[CRITIQUE] « Twin Peaks – Fire Walk With Me (version restaurée) », réalisé par David Lynch

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La mort mystérieuse de Teresa Banks dans la tranquille petite ville de Deer Meadow va donner bien du fil a retordre aux agents Dale Cooper et Chester Desmond qui vont mener une enquête en forme de charade et découvrir que bien des citoyens de la ville sont impliqués dans cette affaire. Un an plus tard, ce sont les sept derniers jours de Laura Palmer, qui se termineront par la mort brutale de cette dernière annonçant ainsi le début de Twin Peaks, le soap opera.

Alors que David Lynch revient en force sur le petit écran avec la saison 3 événement de Twin Peaks, le reste de son travail est remis en avant via des ressorties en salles de copies restaurées. Eraserhead peut ainsi être redécouvert ainsi que sa préquel à sa série phare : Twin Peaks : Fire Walk With Me. Les deux œuvres bénéficient non seulement d’une restauration mais aussi d’une diffusion en 4K dans les salles équipées. Malmené à sa sortie et hué à Cannes, Fire Walk With Me se refait une virginité à l’occasion de son retour en salles. Retour sur un film qui a une plus grande importance qu’on ne pourrait le croire.

On va gagner un temps fou : Fire Walk With Me annonce la saison 3 de Twin Peaks. On retrouve bons nombres d’effets de réalisation et de narration qui explosent au grand jour tout au long des 18 épisodes de la saison. En amont du lancement, David Lynch avait, assez habilement, déclaré que le film avait un rôle majeur dans le retour de Dale Cooper et compagnie. Cela explose littéralement au visage si, comme moi, on a vu tous les épisodes des deux premières saisons mais aussi ceux de la nouvelle saison. Plus les deux heures du film avancent, plus on se surprend à apercevoir clins d’œil ou indices. Un traveling sur la photo de Laura Palmer, un plan sur une prise électrique, le retour de figures phares du show, tout est bon pour provoquer un sentiment au spectateur : le retour à la maison. Ce fameux Homecoming qui ne portera jamais aussi bien son nom qu’en 2017.

Mais si Fire Walk With Me se déroule à Twin Peaks – logique, il raconte les sept derniers jours de Laura Palmer -, sa première heure reste aussi étrange et cryptique puisqu’elle a, à la fois, rien à voir avec la série et tout à voir avec. On suit un duo d’agents du FBI qui enquêtent sur la mort d’une jeune fille. Ce début peut être perçu comme un condensé de la série et de son essence. Des moments drôles, des moments gênants, du second degré, du mystère et du fantastique. La force du film réside dans sa seconde partie, la partie consacrée à Laura Palmer. Si les rouages de la première saison – et dans une moindre mesure, de la saison deux – sont progressivement insérés, David Lynch dresse avant tout le portrait d’une Amérique jeune et libérée, droguée et libérée sexuellement. La jeunesse de Twin Peaks est l’exacte opposée de celle de Woodsboro alors que seulement 4 ans séparent les deux films.

Le casting est au moins aussi impressionnant que dans la saison 3. On retrouve les premiers noms comme Kyle MacLachlan, David Lynch, Miguel Ferrer ou Frank Silva mais aussi des nouveaux comme David Bowie dans une scène magique et psychédélique à souhait ou un tout jeune Kiefer Sutherland. Mais le coeur du film réside dans Sheryl Lee et dans l’entourage de Laura Palmer. Le film plonge au-coeur de sa relation incestueuse avec son père, incarné par Ray Wise mais aussi sur les rapports qu’entretient la jeune femme avec les hommes et le sexe. On ne mentionnera pas la scène culte avec Killer Bob qui provoque encore maintenant des cauchemards. La révélation du film tient en Sheryl Lee. La jeune actrice prouve dans ce film qu’elle est plus que le cadavre le plus sexy du petit écran, elle déploie un véritable jeu et expose une palette large. Elle montre à la fois l’innocence de la fillette, la provocation de l’adolescente, la maturité de la femme et la vulnérabilité de l’être humain.

La version restaurée par Potemkine présente de nombreux avantages. Premièrement, la réalisation de David Lynch explose véritablement. Le film se détache de son côté « daté » pour être un objet à part. Dans un deuxième temps, l’ambiance sonore, travaillée par David Lynch et Angelo Badalamenti, permet la création d’un cocon, d’un moment bloqué, flottant, hors du temps. Elle mêle habilement thème récurant et innovations sonores. Enfin, la ressortie en salles présente l’avantage de revoir un film de David Lynch au cinéma mais aussi de mieux apprivoiser la troisième saison tant les liens entre les deux formats semblent poreux et souples.

Twin Peaks : Fire Walk With Me apparaît, par le prisme de sa ressortie en version restaurée 4K, comme le chaînon manquant entre le David Lynch d’il y 25 ans et celui de maintenant. Un chaînon manquant qui ne manque pas d’attrait et de curiosité. Une rose bleue comme on aimerait en voir plus de nos jours.

« Twin Peaks - Fire Walk With Me (version restaurée) », réalisé par David Lynch
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Conclusion

It was a dream ! We live inside a dream !

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