[EDITO] Octobre 2014 – Hollywood Zombies

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Edito octobre

La figure du mort vivant est plus ancienne qu’on pourrait le croire, bien avant Hollywood et les jeux vidéo Capcom. Si l’Égypte antique honorait le dieu Osiris, dieu mort ressuscité par la déesse Isis, les références au mort qui se relève sont nombreuses dans la Bible (Lazare ou même Jésus-Christ se sont relevés pour marcher) mais c’est dans la culture Africaine puis Haïtienne qu’il faut aller chercher l’origine du zombie tel qu’on le connait aujourd’hui.

Aux origines du zombie : le cinéma 30 – 40 et la propagande colonialiste américaine.

Le zombie moderne trouve son origine dans la religion vaudou, importée depuis l’Afrique de l’Ouest jusqu’en Haïti par l’esclavage, c’est lorsque l’île passe sous occupation américaine en 1915. Sur l’île, la situation sociale et sanitaire est critique et la révolte gronde, de nombreuses légendes de zombies circulent alors et les USA, afin de décrédibiliser les croyances des haïtiens en les faisant passer pour démoniaque, histoire de saper une bonne foi pour toute leur volonté d’indépendance. Hollywood encore et toujours bras armée de la propagande Etats-Unienne.
Quelques livres paraissent avant que les frères Halperin, flairant le filon, décident de réaliser Les Morts Vivants en 1932. Ce film, considéré comme le premier du genre, marquera un tournant dans l’histoire du cinéma américain et inspirera de nombreux réalisateurs dont le franco-hollywoodien Jacques Tourneur pour son Vaudou (1943).

Romero ou le pivot du zombie « Search and Destroy »

Les années 70’s sont les années du Chaos aux USA, les journaux d’information télévisés font entrer dans les foyer américains des images d’enlisement de l’armée au Vietnam ou de la tête de JFK qui explose sur sa Cadillac. La Guerre Froide bat son plein et l’American Way of Life est plus que jamais l’idéal qu’Hollywood déverse sur les écrans du « Monde Libre ». La machine s’emballe et laisse la place à une nouvelle génération de films de Zombies. Cette génération portée par Romero, et le célèbre La Nuit des morts-vivants, sera à l’origine du mythe du zombie moderne, le zombie de masse. Catharsis de la paranoïa et peur de la contamination ou critique acerbe du consumérisme et du racisme ségrégationniste américain, le cinéma de Romero inspirera nombre de suite et hommages parmi lesquels les films du très grand Lucio Fulci et de notre Jean Rollin national.

Le zombie moderne. Ground 0 et monstres sensibles dans la pop culture

La fin du XXe et le début du XXIe siècle marquent le développement rapide des nouvelles technologies et la possibilité pour le commun des mortels d’accéder à des outils et techniques permettant de rester connectés au monde ou de s’enfermer. L’arrivée du jeu vidéo dans monde du zombie, porté par l’immense succès commercial de la saga des Resident Evil (et leurs piètres adaptations cinématographiques) à bouleversé les repères du genre. Le zombie moderne devient intelligent, rapide et cruel… humain, en somme.
Jamais le zombie ne nous aura autant ressemblé, nous êtres humains occidentaux affamés de croissance économique et de sécurité, nos ennemis ont changé de visages. Ils sont victimes de virus ou de dégâts écologiques, résultat de la folie des hommes dans des films (Infectés, Chroniques de Tchernobyl ou l’excellent Black Sheep) des séries (The Walking Dead) ou des jeux vidéos (Resident Evil). Miroirs de nos peurs les plus secrètes, témoins de notre déshumanisation, Bret Easton Ellis reprend à son compte la figure du Zombie dans la haute société californienne, Clay et ses acolytes corps qui déshumanisent pour n’être que des machines biologiques en quête d’humanité. Dans Warm Bodies, le zombie version Twillight fini même par ne plus vouloir manger d’être humain par amour.
Zombie sensible et névrosé, le kitch et la pop culture en à fait l’un de ses avatars quand des cadres en costume-cravate rompent la monotonie de leur week end en défilant à la Zombie Walk comme Rick Genest sur le podium de Thierry Mugler.

Quatre-vingt-deux ans se sont écoulés depuis White Zombie, le temps qu’il a fallu à l’industrie cinématographique américaine pour transformer nos morts vivants en comiques (Shaun of the Dead) ou en symboles de la pop culture. A l’instar du Porno Chic, un nouveau sous genre s’est créé laissant de nombreux artistes s’engouffrer dans la brèche de la représentation moderne du Zombie. Des mythes Africains aux mythes des démocraties modernes, la figure allégorique du zombie aura servi Hollywood dans son entreprise de propagande culturelle avant de finalement se retourner contre son auteur avec son consentement, plus que lucratif.

L’illustration a été réalisée par Joris Laquittant du site « Dé’Ciné : L’Actualité des cinés dessinée » (decine.fr). Joris est un fervent admirateur du cinéma d’un (mauvais) genre et écrit aussi sur le sujet pour le webzine Intervista (intervistamag.com).


Bibliographie (très) sélective :

Films:
 Les Morts Vivants (White Zombie), Victor Halperin, 1932
Vaudou (I Walked with a Zombie), Jacques Tourneur, 1943
La Nuit des morts-vivants (Night of the Living Dead), George A. Romero, 1968
Les Raisins de la mort, Jean Rollin, 1977
L’Enfer des zombies (Zombi 2), Lucio Fulci, 1979
Le Lac des morts vivants, Jean Rollin (sous le pseudonyme J.A.Lazer), 1981
La Morte vivante, Jean Rollin, 1982
Zombi 3, Lucio Fulci, 1988
Resident Evil, Paul W. S. Anderson, 2002
Shaun of the Dead, Edgar Wright, 2004
Black Sheep, Jonathan King, 2006
Infectés (Carriers), Àlex et David Pastor, 2009
Chroniques de Tchernobyl (Chernobyl Diaries), Bradley Parker, 2012
Warm Bodies, Jonathan Levine, 2013

Série:
The Walking Dead, Frank Darabont et Robert Kirkman depuis 2010

Livres:
L’île magique – les mystères du Vaudou, William Seabrook, édition Phébus, 1929
Moins que zéro, Bret Eason Ellis, édition 10 X 18, 1985
Zombies, Bret Eason Ellis, édition 10 X 18, 1996
Politique des zombies – L’Amérique selon George A. Romero, Ouvrage collectif coordonné par Jean-Baptiste Thoret, Ellipses, 2007
Zombies ! Broché – 5 février 2009, Julien Bétan et Raphaël Colson, Edition Les Moutons Electriques, 2009

Jeux vidéo:
Résident Evil, Studio Capcom, depuis 1996

Événement:
Cycle Zombie – Les Incontournable du 7e Art, Ciné Club à Lyon 1er
Projection gratuite de films tombés dans le domaine public tous les lundis soir

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