[CRITIQUE] « The Woman », réalisé par Lucky McKee

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Une famille séquestre une sauvage dans leur garage pour l’éduquer et laissera libre cours à une injuste barbarie.

Récemment mentionné dans le dernier coup de gore de la rédaction par notre cher Tanguy Renault, The Woman est indéniablement une oeuvre atypique qui vient confirmer une nouvelle fois que c’est du cinéma d’horreur indépendant que sévissent des grands réalisateurs en devenir. Du film noir fantastique May au teen movie All Cheerleaders Die, Lucky McKee semble avoir un charme pour les personnages féminins, sa filmographie regorgeant de longs-métrages où les femmes ont le premier rôle. The Woman ne déroge pas à la règle mais va plus loin car c’est au modèle de la famille idéale, entendez patriarcale, que s’attaque le réalisateur.

Adapté du roman The Woman, troisième livre de la trilogie Dead Rivers écrite par Jack Ketchum, ce film est également la suite d’Offspring adapté de la même série. Dans le prequel réalisé par Andrew Van Den Houten (également producteur du film dont il est question dans cette critique), La Femme fait partie d’une tribu cannibale qui s’en prend à une famille dans le simple but de se nourrir et survivre. Dans The Woman les rôles sont inversés puisque c’est le personnage interprété par Pollyanna McIntoch qui est alors séquestrée par une famille. Bien que le message principal d’Offspring, à savoir qui sont les plus humains entre des sauvages et des civilisés, reste très important ici, le film de Lucky McKee est à prendre tel quel et reste parfaitement compréhensible sans avoir vu celui de Van Den Houten.

L’introduction nous plonge dans le monde de cette Femme sauvage qui vit à l’état primitif, comme mythifiée par une réalisation aux airs fantastiques et une esthétique façon Antichrist de Lars Von Trier, McKee n’hésite pas à affronter le spectateur à sa nature refoulée en faisant regarder la femme face caméra. Du côté de la civilisation se trouve une famille ordinaire dans une fête de gens civilisés, avec des boissons et un barbecue civilisé. C’est pendant une partie de chasse que le père de famille, Chris Cleek, aperçoit la femme mais plutôt que de l’aider comme le ferait un homme civilisé, il retourne chez lui et ordonne à sa femme et ses enfants de ranger le débarras pour la grande surprise qu’il leur a préparé. C’est à partir de ce moment que commence à s’installer un malaise (volontaire), on sent que la suite va mal tourner cependant le spectateur préfère légitiment ne pas croire au pire car après tout c’est une famille comme une autre. The Woman partage des similitudes avec le drame horrifique Bedevilled, le microcosme de l’île représenté dans le film du réalisateur coréen Jang Cheol-so est ici remplacé par le cadre familial des plus commun qui vise le public occidental et lui permet de s’identifier.

Dans The Woman, la famille s’apparente à une secte dont le père, qui agit comme un Charles Manson fortuné, serait le gourou. Une fois qu’on a compris ce que veut dire Lucky McKee, les places et les futurs actions de chaque membre/personnage sont faciles à deviner. Le film devient alors prévisible ce qui n’est pas aidé par la mise en scène discrète, malgré tout le réalisme participe à créer cette sensation de malaise et d’incompréhension face aux événements et va même jusqu’à nous faire croire que cette histoire pourrait être un réel fait divers. La Femme non civilisée est traitée comme un animal. Sous prétexte de l’éduquer, le père (principalement) se laisse guider par ses instincts les plus pervers. Le fils n’hésitera pas à l’aider dans ses délires atroces, il est en proie à devenir comme lui, un vrai daron. Ces derniers agissent comme des chasseurs, deviennent alors plus sauvages et dangereux qu’une femme qui fait sa toilette dans les bois sans embêter personne.

Le personnage de The Woman est bien plus qu’une victime isolée, chaque plan sur elle est réalisé autrement afin de lui donner une image plus abstraite, celle des femmes en général, oppressées par un système patriarcal, dans ce cas la famille. Elle représente aussi bien la mère de famille soumise que l’adolescente qui se cherche ou la petite fille innocente qui n’a rien demandé. Cette symbolique atteint son apothéose dans un final sanglant qui contrairement au 3/4 du film, réserve quelque surprises. Même si McKee ne se considère pas comme un réalisateurs aux ambitions féministes, la fin jusqu’au boutiste est totalement en accord avec le message général du film. En parallèle avec La Colline à des yeux d’Aja, The Woman se termine sur une note aussi fataliste qu’optimiste, les survivants font partie de la prochaine génération ici féminine et androgyne, c’est un nouveau départ qui se créer dans une douleur cathartique.

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