[CRITIQUE] « Unfriended », réalisé par Levan Gabriadze

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Unfriended

Une jeune lycéenne se suicide après qu’une vidéo compromettante sur elle ait été publiée sur Internet. Un an plus tard, six de ses amis se connectent, un soir, sur skype, pour « tchater » entre eux. Mais une septième personne, inconnue des autres, se connecte également. Cet intrus se montre très vite sous un visage inquiétant et menace les six amis de tuer le premier qui se déconnectera. Peu à peu, les événements tragiques qui ont marqué la bande, un an plus tôt, refont surface et se montrent sous un nouveau jour.

Maître du film d’horreur low-cost, Jason Blum sort un nouveau film de son écurie BlumHouse, Unfriended. Profitant d’une bande-annonce particulièrement efficace, Unfriended compte surtout beaucoup sur son concept: et si tout se passait sur un écran d’ordinateur ? Avec la richesse de nos nouvelles technologies, on s’étonne encore que personne n’y ait pensé plus tôt: seuls certains (mauvais) Found-Footages avaient partiellement exploité le concept sans jamais le pousser à bout, comme notamment Paranormal Activity 4. Alors, est-on face à un énième nanar en mal d’inspiration ou est-ce une étonnante surprise ? Réponse.

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Un écran s’allume. Le curseur de la souris capte l’attention du spectateur: elle sera notre guide dans cette aventure au concept déstabilisant. On s’étonne encore de se retrouver là, à regarder un écran d’ordinateur s’animer tout seul. Évidemment, on ne va pas passer 1h30 à regarder des vidéos de chat sur Youtube: nos principaux protagonistes apparaissent un à un sur un Skype, fil rouge nécessaire d’Unfriended. Leurs liens sont explicites, le postulat de départ est rapidement montré à travers l’ordinateur de Blaire : c’est l’anniversaire de la mort de Laura Barns, suicidée après la mise en ligne d’une vidéo peu flatteuse ayant ruiné sa vie. Le début du film peut paraître un peu long, enchaînant les poncifs inutiles du genre, mais s’avère finalement nécessaire afin de préparer peu à peu le public à l’expérience qu’il va vivre lors d’un virage surprenant dans l’horreur pure. Évidemment tout est assez appuyé à l’écran afin que l’on puisse facilement suivre et trier les informations, très nombreuses lorsqu’il s’agit de pages internet. En effet, Unfriended a le mérite de se donner aucune limite et d’utiliser son concept à fond : l’écran alterne avec fluidité entre Skype, navigateur internet, iMessage, Spotify, Youtube, Facebook, Chatroulette… Des outils que le long-métrage use de manière astucieuse et inventive pour provoquer la tension : la musique de Spotify laisse place aux longs silences du PC, une fenêtre ouverte cachera la précédente, les longs chargements de connexion internet laissent planer une crainte dans l’auditoire, la violence sonore et brute des notifications surprennent (Avast en pleine nuit et le son à fond, vous l’avez ? Voilà)… Si le film ne vous donnera pas des peurs à ne plus en dormir la nuit, il demeure tout de même très efficace et malin avec ses gros moments de tension. De ce fait, Unfriended deviendra plutôt ludique et jouissif, le film se permettant parfois un humour noir savoureux pour détendre l’atmosphère, avant de repartir de plus belle dans l’horreur.

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Unfriended arrive à humaniser son danger de manière assez morbide, se penchant au passage sur le cas du harcèlement scolaire et du danger d’internet. Mais ce n’est pas assez d’un point de vue scénaristique : la forme dépasse largement le fond, finalement assez simpliste et déjà-vu avec ses jeunes personnages débiles. Qu’importe, on s’étonne d’être fasciné et pris par ce jeu mortel imprévisible lancé par cet esprit vengeur tout-puissant forçant nos personnages à révéler leurs plus lourds secrets. Évidemment on devine très vite qui est responsable de tout ceci mais ce n’est finalement pas le plus important : c’est de voir quels outils va utiliser Levan Gabriadze pour s’amuser avec ses personnages, dans cet immense terrain de jeu dont il multiplie les points de vue avec une maîtrise redoutable. Certes ce film « de post-production » va diviser les amateurs de cinéma de genre avec sa modernité virtualisant tous les ingrédients classiques du slasher, mais ne peut que réjouir par son inventivité et son renouvellement constant, allant jusqu’au bout de ses idées dans un final redoutablement flippant. On notera également un énorme travail de traduction localisée de la part d’Universal France : une grande majorité des pages internet sont traduites directement à l’écran, tout comme des inscriptions dans des vidéos Youtube, sur le flux Skype… Une traduction minutieuse et merveilleusement bien intégrée pour un si petit film, c’est assez rare pour être souligné.

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