Buffy contre les vampires : retour sur une série culte

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Quand on parle de Buffy contre les vampires, la plupart des gens pensent à sa diffusion le samedi soir sur M6 dans la trilogie du samedi et son côté « rendez-vous des ados qui n’ont pas le droit de sortir le week-end ». Charmed, The Sentinel, Roswell… ce programme a diffusé pas mal de navets télévisuels mais Buffy contre les vampires a su sortir du lot (tout comme X-Files mais ça, c’est une autre histoire qui mérite un autre dossier). Malgré une VF désastreuse qui occultait tous les dialogues géniaux de Joss Whedon (vous savez, le type qui a réalisé les deux Avengers) tournant bien souvent autour du sexe la série abordait des sujets et thèmes beaucoup plus profonds qu’il n’y parait et a offert un bon nombre d’épisodes cultes. Après avoir revu l’intégralité de toutes les saisons en VO j’ai donc décidé de m’attaquer à ce dossier intitulé Pourquoi Buffy contre les vampires est une série culte et réussie.

029-buffy-the-vampire-slayer-theredlistDès le pilote, Buffy contre les vampires donne le ton. C’est l’histoire d’une jolie blonde qui colle des baffes à des démons la nuit tout en essayant de gérer sa vie de lycéenne qui veut devenir pom-pom girl : plus serie B que ça on fait pas. Sarah Michelle Gellar alias Buffy colle parfaitement au rôle de l’Américaine moyenne et s’entoure d’une équipe vraiment attachante : Giles (Anthony Stewart Head) son « observateur » qui doit former la jeune tueuse, Xander (Nicholas Brendon) le petit rigolo et Willow (Alyson Hannigan alias Lily dans How I Met Your Mother) la nerd timide… au fil des années cette team va s’étoffer avec notamment Angel (David Boreanaz), Spike (James Wesley Marsters), Anya (Emma Caulfield) et s’appeller le Scooby-Gang !

La chaîne ayant donné un petit budget à cette première saison Joss Whedon s’amuse à créer des monstres en carton qui renforcent le côté fauché mais tellement drôle de cette série. A l’image du grand méchant, Le Master, totalement risible malgré sa grande puissance. Avec le succès le budget va considérablement augmenter mais la série garder ce côté maquillage grotesque des démons. Impossible de ne pas être dégoûté par leur aspect parfois dégoûtant du plus bel effet.

Les épisodes sont souvent indépendants les uns des autres avec des ennemis différents mais font avancer la trame principale, ainsi Buffy et ses amis affrontent un professeur qui capture les élèves vierges pour les dévorer sous l’apparence d’une mante religieuse, une poupée tueuse, une élève invisible qui se venge des élèves qui se sont moqué d’elle, un démon qui fait apparaitre les peurs profondes des héros… bref vous l’aurez compris, Joss Whedon se lâche et on ne peut s’empêcher d’enchaîner les épisodes. Toutes les saisons possèdent un ennemi principal qui le plus souvent est affronté lors du final et représente un tourment qui habite les personnages.  Le showrunner se permet donc d’aborder des thèmes liés à l’adolescence et la vie adulte. Par exemple lorsque Buffy et ses ami(e)s vont à la fac le malaise retranscrit face à ce nouveau lieu est palpable. Buffy est perdu tandis que Willow est à son aise. Xander, faute d’argent et d’école ayant accepté son dossier scolaire se retrouve à travailler sur des chantiers et vivre dans le sous-sol de ses parents.

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En fait, tous les personnages masculins de la série ne savent pas où ils vont. Angel et Spike sont fous amoureux de notre héroïne au point de perdre toute rationalité, Giles est dépendant de la tueuse et ne saurait pas quoi faire sans elle, l’un des méchants, Warren, est un misogyne utilisant ses inventions pour asservir les femmes et le petit copain de la mère de Buffy est un robot tueur. Bref, la liste est longue. On peut considérer que Buffy contre les vampires est une série avec un gros côté féministe présent comme dans le reste de l’œuvre de Whedon. Le monologue prononcé par Buffy dans l’épisode final en est un exemple probant. Ici les femmes sont souvent les plus puissantes et ont le total contrôle de la situation. Willow passe de la petite nerd timide à la sorcière la plus forte du Buffyverse (qui définit tout l’univers et la mythologie de cette série). Buffy doit faire face à beaucoup de problèmes qu’elle encaisse non sans un certain masochisme grâce à un fort caractère : comment allier son combat contre les forces du mal avec le lycée puis la fac et son travail dans un fastfood ? Sa vie sexuelle avec un vampire ou encore un homme qu’elle met en danger face aux forces du mal ? Buffy vit toujours sur le fil du rasoir et le long des 7 saisons, sa vie ressemble à un énorme calvaire sans fin.

Pour en revenir aux thèmes abordés lors des différentes saisons de Buffy contre les vampires, il est important de souligner l’audace dont a fait preuve Joss Whedon en introduisant un personnage gay dans sa série, Willow. Fait intéressant le showrunner n’a pas jugé nécessaire de réaliser un épisode consacré au coming out de son personnage, celui-ci s’est tout simplement mis en couple avec une femme après avoir eu un petit copain. Dans Orphelines, saison 5 épisode 16, une scène montre un baiser entre Willow et sa copine, Tara. The WB qui diffusait la série a l’époque s’était opposé à montrer celle-ci à l’antenne mais grâce à la ténacité de Joss Whedon la séquence n’a pas été coupée au montage. Une scène tout à fait normale dans les séries aujourd’hui mais qui avait refroidit la chaîne à l’époque, une nouvelle preuve que Buffy contre les vampires était une série en avance sur son temps. Cet épisode est d’ailleurs considéré comme culte, pour ce baiser mais également sa forme esthétique particulière alliant plans séquences et absence de musique tout le long.

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Beaucoup d’autres épisodes le sont. En effet pour se renouveler Joss Whedon et ses scénaristes en ont offert plusieurs sortant du lot. Les fans ont d’ailleurs fait une multitude de classements qui au final s’entendent tous. Ainsi Once More, with Feeling, épisode 7 saison 6, est entièrement musical et dure une heure. Comme un spectacle de Broadway, les différents personnages sous le sortilège d’un démon se retrouvent obligé d’exprimer leurs sentiments les plus profonds à travers des spectacles musicaux. La plupart des morceaux écrits par Joss Whedon sont d’ailleurs excellents tout en abordant des styles différents comme I’ll Never Tell, Walk Through the Fire, Where Do We Go From Here

 A la Dérive, épisode 17 de la saison 6, a lui aussi beaucoup marqué les fans. Cet épisode diablement bien écrit joue avec les codes et la mythologie de la série pour nous faire douter jusqu’au plan final. Buffy se fait piquer par un démon qui lui injecte un poison provoquant chez elle des hallucinations pendant lesquelles elle se voit internée dans un asile psychiatrique où un médecin et ses parents lui annoncent qu’elle pense être une chasseuse de vampire depuis des années dans un monde imaginaire. Whedon n’hésite pas à revenir sur d’autres épisodes de la série pour nous faire douter que tout cela est arrivé, faisant ainsi appel à notre rationalité : une fille désaxée imaginant tuer des monstres pour échapper à ses démons intérieurs n’est pas plus crédible que tout ce que nous avons vu jusqu’à maintenant ? Un épisode qui a beaucoup semé le trouble chez les spectateurs…

Un Silence de Mort, épisode 10 saison 4, est le total opposé de Once More, with Feeling dont je vous parlais précédemment. Cette fois les personnages communiquent grâce au silence. Des démons appelés les « gentlemans » dont l’apparence est inspiré entre autres par Nosferatu de Murnau, Mr Burns des Simpsons ou encore l’univers de Tim Burton (ce sont eux sur la seconde image de notre dossier) arrivent en ville et ôtent la voix des humains pour mieux les tuer et leur arracher le cœur. Un Silence de Mort est également l’occasion de voir certaines situations savoureuses. Dans l’une d’elle, Buffy pour expliquer comment éliminer les démons mime les gestes d’un couteau qui fait des va et vient : résultat tous ses amis pensent qu’elle mime une masturbation…

511392_1281300964198_fullCar oui en dehors des thèmes importants abordés par Buffy la série possède un humour indéniable (à l’image de cette colocataire de Buffy fan de Céline Dion qui l’écoute tous les jours à fond). Alors que le second degré de la première saison semblait non voulu à travers le côté fauché dont je vous parlais le reste de la série alterne volontairement situations parfois absurdes, dialogues à double sens, références à la culture populaire (par exemple les films d’horreur) et métaphores qui caractérisent l’œuvre de Whedon. Les allusions sexuelles sont également légions et on comprend très vite que ça travaille énormément tous les personnages, qu’importe leur orientation ou qu’ils soient des vampires, des loups-garous… le tout loin des amourettes prudes de certaines séries fantastiques actuelles. La plupart des dialogues sexués ont d’ailleurs été totalement occultés dans la VF, peut-être l’une des raisons pour laquelle Buffy est sage dans l’inconscient collectif.

Ce sont donc tous ces éléments qui font de Buffy un petit bijou télévisuel trop souvent boudé et marginalisé par les médias. Heureusement internet a su réévaluer cette série et lui donner le statut de monument télévisuel culte grâce à une grosse communauté de fans qui se retrouve sur divers sites, le francophone le plus connu étant Slayer Revival. Buffy contre les vampires doit être regardé en VO pour être apprécié et mérite une seconde chance malgré sa mauvaise réputation auprès du grand public en France. A noter que la série a donné un spin-off tout aussi excellent mais différent, Angel, et que Anthony Stewart Head a annoncé récemment que Joss Whedon et lui pensaient à une série sur son personnage Giles. Une raison de plus de vous y mettre car l’engouement autour de Buffy va bientôt reprendre. Après 7 saisons la série a tiré sa révérence mais continue encore aujourd’hui chez Darkhorse sous forme de comics.

Si ce dossier vous a convaincus vous savez ce qu’il vous reste à faire internautes du CinemaClubFR

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