[CRITIQUE] « Tourist Trap », réalisé par David Schmoeller

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Une bande d’amis tombe en panne au milieu de nul-part, ils font la connaissance de Mr Slausen, un chasseur vivant dans les alentours. Alors qu’il leur propose son aide, les jeunes disparaissent uns par uns sous les mains d’un tueur masqué aux pouvoirs télékinétiques.

Tourist Trap est le premier film de David Schmoeller, réalisateur qui semble avoir un faible pour tout ce qui est humain en plastique puisqu’il est aussi le père de Puppet Master. Sorti en 1979, un an après Halloween, Tourist Trap est un de ces films victimes de son époque et qui mériterait plus de reconnaissance puisqu’il reste une oeuvre assez originale dans la vague des slashers dont il fait partie.

Le film commence comme un slasher lambda (-mais t’as dit que -atteeends), des jeunes perdus au milieu de nul part, le coup de la panne… Mais ce qui d’ordinaire servirait de longue présentation pour des futurs morceaux de viande, ici se passe rapidement. On assiste à un premier meurtre en début de film qui est une excellente mise en bouche. Il est sacrement bien réalisé. La séquence est d’un cauchemardesque saisissant, on valse presque littéralement avec des plans sur des mannequins déformés et des meubles qui semblent possédés, le montage brutal mais surtout la musique donnent une réelle impression de cauchemar. Cette séquence surnaturelle tourbillonnante instaure une attente chez le spectateur concernant les meurtres à venir qui promettent en originalité et frissons. C’est simple mais efficace. On rencontre ensuite les prochaines victimes, 3 jeunes filles dont la fameuse vierge coincée habillée tout en blanc pour la subtilité, qui se baignent et rencontrent le chasseur du coin un peu voyeur et étrange dans une scène dont Zombeavers s’est très certainement inspiré. Le chasseur, Mr Saulsen interprété par Chuck Connors, emmène les jeunes filles et le seul homme de la troupe chez lui, et que la chasse commence.

Tourist Trap vire brièvement en huit-clos. Même s’ils ont des traits typiques de protagonistes de slasher, les personnages restent supportables et subtiles. Ils réagissent intelligemment ce qui est appréciable. Une autre originalité du film est le surnaturel. En effet, le tueur a des pouvoirs télékinétiques cependant Schmoeller ne fait pas dans la surenchère fantastique. Le tout reste réaliste et crédible, une sorte de Carrie à la American Gothic. Le boogey-man de Tourist Trap est un mélange entre Leatherface et Michael Myers avec la folie de Norman Bates, c’est à la fois un avantage et un inconvénient puisque le comparer à ces figures de la culture populaire lui fait malheureusement de l’ombre alors qu’il mériterait tout à fait sa place dans la liste des grands psychopathes de l’horreur.

L’horreur de Tourist Trap trouve son point fort dans l’ambiance. La majeure partie du film se situe au milieu de nul-part, le lieu rappelle plus ou moins Muck, un slasher indépendant de 2015, dont l’action se passe majoritairement dans une maison perdue au fin fond des marécages. L’atmosphère particulièrement oppressante du long métrage est très similaire à celle de The House of Wax (j’espère que tu as pensé à celui avec Vincent Price en premier sinon le père-noël ne t’apportera pas de cadeau l’année prochaine) voire Maniac. Toute l’ambiance repose sur l’utilisation des mannequins en plastique. On en vient souvent à se demander s’ils sont vivants ou non, le réalisateur force cette impression de paranoïa notamment avec une réplique « Feels like flesh » mais surtout lorsque le tueur utilise ses pouvoirs de télékinésie. Leurs yeux bougent, ils parlent… C’est très cauchemardesque et cette dimension onirique (une scène à la Blanche Neige est particulièrement magnifique), surnaturelle apporte une vraie touche de personnalité au film.

Il est également intéressant de noter un jeu parfois astucieux de la musique et des sons. A plusieurs reprises, ce sont des bruits ou des voix hors champs qui attirent les personnages et créent un réel sentiment de peur. Il y a une utilisation pertinente du son, par exemple lors d’une scène où on entend simplement des insectes, leurs cris résonnent dans la nuit comme une alarme juste avant qu’une des premières filles ne meurt. La musique est en diapason avec les mouvements des personnages et sert aussi cette impression d’être dans un rêve constant. Pino Donaggio, compositeur de Carrie ou Don’t Look Now étant l’homme derrière la machine, ce n’est pas surprenant. David Schmoeller réalise des plans astucieux pour mettre en scène la peur sans la présence des mannequins notamment en jouant sur la mise au point. Bien que Tourist Trap ait un ton généralement sérieux, la musique de générique plutôt burlesque ne le laissait pas forcement supposer. On a de rares moments légers surtout la fin qui est en totale rupture avec les 120 minutes précédentes, mais cela reste anecdotique et ne gène pas l’ensemble, ça rend même le tout encore plus malsain.

3.5

Conclusion

Tourist Trap est un slasher qui est injustement anecdotique, l’ambiance cauchemardesque et les mannequins tout aussi effrayants font de cette oeuvre un film de genre particulièrement efficace.

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