[CRITIQUE] « The Open House », réalisé par Suzanne Coote et Matt Angel

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 Une mère et son fils emménagent dans la maison de vacances d’un parent à la suite d’une tragédie, mais des forces mystérieuses semblent se liguer contre eux.

Netflix est une plateforme enthousiasmante, et leur production de contenu original a apporté aux amateurs du genre plusieurs perles : le très sympathique Hush, qui amenait un vent de fraîcheur au sous genre du home invasion ; plus récemment les très bons, voir excellents, Gerald’s Game et 1922, ont préparé le terrain de sorte que lorsque The Open House a commencé à envahir les pages d’accueil, beaucoup d’entre nous l’ont accueilli avec enthousiasme. Mal nous en a pris, mais tout le monde fait des erreurs.

Le film nous présente une famille de trois : Logan, joué par Dylan Minnette (qu’on a pu voir dans Don’t Breathe ou 13 Reasons Why), sa mère Naomi interprétée par Piercy Dalton (qu’on a pu voir nulle part), et son père, sans nom ni personnalité et qui n’est là que pour mourir, comme on le comprend après environ 30 secondes de film.

La décision de nous montrer la mort du père est assez mystérieuse. La scène est d’une rapidité froide et fonctionnelle, on nous plie l’enterrement en une minute trente et on sent un ressort narratif assez lourd sans portée émotionnelle, puisqu’on a eu le temps de s’attacher ni au personnage du père ni à la famille qu’il formait avec Logan et Naomi. À la huitième minute du film, ces deux derniers ont déjà enterré leur mort, plié bagage et sont en route pour la maison de montagne de la soeur de Naomi, qui pour une raison inconnue ne pouvait pas accueillir sa soeur chez elle (même si elle est de toute évidence blindée de pognon et qu’on ne croit pas une minute qu’elle vive dans un trois pièces). Cette huitième minute marque également l’arrivée du premier jumpscare, et de notre premier soupir d’agacement.

La (très belle) maison de montagne présente un labyrinthe de portes et de couloirs qui promettent une glorieuse avalanche d’apparitions furtives, claquements inopinés et autres ressorts horrifiques frais comme une vieille boîte de thon. Il y a même une cave immense et sans lumière, que Logan s’empresse d’explorer ; on le comprend, car c’est vraiment la première pièce que n’importe qui visiterait en arrivant dans une nouvelle maison isolée et immense. Le film nous flanque en vrac quelques jumpscares et quelques longs plans de Naomi achetant du lait avec un air triste, avant de nous précipiter vers « l’open house » tant attendue, et le début des hostilités.

À partir de là, et si le début était déjà faible, tout part en sucette et il est difficile de comprendre ce que le film veut accomplir. Il ouvre deux intrigues différentes, entre l’inconnu qui se balade dans la maison en déplaçant les bols de céréales et en éteignant l’eau chaude comme un korrigan à l’humour un peu naze, et la voisine flippante qui sort de nulle part en offrant du banana bread à 23h, et on sait plus trop où donner de la tête. La réalisation non plus apparemment, puisqu’elle hésite entre différentes techniques sans aucune logique dans leurs utilisations (notamment un travelling compensé qui n’a aucun sens et 30 secondes de POV sans queue ni tête). Tout ça est entrecoupé de scènes voulues profondes sur la façon dont Logan et sa mère gèrent le deuil du père, mais tout sonne faux, des dialogues au jeu des acteurs. La seule personne à peu près crédible est Patricia Bethune dans le rôle de la voisine bizarre : on sait pas trop ce qu’elle fait là, elle n’apporte rien à l’histoire, mais ses scènes ont le mérite d’être au moins plutôt agréables à regarder.

Les 30 dernières minutes du film sont une vraie claque dans la gueule du pauvre spectateur qui vient de passer une heure à tenter de faire sens de l’intrigue, et qui doit maintenant supporter des incohérences grosses comme des cratères, la plus incroyable incompétence policière qu’on ait eu la malheur de voir dans un film d’horreur depuis longtemps, et des personnages prenant des décisions si stupides qu’on aurait envie de les tuer nous mêmes juste pour leur apprendre à utiliser leur cerveau. Par dessus le marché, on ne nous explique rien ; et si un film d’horreur peut très bien s’en sortir sans un troisième acte bourré jusqu’à la glotte d’explications sur les Origines du Mal, ici, on aurait quand même voulu quelque chose, n’importe quoi, surtout après la remarque de Logan (« it feels personnal ») qui laissait entendre l’arrivée d’une révélation quelconque. Ce néant semble paresseux, comme si les réalisateurs avaient juste eu la flemme de réfléchir au pourquoi du comment.

Et dans tout ça, le problème principal, l’énorme problème principal, c’est que ça ne fait pas peur. Du tout. Les seuls moments de tension sont provoqués par une musique tapageuse pleine de violons, et on sent venir les jumpscares pendant 10 minutes avant leur arrivée – sans exagérer, malheureusement. Le fait de ne rien savoir et de ne rien comprendre nous laisse totalement détachés de ces personnages qui, cerise sur le gâteau, n’ont pas du tout l’air d’avoir peur non plus pendant 95% du film. Dans une scène totalement absurde, Naomi accuse même Logan d’être responsable des évènements étranges survenus dans les derniers jours pour se venger de sa mère (???) ce à quoi Logan répond en tapant une bonne vieille crise de nerfs adolescente au lieu de lui dire « dis donc, ce serait pas le moment de se barrer vite fait de cette maison de l’enfer ? ». On a vraiment du mal à avoir la moindre compassion pour des personnages aussi clairement dénués du moindre instinct de survie.

The Open House n’est pas non plus dépourvu de bonnes idées, et présente quelques scènes intéressantes, mais trop peu exploitées, et qui au final ne pèsent pas suffisamment dans la balance pour rattraper cette erreur monumentale de Netflix, qu’on espère rapidement rattrapée par une réalisation à la hauteur de Gerald’s Game, son chef d’oeuvre.

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