Vendredi 13 : Grosse machette, petit cerveau?

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prologue

Chers lecteurs, aujourd’hui je ne m’exprime pas à vous au nom du blog, mais en tant que simple spectateur passionné par le cinéma d’horreur depuis son enfance. C’est un genre que j’affectionne particulièrement, car c’est sans doute celui qui m’a le plus fasciné durant quelques années. Et oui, si ma première phrase ne vous a pas choqué, sachez que découvrir Les Dents de la Mer à l’âge de quatre ans peut sérieusement vous flanquer une sacrée trouille de l’océan. Aujourd’hui j’ai beaucoup de plaisir à me laisser secouer par les vagues comme un gros cachalot, mais durant les trois années qui ont suivi le visionnage du chef d’œuvre de Steven Spielberg, c’était une autre histoire. Tout comme j’ai amèrement regretté d’avoir lancé la VHS de Jeu D’Enfant, en cachette, durant ma huitième année d’existence. C’est à cause de Chucky (et du pantin de Chair de Poule, ce vicelard) que j’ai une peur viscérale des poupées. Et si aujourd’hui je peux revoir l’intégrale de la saga sans problème, il m’est impossible de trouver la paix et de m’endormir si je me sais entouré par n’importe quelle poupée (même si c’est une Barbie, et je suis très sérieux). Je passerai volontairement sur le troisième film qui m’a marqué au début de mon adolescence, car vu le nombre de cauchemars que je lui dois, je pense qu’il mérite une chronique spéciale, que j’espère lui dédier prochainement.

Je pense que l’on a tous une histoire avec le cinéma d’horreur, que l’on sache l’apprécier ou pas. Et si vous êtes en train de lire ces lignes, si vous suivez notre blog régulièrement, j’imagine que vous avez également vos anecdotes et vos peurs enfouies si, comme moi, comme nous, vous étiez de vaillantes têtes blondes à la recherche de sensations fortes. Pourtant, malgré ces traumatismes, je n’ai jamais pu m’arrêter de regarder des films d’horreur, car j’ai eu en moi, à l’époque où les images avaient encore la possibilité d’impacter violemment mon esprit naïf et impressionnable qui luttait chaque nuit pour que la fiction ne vienne pas embrouiller ma représentation fragile de la réalité, une fascination pour la peur. Je voulais la comprendre, l’affronter, mais surtout la vaincre. Ce que j’ai finalement réussi à faire vers l’âge de quinze ans. Depuis, c’est presque une histoire d’amour que je vis avec le cinéma de genre, car j’aime le chérir autant que j’aime, malheureusement un peu trop souvent ces derniers temps, le détester.

Si vous ne voyez toujours pas où je veux en venir, un peu de patience, c’est maintenant que je vous explique ma démarche : en raison de cette relation un peu agitée avec le cinéma de genre, je n’ai pas pu découvrir toutes les franchises qui ont participé à le rendre populaire durant mon enfance/adolescence, période où elles avaient le plus de chances de fonctionner sur moi (surtout celle-ci, car c’est, rappelons-le tout de même, l’une des plus grosses franchises cinématographiques encore en activité avec James Bond). Découvrir la saga Vendredi 13 entre 2015 et 2016 (oui j’ai mis du temps), alors que je suis désormais adulte, et sans la moindre attache traumatique, affective, ou nostalgique envers celle-ci, peut être l’un des facteurs qui font que mon point de vue global est un poil plus sévère que sur les autres franchises, qui ont pourtant, pour la plupart, des défauts assez semblables. En bref, même si j’aime ce qu’il représente aujourd’hui dans la culture populaire, je vais taper sur ce bon vieux Jason Voorhees. De façon totalement subjective, je le précise, et en essayant d’argumenter au maximum mon point de vue. Alors avant de me lancer des pierres, et de sortir les machettes, jetez quand même un coup d’œil aux quelques paragraphes qui vont suivre. Et même si la saga date un peu, par pure politesse, je préfère le mentionner : Y’a du spoil les amis.

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L’histoire de Jason, on la connait normalement tous. Enfant pas comme les autres, né avec une tête hydrocéphale qui fera fuir son connard de père, Jason subit moqueries et bizutage alors qu’il est en colonie de vacances au camp de Crystal Lake, dans lequel sa mère, Pamela, travaille en tant que cuisinière. Parce que les enfants sont parfois très cruels entre eux (et cette affirmation dépasse d’ailleurs le cadre de la fiction), un jour, le malheureux se retrouve à l’eau. Manque de bol, il ne sait pas nager, et les animateurs sont trop occupés à s’envoyer à l’air pour se rendre compte que l’un des marmots est en train de boire une sacrée tasse. C’est là que commence le film « culte » de Sean S. Cunningham. Et contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent, Jason n’a pas toujours été le personnage phare de la franchise. C’est sa mère, folle de rage après la mort de son fils chéri, qui est à l’origine de tout ce merdier qui va durer douze films (bientôt treize). Et entre nous, elle emmène avec elle dans une colonie au bord d’un lac son fils qui ne sait pas nager, je dis ça je dis rien mais j’ai bien envie de lancer un petit « hashtag mère indigne ». Véritable succès à l’époque, le film de Sean S. Cunningham ne fait pourtant que reprendre, maladroitement, un procédé de mise en scène sublimé par Steven Spielberg dans Les Dents de la Mer cinq ans plus tôt, et déjà utilisé par Jack Arnold avec brio dans Le Météore de la Nuit en 1954 (un film bien trop méconnu d’ailleurs, que je vous conseille fortement). Un procédé qui consiste à filmer certaines séquences à travers les yeux de la menace. La différence ici étant que dans le premier, on sait que c’est un requin, dans le second, on sait que c’est un extraterrestre, alors que dans Vendredi 13, le mystère autour de l’identité du tueur est la source principale du suspense du film, qui s’articule uniquement autour de ce parti pris qui joue sur le hors champ, et nous positionne, nous spectateurs, directement dans la peau du tueur. Jason est-il revenu ? Quelqu’un essaie-t-il de le venger ? Mais bordel c’est qui ?

Et bah c’est sa mère. Et le fait que ce soit devenu aujourd’hui une évidence est le premier gros problème du film, qui expose alors ses faiblesses. Car si à l’époque le « twist » avait pu amuser, ou surprendre, je ne nie pas ça, aujourd’hui ce n’en est plus un. Et la perte de la surprise annule donc tout l’effet et le suspense recherchés par le dispositif de mise en scène. Cela tue le rythme du film, et même presque tout son intérêt et toute son identité. Car malheureusement, si on retire à ce premier chapitre sa seule et unique originalité, il ne reste qu’un malheureux slasher lambda, un peu bête et jamais récréatif. Et ce n’est pas l’apparition cadavérique du jeune Jason, qui engloutit la final girl au fond de son lac pour venger la mort de sa môman fraîchement décapitée, qui changera la donne. Ce dernier élan, presque désespéré, ne fait que tendre les bras aux producteurs, qui ne tarderont pas à assouvir la soif de sang de ce cher Jason.

Car pour la suite, plus question de jouer sur la surprise. Cette fois, c’est bien Jason qui répand des tripes et on le sait dès le départ. Mais là encore, il y a un gros problème : Ce deuxième chapitre est fade, car peu inspiré, et s’embourbe dans une surenchère grotesque qui dessert la caractérisation de Jason. Le pauvre n’a strictement aucune présence, et n’incarne aucune menace. Je ne peux pas vous cacher ma déception après ce deuxième film. Non pas parce qu’il était mauvais, ça je m’en doutais un peu avant de le lancer, mais parce que l’un des boogeymen les plus célèbres de l’histoire du cinéma, un véritable mythe cinématographique, venait de prendre une méchante claque dans la gueule devant mes yeux qui espéraient beaucoup plus. Il faudra attendre le troisième opus pour que Jason devienne le véritable Jason, celui avec le masque de hockey et la machette affûtée. Mais là encore, il y a un hic. Car en deux films, la franchise s’est déjà essoufflée. Pamela a vengé Jason, et Jason a vengé Pamela. Que raconter de plus que les deux films qui ne racontaient déjà pas grand-chose ? Et bah rien, et le troisième chapitre sera à la fois la victime et la preuve de cette limite qui vient d’être franchie. Dialogues nanardesques, frilosité dans la mise en scène et dans l’approche des codes établis de la franchise, intérêt réduit à néant. Jason n’est là que pour sa notoriété, et non pas pour incarner la menace qu’il est censé être. Jason, le mythe, est mort au moment même où il est né.

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Avant de ressusciter, littéralement, dans le sixième chapitre, Jason va s’offrir, dans sa quatrième péripétie, un petit regain de santé. Joseph Zito, connu pour quelques savoureux nanars, dont un avec Chuck Norris, semble conscient de la limite que j’évoquais un peu plus haut, et qui empêche notre fameux boogeyman d’évoluer. Ce qui, en tout logique, limite la possibilité de renouvellement des nouveaux chapitres. Mais c’est grâce à l’application de cet état d’esprit qu’il sera à l’origine de l’un des épisodes les plus amusants de la saga, car au lieu de jouer bêtement sur la notoriété de son antagoniste, Zito embrassera à pleine bouche les codes du slasher. Et c’est lorsqu’elle se met à flatter bêtement les plus bas instincts que la saga se fait le plus efficace. Des nichons partout, de la tripaille qui vole, des clichés si honteux qu’ils en deviennent drôles, le tout emballé avec une belle générosité. Et Jason a de la gueule. Pas de quoi révolutionner le genre, mais il y a suffisamment de choses pour passer un bon moment. Et en comparaison avec les opus précédents, c’est une petite révolution. Qui ne durera que le temps de ce film, qui avait pourtant eu la bonne idée, et la lucidité, de choisir « Chapitre Final » comme sous-titre. Cette fausse conclusion est une sorte de soubresaut pour Jason. On le croyait mort, mais le voilà en pleine forme dans un dernier élan macabre.

Avant de tirer définitivement sa révérence ? Pas du tout. Et puisque l’on parle d’élan (le mouvement, pas l’animal), c’est avec cela que je vais faire la transition avec le cinquième chapitre, l’un des pires, évidemment. Après tout, pourquoi essayer de faire les choses bien, quand on peut faire n’importe quoi ? Ici on ne prend pas de l’élan pour mieux sauter, mais pour mieux se vautrer. On raccroche les wagons à l’arrache avec l’opus précédent pour bien nous rappeler que l’on regarde un film Vendredi 13, parce que ce n’est pas toujours évident, et puis on embarque pour 1h30 de n’importe quoi. C’est pourtant bien d’essayer de bousculer la franchise, de l’éloigner du schéma auquel elle nous avait habitué et dans lequel elle s’était un peu enfermée, mais pas quand c’est pour nous sortir un vieux film policier à deux balles, avec zéro suspense, et une intrigue à la mords-moi le nœud qui se termine sur un twist puant. La seule chose honorable qu’il est bon de noter, c’est qu’ils ont laissé Jason reposer en paix. Car oui, si vous n’avez jamais vu la franchise, sachez que dans cet opus, la grande révélation finale, c’est que Jason n’était pas Jason, c’était juste le père d’une victime devenu un peu fou, avec un masque de hockey sur la tête. Il n’y a strictement rien à retenir de ce chapitre, car en délaissant l’esprit du slasher, et ses codes par la même occasion, pour se tourner vers un autre genre mal abordé, le film ne parvient jamais à se créer une véritable identité. C’est la partie de l’histoire qui sera oubliée. Ce qui n’est pas plus mal.

Mais il faut bien continuer à exploiter le filon. Car même si les films qui ont suivi l’œuvre originale n’ont jamais dépassés ou égalés le succès de celle-ci au box-office, ils ont toujours été rentables. Mais que faire alors que l’on a déjà utilisé presque toutes les pirouettes scénaristiques possibles pour faire revenir Jason ? Et bien c’est simple : Déjà, il faut se mettre en tête que les scénaristes, ces acrobates de génie, ne seront jamais à court de mauvaises idées. C’est leur métier. Il suffit bêtement de sortir Voorhees de sa tombe. Ainsi, la première séquence du cinquième chapitre, un rêve dans lequel Jason est réveillé par la foudre, devient une réalité. En un éclair donc (posez vos pierres, pitié), Jason est désormais un mort-vivant. C’est même le titre du film. Il faut bien avouer qu’ils n’ont jamais fait dans la subtilité, et ce premier degré un peu rigide est presque attachant. Super ? Pas vraiment, car c’est tout ce que l’on retiendra de cette nouvelle mascarade. Car tout, je dis bien tout, dans ce film transpire la redite et la bêtise. Il n’y a aucune prise de risque, aucun renouvellement, aucune scène véritablement marquante, rien qui permette à la franchise d’évoluer. Ce n’est qu’une énième suite pas assez crétine pour être drôle, et visiblement montée par un aveugle, qui renoue avec les pires moments de la saga. Jason le mort-vivant terminera sa course au fond d’un lac, sa carcasse accrochée à un gros caillou. Et tout le monde, à nouveau, finira par l’oublier.

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Et pourtant, une troisième trilogie démarre en 1988, avec le chapitre sept. Le Réveil de la F… Quoi ? Bon. Pardon. Un Nouveau Défi. Un titre français idiot que je n’arrive même pas à expliquer. Si on parle d’un « nouveau » défi, cela veut dire qu’il y a eu un autre défi avant non ? Lequel? Parce que là je vois pas honnêtement. Est-ce que cela signifie que des personnages que l’on connait, autres que Jason, vont revenir ? Bah non. Est-ce alors un nouveau défi pour Jason ? Résister à une nouvelle humiliation ? On s’en tiendra donc au titre original : The New Blood, qui évoque un nouveau départ bien plus éloquent pour la franchise. Car figurez-vous qu’à ce moment précis, ce septième chapitre est ce qui arrivé de mieux à ce brave Jason. C’est, à ce moment-là de mon marathon, celui que je préfère. C’est même le premier film de la saga que je trouve bon. Parce qu’il débarque avec une idée qui, sans être vraiment neuve, relance la franchise avec une pointe d’audace. Le fantastique se mêle à l’horreur. Une jeune fille avec des pouvoirs télékinétiques, qui essaie de comprendre ce qu’il lui arrive, avec l’aide de son docteur et de sa mère, réveille Jason par accident un jour où elle est en colère. Parce que oui, ils viennent méditer à Crystal Lake, c’est sympa là-bas, personne n’y meurt de façon brutale et inexpliquée. Cette touche fantastique donnera naissance à quelques affrontements savoureux et potaches, à coups de fauteuils et de plantes envoyés dans les airs par la pensée, mais donnera aussi un peu de punch à la recette Vendredi 13, qui retrouve des couleurs. Enfin, une couleur plus précisément : celle du sang.

Mais l’histoire se répète, inlassablement. N’ayant visiblement rien appris des erreurs du passé, la franchise se prend encore les pieds dans le tapis. Un coup de jus envoyé dans l’eau, et le boogeyman (qui a perdu son masque), est de nouveau debout et prêt à reprendre du service, pour la huitième fois. Comme dans The New Blood, les intentions de départ sont ici très bonnes : On enferme Jason dans un bateau, remplit d’étudiants en chaleur, en direction pour New-York dans le cadre d’un voyage scolaire. Voilà qui pourrait découler sur un huis clos intéressant. Mais il n’en sera rien. Car pour réussir un huis clos horrifique, il faut savoir instaurer à son film une ambiance oppressante et claustrophobe, et tirer parti au maximum des décors, qui sont essentiels dans ce cas de figure. Rob Hedden n’y parviendra jamais, car il n’est visiblement pas là pour réussir son film. A court d’idée au bout d’une longue heure rébarbative durant laquelle Jason augmente son compta de morts, Hedden débarque les survivants dans une vision cauchemardesque et ridicule de New-York, qui se limite à quelques ruelles taguées, un filtre vert dégueulasse, des égouts, Time Square, et deux violeurs sous cocaïne. Là encore, l’idée d’envoyer Jason se promener dans les rues de la Grosse Pomme était bonne. Mais merde, un peu d’ambition n’a jamais tué personne. Sauf ma patience peut-être.

Et je suis fatigué. Je vous assure que c’est épuisant de subir autant de mauvais films, surtout lorsqu’ils avaient, de base, des choses intéressantes à proposer. Mais je suis courageux. Je suis proche de la fin. Je lance donc The Final Friday, qui chez nous deviendra Jason va en Enfer. Quelque chose attire alors mon attention : Ce ne sont plus les petites étoiles de la Paramount qui viennent ouvrir le film, mais le logo de New Line Cinema. Je scrute avec insistance le générique d’introduction, et bam : Sean S. Cunningham est crédité comme producteur. « Jason, on est à la maison !» m’exclamais-je alors à la façon d’Harrison Ford, épuisé par les heures de souffrance que j’avais dû endurer pour arriver jusqu’ici. J’étais loin d’imaginer ce qui était sur le point de se passer. Car dans sa subtilité légendaire, la saga Vendredi 13 continue de s’embourber dans son premier degré affolant de bêtise, en disséquant, littéralement, Jason. Est-ce là dans une optique de l’étudier et de découvrir une meilleure façon de le mettre en scène ? Pas du tout. Dans un numéro de gymnastique scénaristique prodigieux (une pirouette quoi), Jason disparaît, là encore de façon littérale, de l’écran. Il peut désormais changer de corps en faisant des bisous baveux. L’idée est bonne, dans le fond il s’agit de revenir à l’essence de la franchise, quand Jason n’en était pas encore la figure. Dans l’exécution c’est calamiteux. Son absence n’est jamais comblée ou égalée, et ruine le rythme d’une intrigue dont on se fout royalement et qui ne sait pas comment gérer sa seule et unique idée, salement pompée sur The Thing de Carpenter au passage. Il ne reste de cette immondice que le clin d’œil fait aux Griffes de la Nuit, et qui annonce un futur déjà un peu plus réjouissant. Je pensais naïvement que la présence du papa de la franchise serait positive, au final j’en ressors avec l’impression que tout est devenu encore pire. C’est d’ailleurs après ce neuvième et interminable film que j’ai balancé la télécommande et que, dans une frénésie totale, j’ai commencé à marteler les touches de mon clavier pour en parler. Il le fallait. Pour ma santé mentale, il est était devenu nécessaire que j’évacue mon désespoir et ma déception. Pourquoi vous faites du mal à Jason comme ça ? Vous ne pensez pas que son image a déjà assez souffert ? Maintenant que vous l’avez envoyé, littéralement, en enfer, est-ce que je peux aller dormir ? Y’a encore trois films ? Mais vous ne voyez pas mes yeux injectés de sang qui n’en peuvent plus ? Arghhh.

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Nous on est en 2016, mais Jason lui, il découvre tout juste les années 2000. Les années 2000 c’est le futur, donc maintenant dans les films les producteurs ils veulent des vaisseaux spatiaux, des machins qui font bip bip tut, et une femme cyborg dont la seule préoccupation est de se trouver des tétons à coller sur ses nichons bioniques (Ce n’est pas moi le responsable, c’est le film bordel). Nommé comme un porno de mauvais goût, Jason X n’est pas la version Marc Dorcel de Vendredi 13 dans laquelle Jason se servirait bizarrement de sa machette, mais bel et bien la plus grosse anomalie de la franchise, qui affirme une nouvelle direction prise dans la façon de mettre en scène le symbole Voorhees. Adieu la continuité, bonjour les concepts improbables. « Jason est immortel », c’est le premier constat que fait le film, et si on analyse cette réplique de façon méta, c’est tout à fait pertinent. C’est aussi la première fois que ce statut lui est accordé de façon orale. La référence ira même plus loin en ajoutant que pour certaines personnes « une chose que l’on n’arrive pas à tuer est trop précieuse pour être laissée au frigo », car ouais, ils ont littéralement (encore) foutu Jason au frigo, avant de conclure par un magnifique « l’argent a toujours gain de cause ». Sérieux qu’est-ce que je peux ajouter à ça ? Bim, dans tes dents Hollywood ? Tout est dit, et avec l’amertume nécessaire en plus. Je t’aime bien film, c’est cool de faire mon travail à ma place. Et le plus improbable avec Jason X, ce n’est pas tant de se retrouver dans le dernier quart d’heure face une upgrade accidentelle de Jason en mode semi-robotique, ce n’est pas le numéro acrobatique grand guignolesque de la femme cyborg affublée d’une combinaison en cuir bien kitsch et judicieusement découpée, if you know what I mean, hashtag clin d’œil. Le plus improbable, c’est que c’est un « bon » film. Entre guillemets parce que bon, faut pas trop déconner non plus. Mais c’est très amusant. Pour commencer, visuellement, si on oublie quelques effets spéciaux datés et une séquence jeu vidéo ratée, l’ensemble a de la gueule. Ensuite, Todd Farmer, le scénariste (à qui l’on doit les scénarii de Hell Driver avec Nicolas Cage, et Meurtres à la Saint Valentin. Deux beaux nanars), ainsi que le regretté James Isaac, le réalisateur, semblent parfaitement conscients qu’avec un concept aussi perché, la comédie prendra forcément le dessus sur l’horreur. Et ils se régalent de leur propre bêtise, en décuplant les quelques scènes horrifiques inévitables pour que le spectacle soit saignant à souhait. Et ça fonctionne, aussi, par un rythme soutenu, avec peu de temps morts. *clic* *la télévision s’éteint*

« Plus que deux films ». Et là déjà je me sens mieux, parce que les deux films qui restent, je les ai déjà vus. L’un quand j’étais jeune et que mes parents me laissaient aller au vidéo club sans vérifier avec quel film je revenais. L’autre au cinéma au moment de sa sortie. Et maintenant que j’ai vu l’intégralité de la franchise, je peux le dire : C’est mon épisode préféré que je m’apprête à lancer dans le lecteur bluray. Celui qui m’a fait découvrir Jason à l’époque. C’est maintenant que la dernière scène du chapitre 9 va enfin servir à quelque chose. Jason revient, comme toujours. Mais cette fois, et contrairement aux deux films précédents qui ne s’étaient pas fatigués à chercher une explication à son retour, genre il était là et puis c’est tout (Dédicace à Philippe Lucas), ils ont eu une vraie bonne idée pour le ramener. Et cette idée ils l’ont confiée à la bonne personne: Ronny Yu. Ce mec qui a réussi à faire un excellent Chucky après les terribles épisodes deux et trois. « Mais arrête de faire durer le suspense vil salopard, balance le titre du film !» hurle la foule imaginaire dans ma tête. Et je répondais, dans une mauvaise imitation approximative de Garou : « Ce n’est pas le moment de vous endormir les enfants, car dès à présent, Freddy Krueger cherche à s’inviter dans vos cauchemars ».

Je pense sincèrement que Freddy contre Jason est l’un des meilleurs cross-over de l’histoire du cinéma. Ouais carrément. Parce que comme Jason X, c’est un concept bien perché qui s’assume du début à la fin. A la différence que ce film-là, il parvient à tirer profit du meilleur des deux personnages qu’il met en scène, avec un humour ultra-efficace et décomplexé, une mise en scène hyper soignée, et le tout sans oublier de mettre le paquet dans les effets gores. Les deux antagonistes y sont superbement iconisés, plus que dans n’importe lequel des films dans lesquels ils apparaissent. Je le répète très souvent, mais pour moi, ce film est le meilleur film des deux franchises. C’est le plus amusant, le plus inspiré, et le plus libre de ton. Et surtout, le mélange des deux univers fonctionne à merveille, presque comme s’ils avaient été pensés pour se rencontrer un jour. Le sadisme et l’humour noir de Freddy n’ont jamais été aussi bien exploités, tout comme les séquences de rêves qui accompagnent son personnage. Et du côté de Jason, se sont sa brutalité et sa force surhumaine qui se matérialisent, sous le regard déjanté de Ronny Yu, dans une sorte d’apogée graphique que la franchise des Vendredi 13 ne s’était jamais permise auparavant. Le réalisateur chinois a tellement bien compris les personnages que leur affrontement est bien plus que physique, il se fait aussi sur un plan « spirituel ». C’est un mythe qui en analyse un autre. Et c’est la première fois, en onze films, que l’esprit de Jason est abordé par le scénario. La première fois que l’une des nombreuses faiblesses qu’on lui a inventé trouve un vrai sens, en écho avec son passé et sa création. La première fois que l’on peut presque poser un regard empathique sur le personnage. C’est la première fois que Jason incarne réellement Jason. Et c’est là-dessus que la franchise, telle qu’on la connait, prend fin. Et ça c’est beau. Putain ouais, c’est beau.

Et un autre film qui est beau, c’est le remake de Marcus Nispel, produit par le sous-estimé Michael Bay. Pas spécialement beau dans sa globalité, car il y a des choses à redire, mais remarquable dans son travail sur la lumière, superbe, et la direction artistique, superbe elle aussi. C’est l’un des gros points forts de son remake de Massacre à la Tronçonneuse, et j’ai eu du plaisir à retrouver ici la même vision esthétique poisseuse. Car l’univers de Jason mérite d’être sublimé de cette façon. Le hic, c’est que cette fois il ne remake pas un chef d’œuvre de Tobe Hooper, il remake l’arnaque de Cunningham qui ne lui laisse pas énormément de matière à exploiter. Conscient de cela, il se détache donc complètement du premier film, pour n’en retenir que la fin (le meilleur passage quoi) qu’il expédie en début de film pour donner le ton. C’est la première bonne idée de ce remake, qui ne nous gave pas pendant trois plombes à refaire une histoire que l’on connait déjà et dont la finalité est aujourd’hui désuète. Puis il prend le temps d’introduire Jason en le lâchant au milieu de jeunes campeurs délurés qu’il massacre joyeusement, soutenu par une mise en scène bien brutale, pour notre plus grand plaisir. Deuxième bonne idée. Et enfin le film démarre. Troisième bonne idée, car en scindant le film en deux temporalités, qui comportent deux groupes de personnages, Nispel se débarrasse des inévitables vingt minutes de métrage chiantes de n’importe quel slasher dans lesquelles il faut meubler et faire croire à un semblant d’intrigue. L’introduction à rallonge, c’est donc oui, surtout que celle-ci sera habilement utilisée plus tard. A partir de ce moment-là, Nispel s’amuse, et il ne le fait pas à moitié. Il enlace affectueusement tous les codes du slasher, qu’il prend un malin plaisir à semer tout au long de son film, shooté à l’ancienne, mais avec plus de moyens. Ce remake de Vendredi 13 est un pur slasher, au sens le plus noble et le plus classique du terme. Mais c’est une identité à double tranchant, qui se contente d’une navigation de plaisance alors que quelques vagues auraient été les bienvenues. Au-delà de la séquence d’introduction, la mise en scène manque de personnalité, et aussi jouissives soient-elles dans leur côté régressif, la plupart des séquences manquent d’impact. C’est souvent fade, trop convenu, trop propre. Et Nispel fini, inévitablement, par se perdre dans un dernier tiers mou du genou, expédié, et enfermé dans un premier degré hors sujet. Un résultat en demi-teinte, donc.

epilogue

C’est la fin de mon aventure à Crystal Lake, qui aura quand même duré un an. Ce fût souvent pénible, j’ai même souvent pensé à abandonner, vous l’avez désormais compris. Pourtant je suis satisfait du voyage, je me sens moins bête, et plus en phase avec un genre que j’apprécie, et que je connais maintenant mieux. Jason a désormais intégré ma culture cinématographique, et si les films ne lui ont, à mon avis, que rarement fait honneur, et se sont avérés assez éloignés de la vision que je m’en faisais plus jeune, alors que je n’osais pas les voir, c’est un personnage que j’aime quand il est bien utilisé. Car il possède un énorme potentiel horrifique au-delà de sa seule prestance iconique. Un potentiel relativement bien cerné par les trois réalisateurs qui l’ont exploité durant les années 2000, la période de la franchise que je préfère. La période New Line en fait, celle que les fans de la première heure détestent, à ce qu’il paraît.

Mais Jason est immortel. Il reviendra toujours. Plus tôt qu’on ne le pense d’ailleurs, car si le projet ne tombe pas à l’eau (badam tssss), et s’il trouve un réalisateur d’ici là, Jason devrait sortir de son lac en 2017 pour un nouveau film, produit par la Paramount et Platinum Dunes. Il se murmure d’ailleurs que le film ne sera pas un found-footage, et ne sera pas tourné en 3D. A notre époque, où ces deux critères sont devenus presque inévitables, j’ai envie de dire : C’est déjà ça ! Vous êtes lassés de ses aventures cinématographiques ? La CW, en collaboration avec Cunningham, pourrait bien sortir une série Vendredi 13. Les connaissant, ce sera donc sans sexe, et sans violence graphique. Sans intérêt ? Ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué, mais en ce qui me concerne, le fusil est déjà chargé. Et si dans votre esprit dérangé vous rêvez secrètement de massacrer des adolescentes topless et des idiots défoncés à la beuh et au whisky, sachez que ce sera bientôt possible. Pas dans la réalité, parce que c’est pas très sympa de tuer les gens et que ça s’appelle un meurtre, mais dans le jeu vidéo officiel dont la campagne Kickstarter a été un franc succès, et dans lequel on incarnera, tour à tour, Jason, ou les adolescents.

Moi, de mon côté, je vais dormir. Bisous.

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