[CRITIQUE] « The Devil’s Candy », réalisé par Sean Byrne

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Un peintre obsédé par ses toiles et sa famille s’installent dans la maison de leurs rêves, dans laquelle les anciens propriétaires sont décédés. L’arrivée du fils de ces derniers, possédé par une entité démoniaque, va très vite constituer une menace.

Le réalisateur Sean Byrne appartient à cette catégorie de personnalités œuvrant dans le cinéma de genre dont le talent n’a d’égale que la rareté ses longs-métrages. En effet, sa nouvelle réalisation ,The Devil’s Candy, finalisée depuis 2015, arrive six ans après son précédant effort, The Loved Ones (2009). Ce brillant premier essai, véritable tragi-comédie sordide et sadique, contant les déboires de Brent, adolescent d’une petite ville d’Australie, enlevé par Lola, l’une de ses camarades de lycée, souhaitant en faire son prince charmant idéal en vue du grand bal de fin d’année. La jeune Lola s’avérait rapidement être une psychopathe en puissance, de même que sa famille, le film lorgnant par ailleurs par le biais de cet aspect du côté du Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper (1974). Néanmoins, le film s’éloignait intelligemment de cette figure tutélaire afin de délivrer un propos particulièrement transgressif.

Si l’autopsie des émois adolescents paraissait somme toute classique, elle dévoilait peu à peu une réflexion au sujet des notions d’unité et de bonheur familiale, tout en les pervertissant de l’intérieur, de part les débordements auxquels s’adonnent Lola et son père en particulier : tortures, actes de cannibalisme, rapts et séquestrations…autant de déviances constituant autant de normes nouvelles. On pourra alors rapprocher le cinéma de Sean Byrne de réalisateurs eux aussi rares et talentueux tels que Douglas Buck, auteur de la terrible trilogie Family Portraits (2004), portant un regard acerbe sur les dessous de la classe moyenne américaine ou encore d’écrivains tels que Jack Ketchum, déterrant lui aussi par le biais d’ouvrages tels que The Girl Next Door (1989) ou encore Only Child (1995), l’horreur réelle tapie sous la surface de la société bon teint. Avec The Devil’s Candy, Sean Byrne entend reprendre cette thématique familiale. Sous des abords de solidité, la famille de Jessie Hellman, s’avère aussi dysfonctionnelle que celle de Lola, le père et la fille entretenant des rapports on-ne-peut-plus ambigus et se disputant des rapports amicaux sur le fil du rasoir, au fur et à mesure que se développe l’intrigue. Le fait de suivre l’évolution des relations de la cellule familiale, y compris au sein de situations de crise, fait par ailleurs parti des points forts de The Devil’s Candy. Sean Byrne et son équipe ont en effet effectué un réel travail de caractérisation des personnages, les rendant de fait tout à fait attachants et sympathiques, également dans leurs zones d’ombres, à commencer par celles du père, ce dernier ayant en effet développé un obsession artistique maladive inhérente due à son travail de peintre.

Cette fixation sur l’achèvement d’une toile fait irrémédiablement penser à un ensemble de métrages phares du cinéma de genre à l’intérieur desquelles l’acte artistique ou la folie humaine (voir les deux) prennent une place prépondérante. En effet, il est difficile de ne pas songer, lors de scènes magnifiquement éclairées montrant Jessie préparer son œuvre, à Jack Torrance plongeant dans la démence au détriment des rapports filiaux dans Shining (1980) de Stanley Kubrick, ou encore au peintre Schweik, exécutant dans le chef d’œuvre de Lucio FulciL’au-delà (1981) -, sur sa toile une vision infernale qui s’avérera prémonitoire, tout comme celle peinte par Jessie, elle aussi empreinte d’un motif ayant très aux enfers. Les motifs du déchaînement des forces du Mal et des possessions sataniques sont notamment figurés par le biais de la passion commune du père et de la fille pour la musique métal, laquelle est par ailleurs coutumière de cette thématique mainte fois abordée par plusieurs branches du style, qu’il s’agisse du heavy métal aux tendances psychédéliques avec le groupe culte (et occulte) Coven par le biais de leur non moins fameux disque Witchcraft destroys minds and reaps souls (1969), ou encore de la seconde vague de groupes de black-metal scandinaves, parmi lesquels nous pouvons citer Mayhem (De mysteriis dom Sathanas, 1994) ou encore Gorgoroth (Antichrist, 1996). A cet égard, il faut saluer le soin apporté à la bande-son de The Devil’s Candy, Sean Byrne n’hésitant pas à mélanger des morceaux de groupes de métal « classiques » (Slayer, Metallica, Machine Head…) et de compositions appartenant à des sous-genre plus obscurs et expérimentaux tels le drone, quant bien même le projet Sun O))), dont deux pièces sonores sont inclues dans le film, fait parti des groupes majeurs de ce style.

Certes, The Devil’s Candy ne prétend pas renouveler le genre avec ce quasi huit-clos métallique sur fond de possession démoniaque. Néanmoins, Sean Byrne insuffle à cette mince pourtant intrigue des éléments faisant défaut à une majeur partie des bandes horrifiques sortant actuellement en salle. Adroit, comme nous l’avons évoqué plus haut, avec la peinture des émotions et des relations humaines à fleur de peau, Sean Byrne ne l’est pas moins lorsqu’il s’agit de gérer les moments de tensions ou d’horreur pure. A travers le personnage du fils de la famille décédée au sein de la demeure, il crée un atmosphère lourde et suffocante, empreinte d’un suspens de tous les instants (renforcé par la durée concise du film) qui trouvera son point d’orgue dans un intense affrontement final, tout en restant partisan d’une certaines sobriété bienvenue en termes d’effets, préférant se concentrer sur l’installation d’un récit filmique solide et d’une réelle atmosphère. De plus, malgré un faible budget, The Devil’s Candy est l’occasionne réaffirmer le talent de certaines personnalités dont s’entoure Sean Byrne depuis le début de sa filmographie, en particulier Simon Chapman, qui officie dans les deux long-métrages en tant que directeur de la photographie. The Devil’s Candy présente en effet un sens des cadrages et de l’esthétique extrêmement soigné, jouant de manière claire sur les effets de saturation. Si les éclats de violence demeurent rares, ils ne sont pas moins empreints d’une sécheté évitant par ce biais les atours bien souvent putassiers du torture-porn et apportant toute sa viscéralité à The Devil’s Candy. Sean Byrne construit son long-métrage telle une progression vers le pire et le viol de l’innocence magnifiquement retranscrit par le final cauchemardesque et épique, au dénouement des plus ambigu et incertain. Surtout, il aborde, tout comme avec son précédent film, le genre avec un sérieux et une intégrité frontale, ce qui n’est pas pour déplaire bien au contraire. Cet amour sincère du genre transpirant de The Devil’s Candy pourra être mis en relation avec celui présent dans un long-métrage néozélandais récent développant lui aussi un scénario de possession démoniaque sur fond de riffs, avec un état d’esprit davantage potache proche des premiers films gores de Peter Jackson (Bad Taste, Braindead…) : Deathgasm (2015), de Jason Lei Howden.

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