de Dick Maas :

Passons ensuite au second long-métrage du marathon, mais premier film réalisé par Dick Maas (et également son plus célèbre) : L’Ascenseur. On constate ainsi que le réalisateur semble très peu aimer les tueurs disons « traditionnels » et c’est justement pour cela que ses films sont aussi plaisants à regarder, même si leur qualité est très variable. Comme son titre l’indique subtilement, le tueur de ce film sorti en 1983 (d’ailleurs lauréat du Grand Prix du Festival d’Avoriaz 1984) est un ascenseur d’un grand building résidentiel dans Amsterdam et c’est un fier et courageux réparateur d’ascenseur qui aura la lourde tâche de stopper cette folie meurtrière.

Si l’on peut relever quelques qualités au film, c’est son efficacité et sa crédibilité, malgré un budget plus que réduit (350 000€). Les scènes de meurtres par l’ascenseur tueur sont vraiment créatives et on récolté de bonnes réactions auprès du public. Cependant, plus on progresse dans L’Ascenseur, plus on se rend compte que celui-ci est bien moins fun et décomplexé que Amsterdamned. On pourrait même dire qu’il est presque trop « codifié », ce qui le rend prévisible et franchement moins marrant, même si la VF est toujours aussi savoureuse et que certains passages sont purement dans le style over-the-top de son réalisateur.

Malheureusement, cela n’arrange pas l’avis général que l’on a du film après la sortie de la salle. L’idée est originale et fonctionne oui, mais le rythme du film est beaucoup trop bancal et lent. Les scènes de meurtres mis à part, la majorité du film est composé essentiellement de scènes de blabla pas très passionnantes. Même le climax final, qui est une « confrontation » intégralement muette de quasiment 10 minutes, se révèle finalement assez interminable et on a juste envie que tout cela se termine. En conclusion, un film osé et intéressant à découvrir mais qui a encore plus mal vieilli que Amsterdamned, ce qui ne le rend pas forcément plus drôle, au contraire.

Note finale : 2/5

Prey de Dick Maas :

Terminons enfin par le dernier film en date de Dick Maas, Prey, diffusé dans le cadre de la sélection Midnight Movies. Une fois encore (et pour la dernière fois de la soirée malheureusement), Amsterdam est la victime d’un tueur hors-du-commun, à la différence près qu’il s’agit ici… d’un lion sauvage en liberté. Si vous avez un esprit tordu, rien que ce pitch devrait vous donner envie de voir ce long-métrage et à vrai dire, vous n’auriez pas tort.

A l’inverse de ses précédents films, toute l’ambiance du long-métrage est volontairement axée vers le fun (pouvait-il en être autrement avec un scénario pareil ?). Tous les acteurs et actrices surjouent à mort leurs personnages ce qui ajoute un degré encore plus burlesque au film et le rend franchement plaisant à suivre, en particulier dans l’ambiance d’un festival. Néanmoins, on retrouve les mêmes avantages et défauts que L’Ascenseur, à savoir des scènes originales et plaisantes à regarder mais trop souvent tirées vers le bas à cause d’un scénario faiblard et un rythme en dent de scie tout du long.

Dick Maas a des idées, c’est certain, mais a souvent peu de moyens pour les matérialiser entièrement. La preuve parfaite de cette affirmation sont les nombreux effets spéciaux qui, il faut le dire, font assez pitié, en particulier un lion entièrement réalisé en CGI qui fait plus rire qu’autre chose. C’est d’ailleurs pour cela que le réalisateur utilise très souvent la technique de la vue subjective ou alors du détail, et c’est au final pas une mauvaise chose. On sort donc de la séance satisfait mais malgré tout un peu déçu car on sent que le film aurait pu être encore plus disjoncté avec davantage de moyens, d’autant plus que certaines scènes absurdes ont fait mouche dans la salle.

Note finale : 2,5/5

C’est avec ce marathon endiablé que s’est terminée cette deuxième journée du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg. Rassurez-vous, tout cela est loin d’être terminé et du très très lourd nous attend dans les jours à venir, tout particulièrement Laissez Bronzer Les Cadavres d’Hélène Cattet et de Bruno Forzani ou encore l’adaptation de la bande-dessinée Zombillénium !

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